Monde
09H02 - vendredi 2 août 2019

Sonia Rykiel, l’attrapeuse de robe vous salue bien !

 

La liquidation judiciaire de la Maison Sonia Rykiel, prononcée par la justice commerciale le 25 juillet, a entraîné la fermeture des 7 dernières boutiques et le licenciement des 135 salariés restants.

Hommage à la marque et à sa fondatrice, emblème de la mode française, par Madame B.

Madame Rykiel, 

Vous prenez le large encore une fois.

Votre soif de liberté, d’indépendance à vous sentir vous-même, à mener la Maison Sonia Rykiel à jouer irréversiblement les nomades, pour planter sa tente sous d’autres rives gauches, n’y a pas suffi.

Notre longue histoire commune, celle des femmes belles et rebelles, rousses ou blondes, ira bien au-delà des murs, et des process du monde de la finance et de ses dictats.

Madame Rykiel, vous avez décidé de marquer votre époque de cette non mode que l’on dit futile. Vous avez su transfigurer la maille, jouer avec l’ordre établi de la couture traditionnelle, remettre au goût du jour les cardigans, chandails et autres petites laines tricotées main par nos grand-mères, présents dans toutes nos garde robes familiales comme notre patrimoine commun.

« L’attrapeuse de robe », comme vous aimiez vous qualifier, a su oublier ce qui existait sur le marché de la mode, pour faire sortir les coutures de l’ombre, en les exposant en pleine lumière, comme un symbole de liberté de faire, pour magnifier les poches « toujours vides, juste pour les mains » et remplies de secrets, pour supprimer les doublures antipathiques qui effacent les formes du corps.

Sonia l’amoureuse des mots, Sonia l’écrivaine, auteur d’une quinzaine de livres, a défié les vitrines de vêtements en garnissant les siennes de lectures.

Vous baptisez votre style de « nouveau classicisme », vous célébrez les silhouettes élancées, vous exposez la souplesse du corps, vous sculptez les formes féminines, pour créer une vraie histoire intime, entre le corps et la matière. Ne dit-on pas les « tricots de peau » ?

La reine de la maille mène le jeu, son succès est grandissant, elle bouscule, trouble, dérègle, prône la constance et la permanence du style, dans cet univers aux tendances éphémères, 40 ans de collections joyeuses, sensuelles et désinvoltes.

Vous avez rayé nos silhouettes de jaune, de rose, reconnaissables entre toutes, enveloppé nos corps d’un noir dangereusement indécent et sensuel, paré nos décolletés de broches démesurées, fleurs pailletées, entouré nos cous délicats de boas vapporeux, vous nous avez sublimées à votre image, telles des enfants terribles, intranquilles et fiers de vous ressembler.

Sonia, vous nous séduirez à l’infini, avec ou sans vos boutiques.

Fermons les yeux… L’héroïne de notre histoire entre en scène, vêtue de noir, petits anneaux dorés discrets aux oreilles, chevelure de feu, yeux charbonneux, regard perçant.

« Ne jamais finir, rien qui puisse se terminer, mourir », disiez-vous… Soyez assurées, Mesdames Rykiel, Sonia, Nathalie, ainsi que toutes vos équipes, que vos robes seront bien gardées, encore longtemps portées.

Be happy !

 

Madame B.