Edito
14H17 - mercredi 16 octobre 2019

Interdire le voile dans les sorties scolaires voire dans la rue ? Le miroir inversé de l’Iran ou de l’Arabie saoudite. L’édito de Michel Taube

 

Dans les théocraties comme l’Arabie Saoudite ou l’Iran, le port du voile dans l’espace public est obligatoire. Ici, certains voudraient l’interdire, comme dans la province chinoise du  Xinjiang où les musulmans sont pourchassés de façon odieuse.

Ici en France, on ne saurait aborder la question sous un angle binaire. Car il y a voile et voile. Celui des salafistes, noir ou unicolore et englobant le visage pour mieux enfermer la femme, n’est pas le foulard traditionnel porté par tant de femmes musulmanes sans aucune arrière-pensée prosélyte ou politique.

Pendant des années, j’ai défendu l’idée qu’il ne faut pas braquer les jeunes filles voilées dans l’espoir de les conserver dans le giron de notre République laïque. Mais voyant que le communautarisme l’emporte de toutes parts, que dans des quartiers entiers, les jeunes filles subissent des pressions familiales et territoriales pour se couvrir, voyant enfin que ces dits voiles ont profondément changé (de moins en moins colorés, ils sont de plus en plus ou tout noirs ou tout gris ou unicolores de la tête aux pieds, bref des habits religieux et identitaires), mon point de vue a changé. Pourquoi ?

Illustration MaxPPP

 

Notre péril n’est pas le voile. Cest le voile salafiste. 

Ces femmes voilées comme celle qui accompagnait des enfants au Conseil régional de Bourgogne Franche-Comté portent un voile qui signifie leur allégeance religieuse à une conception salafiste de l’islam. C’est leur droit le plus strict.  Mais elles annoncent aussi la défaite de notre laïcité autant que l’échec d’un islam de France moderne et laïc. Et nous sommes en droit, en devoir de dire NON.

Le meilleur moyen de nourrir l’islamophobie, qui est aussi une triste réalité de notre société  française, serait de continuer à se taire devant les déviances salafistes et fréristes de l’Islam. 

C’est pour cela que, après l’épisode très médiatisé de l’accompagnatrice scolaire incitée à retirer son voile islamique au Conseil régional de Bourgogne Franche-Comté, à l’initiative d’un élu du Rassemblement national, le débat s’étend au port du voile dans l’ensemble de l’espace public, sur fond de « vigilance » face à la radicalisation.

Une telle hypothèse semble illusoire, même si dans l’opinion monte un sentiment de « y’en a marre », transcendant les courants politiques. « La France, on l’aime ou on la quitte », avait naguère dit Nicolas Sarkozy, provoquant l’ire des multiculturalistes, alors que l’affirmation relève d’un pur bon sens qu’eux-mêmes pratiquent dans leur vie quotidienne, par exemple en demandant à leurs invités d’enlever leurs chaussures ou de ne fumer que sur le balcon.

Comme l’a souligné le Premier ministre Édouard Philippe à l’Assemblée nationale, la priorité est de lutter contre l’islamisme. L’islam, oui, l’islamisme, non !

A certains égards, nous constatons un progrès car il n’y a pas si longtemps, on n’évoquait que le terrorisme, refusant même de reconnaître son lien avec l’islam radical. Mais en balayant d’un revers de la main toute perspective d’exiger la neutralité des accompagnatrices scolaires, le chef du gouvernement ne prend-il pas un double risque ? Celui d’être sourd à un sujet qui préoccupe les Français plus qu’il ne le pense, et celui de céder sur ce qui est le plus fondamental dans la défense de la laïcité : la protection de l’enfance. Certes, pareille mesure ne suffirait pas à endiguer la montée du fondamentalisme dont il ne faut pas oublier que l’objectif est de détruire la République. Plus que jamais, la balle est dans le camp d’Emmanuel Macron… qui joue la montre au risque de perdre la partie.

Certes, il est impensable d’interdire le voile islamique dans l’espace public. Tout au plus pourrait-on envisager d’y prohiber l’affichage de tous signes religieux. En entreprise, il est possible, sous certaines conditions, d’exiger la neutralité du salarié en contact avec la clientèle, ce qui revient à prohiber le port du voile. Mais cela ne se fera pas, non pas pour des questions juridiques, car on peut changer le droit et même la Constitution, mais parce que ce serait politiquement explosif. Il eut peut-être fallu envisager pareille mesure il y a plusieurs décennies, avant que l’islam ne devienne la seconde religion de France et la première en termes de ferveur et d’affirmation identitaire.

