Monde
16H35 - vendredi 13 septembre 2019

Comment anticiper les mutations de la guerre ? Le discours de Florence Parly, ministre des Armées, à l’université d’été de la défense

 

Opinion Internationale publie le discours prononcé le 13 septembre par Florence Parly, ministre des Armées, en clôture de l’université d’été de la défense à Avord, près de Bourges dans le Cher, et qui portait « Les mutations de la guerre ».

AFP / Anne-Christine POUJOULAT

 

Monsieur le président, cher Jean-Jacques Bridey,

Monsieur le président, cher Christian Cambon, 

Mesdames et messieurs les élus, 

Mesdames et messieurs les officiers généraux,

Mesdames et messieurs les présidents, les directeurs généraux, 

Mesdames et messieurs, 

Chers amis,

 

Georges Orwell disait que « Chaque génération se croit plus intelligente que la précédente et plus sage que la suivante. » Et bien j’espère que pour une fois, c’est vrai ! 

 

Alors, comment anticiper les mutations de la guerre ? 

Il est vrai que le concept de guerre est de plus en plus difficile à appréhender. La guerre n’est pas une science ; c’est d’ailleurs ce que Clausewitz résumait très bien derrière l’image de « brouillard de la guerre » : l’incertitude est au cœur même du conflit. Certains sont convaincus de la supériorité de leur armée et de leurs tactiques, d’autres jouent parfois les Cassandre, mais le champ de bataille n’est jamais une carte que l’on surplombe et où tous les éléments apparaissent clairement. 

Mais ce n’est pas ce brouillard qui doit nous empêcher d’imaginer les chocs du futur, et c’est précisément ce que vous faites depuis plus de 24h ; et je suis ravie de pouvoir être parmi vous pour me prêter à l’exercice et de partager quelques observations et hypothèses. 

La guerre de demain sera d’une complexité croissante, aggravées par les facteurs démographiques, migratoires et climatiques, j’y reviendrai. Hier encore, la guerre, c’étaient des territoires à conquérir, des armées à bâtir, des alliances à construire. Aujourd’hui, et ce n’est pas un fait anodin, plus aucun Etat ne déclare la guerre : la dernière déclaration de guerre remonte à 1982, du Royaume-Uni à l’Argentine.

C’est la seule et la dernière fois après la Seconde Guerre mondiale que cette pratique fut utilisée.  Entre guerre et paix, le brouillard s’épaissit, la frontière disparaît et les champs d’affrontement se développent.

Nous assistons aujourd’hui un retour des Etats puissance. Il ne se traduit pas par le retour de la « grande guerre patriotique », caractérisée par l’importance de ses moyens et de ses effectifs. Il s’accompagne d’une extension des domaines de conflictualité, au-delà des milieux dits

« classiques » ou « conventionnels ». Le cyber, l’espace, les normes, l’information : tous sont désormais de nouveaux champs de bataille. Il est de notre devoir au ministère des Armées, de comprendre, d’investir et d’anticiper ces nouveaux domaines. Des concepts, des stratégies, des outils et des talents ; mais aussi de l’agilité, de l’imagination et de la résilience. 

Voilà ce dont nous avons besoin pour faire face aux mutations de la guerre.

Au cœur de ces mutations, une chose demeure, et voit même son importance encore accentuée, dans un monde où la compétition stratégique se durcit et où l’ordre multilatéral s’érode. Il s’agit de la permanence de la dissuasion nucléaire. Et cela tient principalement à sa pertinence. La dissuasion a démontré, par la preuve, toute son efficacité : elle a permis d’éviter la guerre. Laguerre majeure, mais pas uneguerre.

Car cela n’empêche pas qu’il en existe une, permanente, une guerre qui ne connaît aucun répit, invisible aux yeux des citoyens. C’est la guerre cyber : elle prend la forme de cyberattaques menées par des hackers, des terroristes, des activistes, des agents des services de renseignement ou des soldats en opération qui cherchent à dérober des données, à les manipuler, à neutraliser ou perturber les systèmes d’information. Il faut avoir conscience d’une chose : le cyber n’est ni un missile ni un obus, cela peut être bien plus dangereux. Tout est possible dans le cyberespace, de la perturbation des élections et des places boursières jusqu’à la rupture du service public. 

