Edito
07H00 - samedi 23 novembre 2019

Macron vs Ruffin à Amiens : combat de boxe ou commedia dell’arte ? L’édito de Michel Taube

 

Et si François Ruffin, suffisamment transgressif et médiatique pour pouvoir y croire, se préparait pour 2022 ?

Sur l’ancien site de Whirpool, Emmanuel Macron, natif d’Amiens et François Ruffin, député France insoumise de la Somme (on est chez nous !) s’étaient donnés rendez-vous comme naguère les rappeurs Booba et Kaaris à l’aérogare d’Orly, chacun entouré de son staff et d’une nuée de journalistes. L’arène du combat était installée et on se disait qu’on allait avoir droit à une belle joute, qui devait toutefois rester verbale. En jeu, le titre du meilleur défenseur des anciens salariés de la multinationale auxquels le candidat Emmanuel Macron avait promis qu’il leur éviterait le chômage, ne pouvant pas interdire à Whirpool de chercher ailleurs un air moins chargé de particules fiscales et syndicales.

Face à lui, le député Ruffin, trublion qui ne manque jamais une occasion de se mettre en lumière (par exemple avec un maillot de foot à l’Assemblée nationale), rêvant sans doute de s’asseoir d’abord sur le strapontin d’un Mélenchon vieillissant et peut-être un jour sur le trône élyséen d’un Macron qu’il hait viscéralement. Il faut dire que dans son pamphlet « Ce pays que tu ne connais pas », l’insoumis parmi les insoumis n’y allait pas par quatre chemins. Donc ce vendredi 22 novembre, Macron allait voir ce qu’il allait voir !

« Venir il y a deux ans dire à tous les salariés qu’ils seront repris alors que derrière il n’y a rien, c’est nous prendre pour des cons », attaque François Ruffin. Sauf que le président de la République est un homme surentraîné. En joute verbale, il vous prend Booba, Kaaris, Le Pen et Mélenchon ensemble. Il en a vu d’autres : gilets jaunes et grand débat (et voilà que ça recommence avec les retraites), il sait esquiver.

Au final, le combat de boxe a-t-il eu lieu ? Le petit Ruffin s’est essoufflé. Quand il fallut frapper, Macron laissa la secrétaire d’État en charge de l’Industrie, Anne Pannier-Runacher, et surtout la députée LREM de la Somme, Barbara Pompili, qui ne s’en laisse pas remonter, porter quelques coups subtils, mais efficaces.

Devant le démenti véhément de l’adversaire, Macron lui sort un « cool, Monsieur le Député ! » Un peu déstabilisé, Ruffin enchaîne : « On peut dire que je suis un gros bourrin, mais qu’on ne mette pas en cause ma sincérité ». Emmanuel Macron a gagné, simplement parce qu’il n’a pas perdu. Il sourit, discute avec tout le monde, et apaise les échanges entre les deux camps. Le président de la République, comme sa fonction le commande, est au-dessus de la mêlée dans laquelle il avait pourtant foncé tête baissée. Ruffin n’est pas pour autant KO. Il a joué sa partition et au final, l’apaisement a prévalu. Il s’en est peut-être mordu les doigts, redevenant plus véhément ultérieurement, seul face aux caméras. Partition, disions-nous.

Sur le fond, les anciens de Whirpool ont effectivement été pris pour des cons. La plus grande responsabilité pèse sur le repreneur, l’industriel local Nicolas Decayeux, qui a encaissé l’aide publique avant de fermer l’usine. Des poursuites pénales sont engagées à son encontre. L’État français a été floué, tout comme le président de Région Xavier Bertrand qui considérait le projet « solide et sérieux ». François Ruffin reproche à Emmanuel Macron d’avoir négligé le traitement de ce dossier, et de n’avoir pas obtenu un interlocuteur ad hoc à l’Élysée. Il aurait tort, car le chef de l’État ne peut s’occuper personnellement (ni d’ailleurs les équipes de l’Élysée) de toutes les fermetures d’usine (une centaine par an) qui affectent la France. Mais en l’espèce, le double engagement d’Emmanuel Macron, d’abord en tant que candidat à la présidence de la République, puis en qualité de chef de l’Etat en octobre 2017 justifie au moins partiellement la critique du député insoumis. Trop de couacs dans cette affaire, et trop de salariés sur le carreau, auxquels on avait promis ce qui ne pouvait sans doute pas l’être.

L’extraordinaire communicant qu’est Emmanuel Macron gagne souvent, mais jamais par KO. Sur le moment, on ne demande qu’à le croire. Il est convaincant, brillant… Et rapidement, le naturel revient au galop, à tort ou à raison. La France est irréformable, avait-il lui-même avoué.

C’est dans les cent jours de son élection qu’il aurait dû faire passer toutes les réformes du quinquennat. Après, le conservatisme et surtout le corporatisme français reprennent le dessus, jusqu’à la caricature. Sur les retraites, deux ans d’effort de Jean-Paul Delevoye sont menacés. Débattre ne sert à rien, car au final, chacun s’accroche à ses petits ou ses grands avantages comme des moules au rocher. Pérenniser les régimes spéciaux, surtout ceux de la RATP et de la SNCF est injustifiable. Nous aurons le loisir d’y revenir.

Et pourtant, il est tout à fait possible que, comme en 1995, la majorité des Français finissent par en prendre la défense. La grève par procuration s’apparente à une pathologie sociale et peut-être psychiatrique.

C’est à vous désespérer de la politique ! Même à Amiens, même dans la Somme.

 

Michel Taube

Directeur de la publication

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