Liban
09H21 - vendredi 18 octobre 2019
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Le Liban se soulève-t-il ?

 

C’est la première fois de son histoire que le Liban connaît un soulèvement d’une telle ampleur. Un mouvement qui transcende les divisions confessionnelles, les catégories socio-professionnelles et les partis politiques. Certains parlent d’une réelle révolution qui serait en cours, menée par et pour le peuple libanais. Des centaines de milliers de personnes ont ainsi envahi les rues : celles de la capitale, Beyrouth, mais aussi celles de Tripoli (Liban-Nord), de Saïda etNabatieh (Liban-Sud), de Baalbeck (Békaa). Le drapeau libanais à la main – et pas ceux des partis politiques, c’est rare ! – les manifestants scandent le slogan devenu célèbre dans les printemps arabes : الشعبيريدإسقاطالنظام(« Le peuple veut la chute du régime »).

Progressivement, ce sont des membres des forces de sécurité qui les rejoignent, reprenant le même slogan.  

L’étincelle qui a mis le feu aux poudres ? Ce jeudi, le gouvernement a rendu publique sa décision de taxer les appels effectués via les applications de messagerie Internet, notamment WhatsApp, une mesure qui vise à générer des revenus pour l’État mais qui a provoqué l’indignation des utilisateurs. Pour un manifestant interviewé par le quotidien libanais francophone L’Orient-Le Jour, « cette taxe sur les communications Whatsapp, c’est vraiment la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Ils ont touché à ce qui nous permet de communiquer, c’est quelque chose d’important pour nous ». 

Après les feux qui n’ont pas été correctement maîtrisés par l’État (lire l’article sur les incendies), après l’annonce de l’état d’urgence économique début octobre, nous y voilà : trop, c’est trop. Pour les Libanais, hors de question de payer davantage, alors que le coût de la vie est déjà exorbitant.

 

 

Entamé ce jeudi un peu avant 21h, le mouvement a très vite pris de l’ampleur. Désormais, toutes les routes menant au cœur de la capitale sont coupées. Et même si le gouvernement est revenu sur la décision de taxer les applications de messagerie instantanée, l’escalade, quant à elle, n’a pas cessé : une grève générale des employés du secteur public a même été annoncée dans un communiqué tard le soir. Elle aura lieu ce vendredi 18 octobre dans toutes les administrations publiqueset les écoles seront fermées jusqu’à nouvel ordre. À voir si, et jusqu’à quand, cela se poursuivra. Pour le moment, « ces manifestations sont tout ce qui nous reste pour espérer un changement ! », crie un manifestant.

Le changement ira-t-il jusqu’à la remise en cause du système confessionnel qui régit le système politique libanais ? En tout cas, pour l’instant, le système politique actuel est remis en cause, qu’il s’agisse des slogans ou des hashtags comme ارحلوا# « Dégagez », ou #ثورةلبنان« La révolution du Liban ».

Ces manifestations sans précédent annoncent-elles un changement plus profond ? Des revendications courantes mais qui restaient jusque-là encore éparses ont été largement entendues lors des manifestations : un système politique laïc, un salaire minimum legalet décent, l’égalité hommes-femmes, notamment la passation de nationalité pour les femmes qui n’ont pas encore le droit de communiquer leur nationalité à leur enfant ! etc.

Vu que tout brûle et tombe en cendres, c’est peut-être le moment adéquat pour agir, doivent penser les manifestants. Sommes-nous en train d’assister à la Révolution du Phénix, alors que le Liban est encore en cendres ?

 

Sofia Farhat

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Chroniqueuse monde arabe d’Opinion Internationale