La guerre de demain, c’est aussi une guerre d’influence et de désinformation auprès des populations, qui joue avec nos perceptions : la bataille de l’opinion fait aujourd’hui rage. On assiste de plus en plus à des conflits d’images, des campagnes de propagande, des manipulations de faits et d’idées, savamment orchestrées sur les réseaux sociaux. 

Un exemple : il y a quelques mois, nous avons annoncé la chute de Daech, ou pour être exacte, la libération par la coalition, les Forces démocratiques syriennes et les soldats de Chammal, des dernières parcelles de territoire du pseudo-califat. Une victoire comme celle-ci au siècle dernier aurait signifié l’anéantissement définitif de l’ennemi. Seulement, nous le savons, le groupe terroriste parvient déjà à se réorganiser ailleurs, à se reformer autrement, et en particulier sur les réseaux sociaux. C’était déjà en utilisant la technologie, les failles de la guerre, en investissant le cyber et le champ informationnel que l’organisation était parvenue à la conquête d’un territoire grand comme la Grande-Bretagne. Les méthodes « 3.0 » de Daech témoignent d’une dimension encore nouvelle de la guerre mais où les progrès sont exponentiels. Nous sommes définitivement entrés dans l’ère des confrontations hybrides, où se conjuguent tous les moyens disponibles, physiques comme virtuels, dans tous les espaces possibles – terre, air, mer, cyber et espace.

Enfin, et ce sera ma dernière observation, la guerre a toujours été un lieu d’affrontement technologique. Et les guerres de demain ne feront que renforcer cette tendance. Il serait peut-être fort de dire que les Etats se lancent dans une nouvelle course à l’armement, mais une chose est certaine : la compétition de la supériorité opérationnelle du futur est lancée. Et elle est très sérieuse. 

Les armes sont de plus en plus sophistiquées. Je pense par exemple au Suffren, notre nouveau sous-marin nucléaire d’attaque, lancé par le Président de la République en juillet : c’est un bijou de technologie, conçu pour agir vite, plus loin dans la furtivité la plus totale et jusqu’alors inégalée. Je pense aussi aux armes hypersoniques qui atteindront en quelques minutes, à des vitesses inédites de 6 000 à 7 000 kilomètres par heure, des territoires jusqu’alors hors de portée. 

Dans ce contexte d’accélération, les temps de décision se contractent, et demain l’homme aura besoin de l’aide de l’intelligence artificielle pour réagir de manière éclairée dans le bon tempo.

Et vous le savez, ma mission est de bâtir les Armées de demain. Des armées modernes, audacieuses, protectrices qui répondent à toutes les menaces, anticipent toutes les mutations et les défis. 

 

*

C’est pourquoi j’ai souhaité doter nos armées d’une doctrine et de moyens ambitieux en la matière. Les armées françaises investissent et investiront dans l’intelligence artificielle, c’est une évidence. C’est une technologie stratégique. Nous développerons une intelligence artificielle militaire performante, robuste et maîtrisée pour protéger tant nos concitoyens que nos valeurs, et ceci selon trois principes : le respect du droit international, le maintien d’un contrôle humain suffisant, et la permanence de la responsabilité du commandement.   

L’ensemble de cette stratégie est détaillé au sein de l’excellent rapport de la Task Force intelligence artificielle du ministère des Armées que j’ai décidé de rendre public aujourd’hui.Et je ne doute pas que sa lecture sera le point de départ de nouveaux échanges entre vous.  

Dans ce contexte et comme je l’avais annoncé en avril dernier, un comité d’éthique ministériel sera mis en place avant la fin de l’année. Il aura vocation à traiter, dès 2020, les questions posées par les technologies émergentes, comme l’intelligence artificielle, et leur emploi par l’homme dans le domaine de la défense. 

Et j’ai le plaisir d’annoncer aujourd’hui que Bernard Pêcheur a accepté de présider ce comité. Sa carrière au Conseil d’Etat et ses liens étroits avec nos armées, dans la réserve militaire et à la tête du haut comité d’évaluation de la condition militaire, seront autant d’atouts pour accomplir cette mission inédite et passionnante. 

