Actu
16H31 - lundi 23 septembre 2019

Urgence climatique, ouverture du procès-fleuve du Mediator, faillite de Thomas Cook, dopage en Russie, l’actualité du 23 septembre en 4 photos

 

L’ONU déclare l’urgence climatique, les dirigeants mondiaux sous pression

Emmanuel Macron (à droite) avec Sebastian Pinera (à gauche) et Ivan Duque à New York le 23 septembre 2019 – AFP / LUDOVIC MARIN

 

« Comment osez-vous! » a lancé lundi la jeune militante du climat Greta Thunberg aux dirigeants mondiaux réunis à l’ONU pour revigorer l’accord de Paris sur le climat, et appelés à abandonner les énergies fossiles pour accélérer la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Répondant à l’appel du secrétaire général des Nations unies, 66 Etats ont désormais souscrit au principe d’une neutralité carbone d’ici 2050, a annoncé l’ONU lundi matin en préambule de ce sommet inédit. Jusqu’à présent, seule une vingtaine de pays ont inscrit cet horizon dans leur loi nationale ou engagé ce processus. L’Union européenne espère arriver à un consensus entre Etats membres en 2020.

Le sommet précède l’Assemblée générale annuelle des Nations unies et une soixantaine de chefs d’Etats et de gouvernements doivent prendre la parole pour annoncer des engagements renforcés.

Le ton a été donné à l’ouverture par un discours percutant de la jeune Suédoise Greta Thunberg, qui a blâmé sans détour les dirigeants pour leur inaction. « Je ne devrais pas être là, je devrais être à l’école, de l’autre côté de l’océan », a lancé la lycéenne en année sabbatique, la voix tremblante de colère. « Comment osez-vous? Vous avez volé mes rêves et mon enfance avec vos paroles creuses ». « Des écosystèmes entiers s’effondrent, nous sommes au début d’une extinction de masse, et tout ce dont vous parlez, c’est d’argent, et des contes de fées de croissance économique éternelle? Comment osez-vous! »

Surprise, le président américain Donald Trump, présent à l’ONU pour d’autres événements, est venu s’asseoir quelques minutes dans la salle, alors que les Etats-Unis avaient décliné de participer. Il a écouté, puis applaudi, le Premier ministre indien, Narendra Modi, avant de filer vers un autre événement. Volonté de ne pas être complètement absent du principal événement du jour ? Goût de la provocation de la part de celui qui a annoncé le retrait avec fracas des Etats-Unis de l’accord de Paris ? La brève visite du milliardaire républicain a suscité la perplexité.

Outre les Etats-Unis, le Brésil et l’Australie ne participent pas au sommet, faute de choses à annoncer. Mais la Chine, qui dévore du charbon et émet deux fois plus de gaz à effet de serre que les Etats-Unis, s’exprimera par la voix de son chef de la diplomatie, Wang Yi.

L’Indien Narendra Modi, dont le pays est comme la Chine fidèle au charbon, a décrit la croissance effrénée des énergies renouvelables dans son pays.

Sans nommer Greta Thunberg, Emmanuel Macron s’est dit frappé par les discours des jeunes l’ayant précédé. « Aucun responsable ne peut rester sourd à cette exigence de justice entre les générations », a-t-il dit. « On a besoin de cette jeunesse pour nous aider à changer les choses (…) et mettre plus de pression sur ceux qui ne veulent pas bouger ».

Excédant le temps de parole prévu de trois minutes par leader, il a fait applaudir la Russie, qui a ratifié lundi l’accord de Paris, et répété que les dernières centrales au charbon françaises seraient fermées en 2022. Quant à l’Europe, il a appelé à ce que toutes les importations soient « zéro carbone et zéro déforestation ».

Dans l’avion vers New York, le président avait jugé « sympathiques » les grandes manifestations de jeunes les vendredis, mais jugé qu’il serait plus utile de faire pression sur « ceux qu’on n’arrive pas à faire bouger »… visant par exemple la Pologne.


