Monde
08H47 - vendredi 24 mai 2019

L’urgence écologique doit l’emporter : entretien avec Pierre-Louis Vernhes, numéro 3 de la liste conduite par Dominique Bourg.

 

La liste Urgence Ecologie conduite par le philosophe Dominique Bourg regroupe plusieurs organisations : le MdP (Mouvement des Progressistes) avec Sébastien Nadot, Génération Écologie avec Delphine Batho, le Mouvement écologiste indépendant avec Antoine Waechter, et l’Union des Démocrates et Ecologistes avec Marie-Pierre Bresson et Jean-Luc Benhamias. Entretien avec Pierre-Louis Vernhes, numéro 3 de la liste.

 

Quelle plus-value apporte la liste Urgence Écologie ?

L’élément fondateur de cette liste est le fait qu’il faut partir des constats du GIECet de la communauté scientifique sur les actions à mener pour sauver le climat et la biodiversité. Il ne suffit plus de s’accorder sur le constat de l’augmentation de la température et de l’atteinte à la biodiversité, mais aussi sur les actions concrètes à mettre en œuvre, actions que le GIEC en particulier appelle d’urgence. Mettre l’accent sur l’urgence à agir est notre originalité, car l’heure n’est plus aux promesses pour 2040 ou 2050. Il faut imposer un arrêt rapide des sources de troubles et de destruction. Là est notre valeur ajoutée.

 

Ne craignez-vous pas que vous contribuiez à diviser, plus qu’elles ne le sont déjà, les forces de gauche ?

Notre liste ne se positionne pas comme étant de gauche ou de droite, car en 2019, les soucis d’environnement, de biodiversité ou de climat sont si importants que le seul discriminant important est écologique. Les actions et le mode même de gouvernance que nous préconisons devraient en quelques sortes être passés au filtre de l’écologie. Je ne renie pas mon appartenance à la gauche. D’ailleurs, les valeurs d’humanisme et de solidarité sont incluses dans le programme et dans la vision de notre liste Urgence Écologie. Quant à la question de la division, il est évident que ce combat écologique devrait être central pour toute la gauche. Et pourtant, il ne l’est pas. La tradition de la gauche est assez largement productiviste, modèle sur lequel il est impératif de revenir aujourd’hui. À cet égard, la question de la division n’est plus un élément pertinent.

 

L’écologie n’est donc pas qu’un combat de gauche ?

En effet. Antoine Waechter, qui figure sur notre liste, fut le premier président des Verts, avant que ce mouvement se s’ancre à gauche. Le positionnement partisan gauche-droite ne peut qu’encourager l’abstention. Pour ma part, je suis engagé dans le monde associatif et dans la sphère politique, car les deux combats doivent être menés en parallèle. L’engagement associatif ne suffit pas à induire un véritable effet d’échelle. Seul le politique peut y parvenir.

 

Les Américains, malgré Donald Trump, réalisent à l’échelle locale, comme à San Francisco, des avancées écologiques considérables bien plus radicales que tout ce qui est fait en France où l’on parle plus que l’on agit. Ici, on considère que le modèle productiviste fondé sur la course à la croissance, est par essence hostile à l’environnement. Outre-Atlantique, on pense au contraire que l’écologie se développera plus rapidement si elle est rentable et permet de gagner de l’argent. Qui a raison ?

Jusqu’il y deux ans, je pensais que l’industrie trouverait des solutions, ce qui rejoint l’idée d’une écologie ancrée dans ce système de croissance. Les industries, notamment celles de l’énergie, investissent sur des technologies en espérant en récolter de juteux profits. Mais en y regardant de plus près, on constate que ces technologies ne sont pas prêtes à être déployées. Par exemple, la séquestration du carbone par la plantation de forêts conduit à une dangereuse confrontation pour s’approprier les surfaces disponibles, entre l’alimentation et la décarbonation de l’atmosphère. Je préfère clairement que l’on s’oriente vers un mode de consommation rationnel et de descente énergétique, et non que l’on tente de rassurer la population en lui disant qu’elle n’aura rien à changer dans son mode de vie parce qu’on lui fabriquera des voitures propres et qu’on trouvera des solutions pour que les centrales à charbon soient propres. Cette approche technologique des entreprises a ses limites, ne serait-ce que parce qu’elle ne prend en compte que le réchauffement climatique alors que les problèmes de la planète vont bien au-delà. Les problèmes de la planète comme la biodiversité et l’épuisement des matières premières sont également des questions essentielles qui ne pourront être traitées sans un changement d’organisation de notre société et de nos modes de consommation.

 

Votre solution n’est-elle pas un peu optimiste, car le consommateur ne change de mode de consommation que si l’alternative qu’on lui propose est simple et accessible ?

Ce sera le cas des transports publics qui seront la principale alternative à la voiture dans de nombreux cas. Il faudra investir sur des transports publics de qualité pour augmenter les fréquences et le confort, plus que sur l’amélioration de la voiture. La problématique du glyphosate est analogue : l’alternative ne doit pas être un autre produit chimique alors que ce sont les méthodes agricoles qui doivent être modifiées. Du reste, les solutions existent déjà, même si elles sont plus exigeantes en main d’œuvre. Il est évident que les gens choisiront la solution la plus confortable, raison pour laquelle il appartient à la sphère publique d’adapter les réseaux de transport et, dans une certaine mesure, le mode de production agricole. Il faut notamment réorienter le PAC vers du 100% bio et de l’agroécologique. Aujourd’hui, tout le monde n’a pas les moyens d’acheter de l’alimentation de qualité, raison pour laquelle il est indispensable de faire évoluer les critères de subvention de l’agriculture.

 

Une dernière question un peu en marge des précédentes : une certaine mode veut que des philosophes conduisent des listes aux Européennes, comme votre liste avec Dominique Bourg. Comment l’expliquez-vous ?

Dominique Bourg est un philosophe qui travaille depuis très longtemps sur les questions écologiques. Je suis très favorable à cette approche, car la politique est le domaine des actions et des idées qui s’y rencontrent. C’est une chance que notre liste soit conduite par une personne qui a réfléchi durant des années aux idées et aux organisations, et qui aujourd’hui franchit le pas en se jetant dans l’arène pour traduire cette réflexion dans les pratiques quotidiennes. C’est une rupture avec la politique incarnée par des bêtes à concours qui gagnaient les élections.

Un philosophe en politique, c’est autre chose : une personne qui se base sur une réflexion longue pour amener des solutions différentes. Les électeurs n’ont plus foi dans la parole délivrée par les hommes politiques traditionnels. Nous pensons que la défense honnête des idées va conduire au succès électoral. Ce n’est pas une démarche symbolique ou purement intellectuelle. Le fond va l’emporter sur la communication. Sans quoi l’abstention continuera à croitre, car les gens se détourneront de la chose politique.

 

Avez-vous quelque chose à ajouter ou une réponse à une question que je ne vous ai pas posée ?

L’écologie figure aujourd’hui dans tous les programmes, mais ce qui importe, c’est que l’opinion publique prenne pleinement conscience de l’importance et de l’urgence des mesures à prendre pour passer du développement durable vers des changements plus fondamentaux. Pour moi, c’est le point central de cette élection et du message que nous portons.

 

Propos recueillis par Raymond Taube, rédacteur en chef d’Opinion Internationale

Directeur de l'IDP - Institut de Droit Pratique / rédacteur en chef d’Opinion Internationale

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