*

 

Investir le domaine de l’intelligence artificielle c’est aussi renforcer notre cyberdéfense. Ce sont des capacités qui permettront à nos cybercombattants de contrer à grande vitesse les attaques toujours plus furtives, toujours plus nombreuses et toujours plus automatisées qui menacent nos systèmes, nos économies, nos médias. Le ministère investit pleinement le champ cyber avec des moyens financiers mais aussi humains : d’ici 2025, nous compterons mille cyber combattants supplémentaires. 

Une lutte que nous avons entièrement repensée et pour laquelle nous avons doté les armées d’un commandement dédié aux cyber menaces, le Comcyber. 

J’ai présenté en janvier dernier les grandes lignes de notre doctrine. En ce qui concerne la lutte informatique défensive, l’objectif est simple : toute notre communauté de défense doit se protéger et être protégée.  Il s’agit de mieux anticiper les menaces, notamment à travers le renseignement ; de les détecter, d’en réparer les effets, de les caractériser et de remonter si possible, jusqu’à la source. Il s’agit d’en protéger nos réseaux. Cela demande de repenser la résilience numérique en intégrant fortement et à tous les niveaux, les enjeux de cyber sécurité dans les organisations, les nôtres et celles de nos partenaires économiques et industriels.

Organiser notre cyberdéfense est une priorité, et depuis longtemps. Mais la véritable nouveauté, c’est que nous sommes désormais prêts à employer l’arme cyber, en opérations extérieures, à des fins offensives.

Nous considérons désormais l’arme cyber comme une arme opérationnelle à part entière que nous emploierons isolément ou en appui de nos moyens conventionnels, pour en démultiplier les effets.  En cas d’attaque cyber contre nos forces, nous nous réservons le droit de riposter, dans le respect du droit, par les moyens et au moment de notre choix. Nous nous réservons aussi, quel que soit l’assaillant, le droit de neutraliser les effets et les moyens numériques employés.  

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Il n’y a pas que dans le cyberespace que nos systèmes sont menacés. Dans l’espace, nos satellites sont parfois espionnés, brouillés, ou encore éblouis ; les moyens de gêner, neutraliser ou détruire les capacités spatiales adverses existent et ils se développent. Et comme pour le cyber, c’est tout notre quotidien qui dépend de nos capacités spatiales. 

Et c’est pourquoi le Président de la République a souhaité doter la France d’une véritable stratégie spatiale de défense.     

J’ai eu l’honneur de décliner cette stratégie sur une autre base aérienne, la 942, à Lyon-Mont-Verdun le 25 juillet dernier. Depuis, nous avons avancé, et l’armée de l’Air et de l’Espace approche à grands pas. 

Le grand commandement de l’espace a été créé, le soir du 2 septembre. Il aura pour mission de mettre en œuvre nos moyens spatiaux et de nous doter d’une doctrine des opérations militaires dans l’espace.   

De nombreux défis et de nombreux enjeux nous attendent. Nous devrons perfectionner nos capacités de défense spatiale, car l’espace est un nouveau front à défendre. Et nous serons prêts.

La France est aujourd’hui une des rares nations à disposer de ses propres capacités de surveillance de l’espace. Et notre première responsabilité est de les protéger : elles sont essentielles à nos opérations, elles sont essentielles au fonctionnement de notre économie et de notre société. Nous surveillerons donc plus et mieux nos satellites. Nous acquerrons une parfaite connaissance des objets qui les entourent, qui croisent leurs trajectoires. Nous devrons détecter et attribuer les actes suspects, inamicaux, voire hostiles à nos satellites militaires et nos intérêts spatiaux.  

Si elle a un jour existé, l’ère de la naïveté a bel et bien atteint son crépuscule. Car là aussi, nous innovons. Nous organisons notre défense active. Alors, la défense active, cela n’a rien d’une stratégie offensive, ce dont il s’agit, c’est d’autodéfense. C’est, lorsqu’un acte hostile a été détecté, caractérisé et attribué, pouvoir y répondre de façon adaptée et proportionnée, en conformité avec les principes du droit international.