La majorité des musulmans de France, dont on ne répètera jamais assez qu’ils sont les otages des Frères musulmans et autres salafistes, et dont ces femmes voilées tout en noir ne sont que les instruments, accepteraient sans doute la neutralité dans l’espace public, tout comme les fidèles des autres confessions. Mais l’occasion serait trop belle pour l’islam politique de crier à la stigmatisation et à l’amalgame. Quand on sait qu’un tiers d’entre eux et près de la moitié des jeunes pensent que la Charia est supérieure aux lois républicaines, le risque d’une confrontation communautariste est trop important. Si confrontation il doit y avoir, ce serait – c’est déjà – entre les lumières et l’obscurantisme, et non entre les musulmans et le reste de la société.

À l’exception notoire de Jacques Chirac qui en 2004 fit voter (et appliquer !) une loi prohibant l’affichage ostensible de signes religieux à l’école, l’inertie coupable des pouvoirs publics nous a entrainés dans un jeu perdu d’avance : ne rien faire, c’est livrer les millions de Français musulmans aux fondamentalistes et sombrer dans un communautarisme qui viderait la République de sa substance. C’est ce qui se passe. Agir aujourd’hui, c’est prendre le risque d’une confrontation, voire d’une plongée dans le terrorisme quotidien auquel répondraient un régime autoritaire et un État policier.

Il est insupportable que la loi de 2010 interdisant de se couvrir le visage n’est pas appliquée, en particulier dans les territoires perdus de la République. Tout ce que nous pouvons encore espérer, c’est endiguer la croissance de ces territoires et mettre un terme à la progression de l’islam politique, qui s’immisce de plus en plus dans des institutions et corps intermédiaires comme l’école, l’université, la police, les syndicats, les associations, les clubs sportifs… En 2016, Nathalie Nathalie KosciuskoMorizet proposait une loi pour interdire le salafisme. Elle avait juridiquement tort mais politiquement raison ! Et le droit peut évoluer en fonction des rapports de force et des pressions de la société. Peut-être que cette proposition est arrivée trop tôt.

 

L’enjeu de l’école

Les deux lois précitées illustrent la vacuité, ou du moins l’insuffisance, de la loi de 1905. Prétendre qu’elle résume la laïcité est un mensonge grossier et souvent un prétexte à l’immobilisme. Il faut procéder par « petites touches » et notamment démanteler toutes les ramifications de l’islam politique qui n’a pas voix au chapitre dans notre République laïque. Puisque la Cour de cassation a accepté d’imposer la neutralité aux salariées des crèches, au nom de la préservation de l’enfance, il n’y a aucune raison de ne pas étendre la mesure aux accompagnatrices scolaires, dont certaines font du prosélytisme sous couvert de tradition.

Étendre l’exigence de neutralité à tous les usagers du service public aurait notamment pour effet, outre les graves tensions que cela susciterait, l’enfermement au foyer des femmes musulmanes radicalisées. Mais ce risque peut être pris si nous savons être inflexibles et intransigeants à l’école. Les enfants de la République doivent être préservés du communautarisme, religieux en particulier, durant toute leur scolarité, y compris lors des sorties scolaires, ce qui implique aussi un strict contrôle des écoles privées, qu’elles soient ou non sous contrat avec l’État, et la lutte sans merci contre la déscolarisation.

Les sorties scolaires font partie du service public de l’éducation. Les accompagnateurs bénévoles bénéficient d’un régime de collaborateurs occasionnels du service public qui, en cas d’accident, leur vaudrait une protection juridique. Il faut donc par cohérence les soumettre au même régime que les agents du service.

L’école laïque est un joyau qu’il faut préserver. Elle est une spécificité française qui n’a pas d’équivalent dans les autres pays démocratiques et qui permet aux enfants de choisir les adultes qu’ils seront, du moins dans leur rapport à la religion. Tout renoncement sur ce terrain serait une faute impardonnable. Les Français l’ont bien compris. Le Premier ministre fait semblant de ne pas l’avoir entendu en déclarant à l’Assemblée nationale que la question des accompagnatrices voilées n’est pas prioritaire. Elle est au contraire emblématique, comme tout ce qui touche à la préservation de la laïcité dans le cadre scolaire, et pas seulement dans les murs de l’école.

 

Michel Taube

 

Directeur de la publication

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