Monde
16H10 - vendredi 14 juin 2019

Les Suissesses passent à l’action pour réclamer l’égalité salariale

 

Les Suissesses manifestent dans les rues de Bern, le 14 juin 2019. AFP / STEFAN WERMUTH

 

Volée de cloches à Bienne, cathédrale illuminée de rose à Lausanne, poing levé féministe projeté sur un gratte-ciel à Bâle… Près de 30 ans après leur dernière grève historique, les Suissesses ont lancé vendredi une journée de mobilisation nationale pour l’égalité salariale.

Le point d’orgue du mouvement, qui vise aussi à dénoncer les violences sexistes et à défendre la reconnaissance des tâches domestiques, est une marche dans tout le pays, dont Berne, devant le siège du gouvernement et du Parlement. Les femmes sont invitées à faire grève, mais l’ampleur de la mobilisation reste incertaine tant les débrayages sont rares dans le pays.

A Berne, les députés ont symboliquement interrompu leurs débats pendant 15 minutes. De nombreux parlementaires ont arboré des badges féministes ou sont venus vêtus de violet, tout comme la ministre de la Défense, Viola Amherd.

AFP / STEFAN WERMUTH

A Lausanne, la mobilisation a débuté dans la nuit à la cathédrale où les femmes ont fait sonner des cloches sur le parvis. Un feu de joie a été allumé et la cathédrale illuminée. 500 personnes ont ensuite bloqué un des principaux ponts de la ville, en y organisant un petit-déjeuner, a constaté un photographe de l’AFP.

Dans de nombreuses villes, les femmes se rassemblent dans les rues pour chanter. A Zurich, un clitoris géant posé sur un chariot est tiré par des femmes dans la ville, la plus peuplée du pays.

Dans certaines villes, des crèches sont fermées, tandis que les écoles assurent un service minimum. En Valais, une centaine de militantes ont chanté et scandé des slogans devant le Parlement régional.

La manifestation, jugée « illicite » par l’Union patronale, est placée sous la devise: « plus de temps, plus d’argent et du respect ». Elle fait écho à la grande grève des femmes suisses qui avait réuni un demi-million de participantes le 14 juin 1991, dix ans jour pour jour après l’introduction du principe d’égalité entre genres dans la Constitution.

Les femmes avaient alors dénoncé l’absence de mesures concrètes et l’inégalité salariale. Cette mobilisation avait abouti à l’entrée en vigueur en 1996 de la loi sur l’égalité au travail.

Portées par la vague #Metoo, la nouvelle génération poursuit le combat initié par leurs aînées il y a presque 30 ans, vers une égalité salariale qui n’est toujours pas atteinte.

Les femmes touchent en moyenne environ 20% de moins que les hommes. Et à conditions égales, notamment formation et ancienneté, l’écart salarial est encore de près de 8%, selon le gouvernement.

« L’égalité de salaire n’est pas réalisée. C’est une bonne raison de faire la grève », a déclaré Ruth Dreyfuss, première femme à avoir accédé à la présidence suisse en 1998, sur la radio RTS.

 

Débrayage à 15h24

 

Egalité des salaires, introduction d’un salaire minimum, tolérance zéro face à la violence sexiste… les revendications sont multiples.

Des femmes participent à une mobilisation pour l’égalité salariale, le 14 juin 2019 à la gare de Lausanne en Suisse. AFP / FABRICE COFFRINI

 

Celles qui ne peuvent pas faire grève toute la journée sont invitées à débrayer à 15h24, heure à partir de laquelle les femmes travaillent gratuitement si l’on prend en compte l’inégalité salariale moyenne de 20%.

En 1991, une femme sur sept s’était mobilisée. Un chiffre d’autant plus exceptionnel que les arrêts de travail sont très rares depuis l’instauration en 1937 de la « paix du travail », une convention signée entre patronats et syndicats excluant le recours à la grève au profit de la négociation.

L’idée de refaire grève est née sous l’impulsion des syndicats, ces derniers n’étant pas parvenus à introduire, lors de la révision de la loi sur l’égalité en 2018, le principe de sanctions contre les entreprises violant l’égalité salariale.

En Suisse, la reconnaissance des droits des femmes est un long chemin. Ces dernières années, des avancées ont été obtenues, comme la dépénalisation de l’avortement en 2002 et un congé maternité payé de 14 semaines en 2005.

Mais le congé paternité n’existe pas et les places en crèche, limitées et coûteuses, sont un handicap majeur à l’activité professionnelle des femmes. Et ce n’est qu’en 1971 qu’elles ont obtenu le droit de vote.

 

Agnès PEDRERO

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