 

Le procès-fleuve du Mediator s’ouvre à Paris, neuf ans après la révélation du scandale

Jacques Servier, fondateur du fabricant pharmaceutique français Les Laboratoires Servier – AFP/Archives / Lionel BONAVENTURE

 

Neuf ans après le retentissant scandale du Mediator, un antidiabétique tenu pour responsable de centaines de morts, le procès des laboratoires Servier et de l’Agence du médicament s’ouvre lundi à Paris pour plus de six mois.

Sur le banc des prévenus: le groupe pharmaceutique et neuf filiales, ainsi que l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) et plusieurs de ses membres mis en cause pour leurs liens avec Servier. Leur feront face les avocats des parties civiles représentant les milliers de plaignants et qui exigent « réponses et réparation ».

Jusqu’au 30 avril 2020, date à laquelle doit prendre fin ce procès pénal hors norme devant le tribunal correctionnel, une question animera les débats: comment ce médicament, largement détourné comme coupe-faim, a-t-il pu être prescrit pendant 33 ans malgré les alertes répétées sur sa dangerosité?

Pour l’un des avocats des victimes, Charles Joseph-Oudin, « le laboratoire a délibérément menti et caché les propriétés dangereuses du médicament », par « profit ». Le groupe Servier s’en défend: « il n’est pas apparu de signal de risque identifié avant 2009 » et son retrait du marché, assure l’un des conseils de la firme, Me François de Castro.

Le président des laboratoires, Olivier Laureau, a lui pilonné une « instruction à charge ».

Le groupe a déposé trois questions prioritaires de constitutionnalité (QPC), qui seront examinées avec d’autres demandes de nullité dans la semaine. La première journée sera uniquement consacrée à l’organisation du procès et à l’appel de la centaine de témoins.

Parmi eux, Irène Frachon, pneumologue à Brest, qui avait la première alerté sur les risques du Mediator et publié un livre-enquête en juin 2010.

Jusqu’à son retrait du marché le 30 novembre 2009, le Mediator a été utilisé par cinq millions de personnes en France. Il est à l’origine de graves lésions des valves cardiaques (valvulopathies) et d’hypertension artérielle pulmonaire (HTAP), une pathologie rare et mortelle, et pourrait être responsable à long terme de 2.100 décès, selon une expertise judiciaire.

 


 

Opération de rapatriement hors normes après la faillite de Thomas Cook

Un avion de la compagnie Thomas Cook décolle de l’aéroport de Lille, en France, en octobre 2014 – AFP/Archives / PHILIPPE HUGUEN

 

Le pionnier des voyagistes, le britannique Thomas Cook, a brutalement fait faillite lundi, contraignant les autorités à lancer immédiatement un rapatriement hors normes de ses quelque 600.000 clients en vacances dans le monde.

Thomas Cook, qui existait depuis 178 ans, a mis la clé sous la porte du jour au lendemain après avoir échoué au cours du week-end à trouver des fonds nécessaires pour sa survie.

Les autorités britanniques n’ont eu d’autres choix que de commencer à organiser le retour de 150.000 de leurs ressortissants, deux fois plus que lors de la faillite de la compagnie aérienne Monarch il y a deux ans.

Elles ont activé tôt lundi un plan d’urgence baptisé « Opération Matterhorn », du nom d’une campagne américaine de bombardement pendant la Deuxième Guerre mondiale.

Les avions mis à disposition par l’Autorité britannique de l’aviation civile (CAA) commençaient à décoller en particulier de Palma de Majorque, destination très prisée des touristes britanniques. De nombreux autres sont en Turquie, Grèce, Tunisie ou même Cuba.

Selon la BBC, 14.000 vacanciers devraient être ramenés au Royaume-Uni d’ici lundi soir grâce à de nombreux appareils mobilisés par la CAA, y compris certains prêtés par d’autres compagnies. Le coût du rapatriement devrait tourner autour de 100 millions de livres, selon le gouvernement.

Au total, 600.000 personnes sont en vacances avec Thomas Cook, a confirmé le voyagiste, qui n’était pas en mesure de confirmer le nombre de vacanciers d’autres nationalités comme les Allemands et les Français.