Dans la mise en œuvre de cette stratégie ambitieuse qui transformera le visage de nos armées et notamment de l’armée de l’Air, je sais pouvoir compter sur la Direction générale de l’armement, le CNES, l’ONERA, mais aussi tout l’écosystème industriel, des grands maitres d’œuvre aux PME les plus innovantes et spécialisées. 

Et cette confiance ne se limite pas aux entreprises du domaine spatial, mais bien à tous nos partenaires industriels. Nous avons besoin de vous, nous avons besoin de votre expertise, de vos innovations, mais aussi de votre agilité. Et de votre capacité à vous ouvrir à toutes les opportunités qu’offre le monde civil. 

 

Car la guerre se transforme et notre façon de la préparer également. Le rôle de l’Etat dans l’innovation de défense a été profondément transformé : aujourd’hui, pour le secteur spatial comme dans les technologies numériques, l’innovation est tirée par le secteur civil et marchand. L’adaptation est nécessaire si nous voulons capter les technologies les plus prometteuses. Et c’est dans cette voie que nous devons poursuivre. 

 

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Cette voie, c’est aussi celle de l’Europe. Pour conserver notre supériorité opérationnelle sur le champ de bataille, nous avons besoin d’une industrie tournée vers l’Europe. 

Je voudrais que nous ayons le courage de regarder la réalité en face : l’Europe a manqué le premier virage d’internet et même le deuxième, celui de la révolution du smartphone. Nous n’avons pas de champion français ou européen capable de concurrencer les GAFA. Dans le monde de la défense aussi, nous avons parfois mal anticipé les ruptures technologiques. Les drones sont apparus sur les différents théâtres d’opération bien plus rapidement que nous l’avions anticipé. Il s’agit maintenant de saisir toutes les opportunités et de les saisir ensemble, avec nos partenaires européens.

Car il y a certains domaines, comme le cyber, où nous ne pouvons pas accepter de dépendre d’acteurs extra-européens. Notre supériorité opérationnelle dépend étroitement de notre souveraineté technologique et par effet d’entrainement de notre souveraineté économique. Nous devons avoir notre propre façon d’innover, en France et en Europe. Ce n’est qu’en développant une industrie de défense nationale et européenne que nous aurons des entreprises fortes et capables d’innover au profit de nos armées et plus généralement de la société. Investir dans notre économie de défense, c’est stimuler l’innovation technologique et de fait, renforcer notre souveraineté militaire. 

L’Europe s’éveille d’ailleurs peu à peu à cette notion de souveraineté : la création du Fonds européen de défense est révélatrice de ce mouvement. C’est une avancée considérable que nous avons soutenue et qui donnera du souffle à notre innovation. Mais nous devrons investir plus. Les Européens dépensent annuellement 240 milliards d’euros pour leur défense quand les Américains en dépensent près de 700 milliards. Pourtant, investir dans le monde de la défense est non seulement un vecteur essentiel de notre souveraineté militaire et technologique, mais c’est aussi un levier de croissance. Un euro investi dans la défense entraîne une augmentation du PIB de deux euros à un horizon de dix ans. 

Relevons ensemble le défi des équipements en créant des industries européennes de défense fortes, dynamiques, incontournables. 

L’Europe, ce sont aussi des opérations. Dans ce domaine, nous voulons investir dans des projets souples, des partenariats pragmatiques, comme l’initiative européenne d’intervention. Il en va de notre efficacité sur le terrain. 

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Quant à notre résilience sur le terrain, c’est avant tout celle de nos soldats. Car peu importent les moyens numériques, les ruptures technologiques du futur, l’infaillibilité de nos systèmes, si nous n’avons pas les hommes et les femmes de qualité pour prendre les décisions politiques et militaires, pour agir et combattre dans des environnements et avec des équipements dégradés. Nous aurons besoin de militaires « a-technologiques », capables de s’orienter avec une boussole ou de naviguer à vue. Car la supériorité opérationnelle du futur n’est pas seulement technologique : la formation de nos militaires, la résilience de nos armées, le moral de nos troupes, la détermination de nos hommes et de nos femmes, aucun outil technologique ne pourra jamais les remplacer. 

