Monde
10H40 - mercredi 24 juillet 2019

Quand le pèlerinage du hadj est confisqué par la politique saoudienne

 

Le hadj, pèlerinage annuel des musulmans à la Mecque, se déroulera cette année entre le 9 et le 14 août. L’Arabie saoudite accueillera encore une fois près de deux millions de personnes venues de tous les pays qui comptent des musulmans…pour se retrouver autour de la Ka’bah, ou « Maison sacrée ». De tous les pays ?

Les citoyens qataris n’en feront peut-être pas partie car, cette année encore, sur fond de crise et de tensions encore culminantes entre les deux pays, le Qatar accuse les autorités saoudiennes de manœuvres empêchant ses ressortissants de réaliser le pèlerinage, un des cinq piliers de l’islam.

Officiellement, ce sont quelques 1 200 ressortissants qataris qui sont autorisés à participer au pèlerinage selon un système de quotas. Mais dans les faits, les autorités du Qatar affirment qu’il est devenu quasiment impossible de s’inscrire à cet événement religieux solennel… Les inscriptions pour le hadjdevaient se faire en ligne pour les résidents du pays. Pourtant de nombreux sites en charge de l’enregistrement en ligne ont été bloqués ou ont fait l’objet de pannes suspicieuses et souvent longues.

À tel point que le ministère qatari des Affaires islamiques n’a pu s’empêcher de réagir, dénonçant des mesures « discriminatoires » et appelant les autorités saoudiennes à « lever tous les obstacles et toutes les restrictions imposées aux citoyens et aux résidents qataris désirant accomplir leur rituel religieux ». Pour le ministère, les restrictions vont encore plus loin et empêchent les tour-opérateurs du pays à se rendre en Arabie saoudite pour préparer convenablement l’accueil des citoyens qataris.

Le Comité national des droits de l’homme du Qatar, pour qui les entraves saoudiennes à la liberté religieuse ne faisaient plus de doute, demandent aux institutions internationales de réagir. Ainsi, le Comité a officiellement saisi la Commission des droits de l’homme des Nations unies, demandant à ce qu’une enquête soit ouverte pour explorer toutes les manœuvres mises en place par les autorités saoudiennes à l’égard des ressortissants qataris. L’État du Qatar a également soumis un rapport à la Cour internationale de Justice, en plus de plaintes qu’il a déposées auprès du Parlement européen.

 

A qui appartiennent les lieux sacrés de l’islam ?

La crise du Conseil de coopération du Golfe qui oppose Riyad et les Emirats Arabes Unis au Qatar depuis juin 2017 s’exporte ouvertement dans le champ de l’islam, et le politise encore davantage. Rappelons que depuis le début des tensions en juin 2017, la frontière terrestre est fermée entre le Qatar et l’Arabie saoudite, les liaisons aériennes directes sont interrompues et il n’y a plus de représentation diplomatique saoudienne susceptible de délivrer des visas aux fidèles qataris souhaitant se rendre à la Mecque.

Et ce n’est pas une première avec ce qui semble être devenu une habitude pour le royaume. Outre les citoyens qataris, des dizaines de milliers d’Iraniens ont aussi été empêchés d’effectuer le pèlerinage à la Mecque en raison de la rivalité irano-saoudienne… Le hadj, bien plus qu’un pèlerinage religieux, est donc devenu un réel levier que l’Arabie saoudite est prête à utiliser à des fins politiques et géostratégiques.

Et même si le royaume abrite deux lieux sacrés de l’islam, la Mecque et Médine, ceux-ci ne sont pas la propriété de l’Arabie saoudite, mais celle de la communauté musulmane dans son ensemble. Et tout musulman a évidemment le droit de se rendre aux lieux sacrés du hadj, qui est un des cinq piliers de l’islam. D’autant plus qu’il s’agit là de La Mecque, qui est la ville la plus sainte de l’Islam : c’est la ville natale du prophète Mahomet.

Rappelons que le pèlerinage doit être effectué au moins une fois dans la vie par tous ceux qui sont physiquement et financièrement capables d’entreprendre le voyage… Par un monopole contestable, la barrière financière est placée très haute par les autorités saoudiennes, empêchant de facto des millions de musulmans de réaliser leur vœu.

Encore une bonne raison pour montrer le mariage dangereux entre religieux et politique.

 

Claudie Holzach

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