« Moment très préoccupant pour les salariés et les clients de Thomas Cook. Plus grand rapatriement en temps de paix de l’histoire du Royaume-Uni », a tweeté Dominic Raab, le chef de la diplomatie britannique.

Dans la nuit, le groupe a expliqué que « malgré des efforts considérables » au cours du week-end, « les discussions entre les différentes parties prenantes du groupe et de nouvelles sources de financements possibles n’ont pas débouché sur un accord. Le conseil d’administration a donc conclu qu’il n’avait d’autre choix que de prendre les mesures pour entrer en liquidation judiciaire avec effet immédiat ».

En parallèle, la CAA a affirmé que Thomas Cook « a cessé ses activités avec effet immédiat. Toutes les réservations Thomas Cook, vols et séjours, sont désormais annulées ».

Les cabinets AlixPartners et KPMG devraient être nommés administrateurs des différentes filiales du groupe.

Le patron du voyagiste, Peter Fankhauser, a souligné « bien qu’un accord ait été déjà largement approuvé, une requête pour des fonds supplémentaires ces derniers jours a présenté une difficulté qui s’est révélée insurmontable ».

Le destin du voyagiste s’est en effet joué en quelques jours: des créanciers lui ont demandé la semaine dernière de trouver 200 millions de livres (227 millions d’euros) de financements supplémentaires pour valider un plan de sauvetage de 900 millions de livres mené par le chinois Fosun, premier actionnaire. Des discussions marathon ont eu lieu tout le week-end, en vain.

« C’est un profond regret pour le conseil d’administration et moi de ne pas avoir réussi. Je tiens à m’excuser auprès de nos millions de clients, nos milliers d’employés, fournisseurs et partenaires », ajoute Peter Fankhauser, déplorant un « jour profondément triste pour une entreprise pionnière du voyage organisé ».

Fosun, de son côté, s’est déclaré lundi « déçu que Thomas Cook Group n’ait pas été en mesure de trouver une solution viable pour sa proposition de recapitalisation ».

L’opposition travailliste britannique a estimé que le gouvernement aurait dû porter secours à Thomas Cook.

 


 

A dix mois des JO de Tokyo, la Russie revient dans le viseur de l’AMA

Le président de l’Agence russe antidopage (Rusada) Youri Ganus en conférence de presse à Moscou, le 22 janvier 2019 – AFP/Archives / Vasily MAXIMOV

 

La Russie encore une fois en sursis. L’Agence mondiale antidopage (AMA) a ouvert une nouvelle procédure contre Moscou, qui fait peser une menace de sanctions à seulement dix mois des Jeux olympiques de Tokyo.

A l’issue d’un comité exécutif très attendu à Tokyo, après de premières fuites durant le week-end, l’AMA a confirmé avoir ouvert une « procédure formelle de conformité à l’encontre de Rusada (l’agence russe antidopage), le 17 septembre dernier ».

En cause, des « incohérences » constatées dans les données électroniques des contrôles de l’ancien laboratoire de Moscou. Ces données, remises par la Russie au début de l’année, avaient justement permis de sortir de la crise provoquée par le vaste scandale sur un système de dopage institutionnel ayant sévi dans le pays entre 2011 et 2015.

L’AMA enquête depuis près de cinq ans sur ce système, et les fraudes déjà établies, notamment par les deux tomes du rapport du juriste canadien Richard McLaren, ont conduit à bannir le drapeau et l’hymne russes des Jeux olympiques d’hiver 2018 à Pyeongchang, ainsi que de toute compétition internationale d’athlétisme depuis novembre 2015, JO de Rio inclus. Seules des sélections de sportifs russes « neutres » y ont été admis.

Les enquêteurs de l’AMA considèrent les données brutes des contrôles antidopage récupérées dans les serveurs russes comme une pièce du puzzle devant permettre de lever le voile sur ce qui se passait réellement dans le labo, où les résultats de centaines de contrôles auraient été blanchis. Car l’AMA dispose aussi d’autres éléments extraits du labo, que lui ont fournis des lanceurs d’alerte.

Responsable du développement numérique