Nous avons besoin de continuer à séduire et attirer des hommes et des femmes dans nos armées. Et force est de constater qu’il n’y a pas que la guerre qui se transforme, la société aussi se transforme. 

Nous devons en être conscient. Nous devrons être capables de proposer aux jeunes un métier hors du commun, un environnement en phase avec leurs attentes, des conditions sociales qui compensent efficacement les sujétions qui leurs sont imposées. Ces exigences ont finalement peu changé depuis 30 ans mais elles sont aujourd’hui plus difficiles à vivre. C’est cela une loi de programmation militaire à « hauteur d’homme ». 

Le plan Famille que j’ai lancé en octobre 2017 poursuit son déploiement, j’annoncerai dans quelques jours un programme ambitieux concernant l’hébergement de nos soldats. Nous travaillons aussi à rénover en profondeur la politique salariale de nos militaires comme le prévoit la LPM.  

 

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Une LPM qui, comme l’a rappelé le président de la République le 13 juillet dernier, sera respectée. J’aurais l’occasion de détailler prochainement le contenu du budget 2020 lors de la présentation du projet de loi de finances en conseil des ministres à la fin du mois.   

Je vous avais fait il y a un an une promesse : celle du travail, du travail et encore du travail. Et aujourd’hui, nous commençons à entrevoir que le travail acharné paie. Les équipements sont livrés, les réformes s’accomplissent et les promesses sont tenues. Je suis d’ailleurs ravie d’annoncer, conformément à ce que j’avais décidé il y a deux ans, l’arrivée des premiers drones Reaper armés sur nos théâtres d’opérations. Ils seront testés au Sahel d’ici la fin de l’année. 

Alors, aux parlementaires, qui sont au chevet de l’exécution de la LPM ; à nos directions et nos services qui sont pleinement impliqués dans ce renouveau ; à celles et ceux qui portent les réformes avec talent, et je pense tout particulièrement à la secrétaire d’Etat, au chef d’état-major des armées, à la secrétaire générale pour l’administration, au délégué général pour l’armement, sans oublier les chefs d’état-major d’armées, je souhaite dire merci. Merci pour votre énergie, votre ardeur à la tâche votre dévouement à notre mission : protéger les Français. 

Mais pas de répit, nous ne sommes qu’aux débuts de la loi de programmation militaire. Et nous aurons besoin des efforts de tous pour poursuivre dans cette voie.  

 

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Et de grands projets nous attendent cette année.

J’étais la semaine dernière au 2ème régiment étranger de génie à Saint-Christol pour présenter l’ambition environnementale du ministère des Armées. 

Je vous le disais en introduction, les guerres de demain seront aggravées par des facteurs climatiques : car les sécheresses, la montée des eaux, et l’érosion des coraux ne sont pas que des événements naturels, ou mêmes seulement humains. Ce sont aussi des événements stratégiques. Ils redessinent les cartes, déplacent des populations et créent de nouvelles tensions.   

Et nos armées sont en première ligne pour protéger les populations des catastrophes naturelles : hier, 650 soldats européens dont une cinquantaine de Français ont débarqué sur les îles d’Abacos aux Bahamas pour porter secours aux personnes touchées par l’ouragan Dorian. 

Nous devons anticiper la mobilisation de nos soldats sur ces nouvelles missions. Et nous devons éviter l’épuisement de nos militaires, et donc la multiplication de leurs missions. Pour cette raison et parce que nous avons l’empreinte environnementale la plus importante de l’Etat, nous avons l’impérieux devoir d’être un acteur volontaire et engagé de la transition écologique. Et cela passe d’abord par une transition énergétique. 

J’ai donc décidé de la mise en place d’un groupe de travail sur l’énergie. Ce groupe de travail doit aboutir d’ici mars 2020 à la définition d’une stratégie ministérielle sur l’énergie. Les objectifs sont multiples. 

Il s’agit tout d’abord de dresser un état des lieux des besoins, des ressources et des usages énergétiques du ministère : et ceci de Balard à chaque unité. 

Il faudra aussi poursuivre les réflexions concernant l’éco-conception des armements et aux développements technologiques qui permettront de répondre à nos besoins sans compromettre l’avenir de la planète. 

Il sera aussi important de définir les enjeux de souveraineté et de dépendance énergétiques pour le ministère. Cette réflexion doit inclure les perspectives de coopération, voire de mutuelle dépendance, en particulier avec nos partenaires européens. 

Enfin, nous définirons nos méthodes et adapterons notre gouvernance pour atteindre les objectifs de cette stratégie énergétique.

 Le kaki vire au vert, c’est une réalité désormais inéluctable. Nous avons entendu l’appel des Français, nous avons écouté celui de la jeunesse et nous comptons bien agir. 

 

*

 

Ecouter et comprendre la jeunesse, c’est fondamental. Car parler de futur, de mutations de la guerre et de nos armées, c’est enfin parler des jeunes. Des jeunes qui forment nos Armées. Et de nos Armées qui inspirent les jeunes. 

La première mise en œuvre du Service national universel, en juin dernier, a été une réussite. Sous l’impulsion de Geneviève Darrieussecq, les Armées ont apporté expertise et expérience à ce projet phare de société et les retours sont unanimes : c’est l’enseignement du module défense et mémoire qui a remporté le plus d’adhésion des jeunes participants, ici dans le Cher, comme dans les 12 autres départements.

Et je remercie l’ensemble des services de l’Etat qui se sont mobilisés pour s’assurer du succès de cette expérimentation.

Nous continuerons d’offrir aux jeunes cette chance inestimable de se rencontrer, de se comprendre, peu importe leur milieu d’origine et surtout, de s’engager. 

Nous continuerons de renforcer le lien armées-Nation. Car au cœur de ce tourbillon de mutations et de transformations, certaines choses demeurent immuables. Et la cohésion nationale en est une. La cohésion nationale, mais à l’aune de la construction européenne. C’est tout l’objectif de la Fabrique Défense, un événement tourné vers les jeunes qui doit contribuer d’une part à l’affermissement du lien armées-Nation, et d’autre part à l’émergence d’une culture stratégique européenne commune, dans le sillage du discours de la Sorbonne du Président de la République. 

C’est un événement inédit qui rassemblera l’ensemble des acteurs de la défense française et européenne : les partenaires institutionnels, les associations, les universités, les think-tanks, les entreprises, c’est près d’une centaine d’organismes qui seront rassemblés au même endroit pour informer, échanger, débattre avec les jeunes de toute origine.  Et j’ai le plaisir d’annoncer que la Fabrique Défense se tiendra à Paris les vendredi 17 et samedi 18 janvier 2020. Cette chance ne sera pas uniquement réservée aux Parisiens : dès le mois de décembre, des événements labellisés Fabrique Défense se tiendront également en région et dans une demi-douzaine d’Etats européens. 

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Les discussions que nous avons ici peuvent paraître lointaines aux Français. Nous parlons d’espace, de cyber, d’intelligence artificielle : et c’est vrai que je connais peu de personnes qui ont voyagé dans l’espace. C’est aussi vrai, qu’avant d’entrer au ministère des Armées, lorsque j’entendais parler de cyber, il s’agissait le plus souvent de cybercafé, ces lieux entre internet et les expressos. C’est enfin vrai, que l’intelligence artificielle me paraissait davantage relever de la science-fiction. 

Alors parfois, je comprends qu’il peut être déconcertant de voir autant d’efforts, de recherche, d’énergie et de moyens consacrés à de tels domaines. Mais si nous le faisons, si nous investissons autant de ressources humaines et financières, c’est bien pour s’assurer qu’à aucun moment, la France ne trahisse ses citoyens et échoue à les protéger. Dans un monde aussi changeant, aussi instable, ces enjeux qui nous tiennent parfois éveillés la nuit et qui mobilisent tant de personnes et de talents, ces enjeux sont cruciaux pour notre souveraineté. Ils sont cruciaux pour notre résilience. Et ils concernent les 67 millions de Français. 

Les 67 millions de Français que chaque jour, nous nous engageons à protéger. Et que nous protégerons toujours. 

                                                                                                                                            

Vive la République ! 

Vive la France !

 

Florence Parly

Ministre des Armées