Ministère des Beaux Arts
06H55 - lundi 22 avril 2019

Combo : tolérance et engagement. La chronique street art et Pascale de Philippe Rosenpick

 

Il y a quelques semaines, un tueur suprématiste blanc massacrait des dizaines de musulmans en Nouvelle Zélande. Il y a quelques heures, d’autres tueurs perpétraient des attentats meurtriers dans des églises et hôtels de luxe à Colombo au Sri Lanka. Aucune communauté n’a le monopole de l’intolérance et du sordide, qui se répand aux quatre coins de la planète.

J’ai été élevé jusqu’à dix ans à Bagneux, dans ces HLM ou à quelques blocs, plusieurs dizaines d’années après, un juif a été torturé. Mes parents ont ensuite déménagé à Grenoble où mon père venait de créer son entreprise et m’ont inscrit dans un collège catholique, l’Externat Notre Dame, reconnu pour son enseignement, où je passerai mon bac, presque dix ans plus tard.

Mon nom est clairement d’origine juif polonais et je suis à moi seul le reflet de cette histoire de France qui, à un moment, a assimilé et instruit des millions de jeunes aux origines bien différentes, mélangeant les familles et les petites histoires des uns et des autres pour fabriquer la grande histoire. Mes grands-parents paternels sont arrivés en France de Pologne, fin du XIXèmesiècle. Mon grand-père, de confession israélite, a épousé une catholique pratiquante dont la famille était  originaire de Gascogne, depuis la première lueur de l’histoire de France. Mon père, élevé sans ostracisme ni contrainte religieuse particulière, avait plutôt Brassens comme grand prêtre. Il a épousé une catholique d’origine italienne. Il était agnostique, franc maçon (Grand Orient), convaincu, porteur de tolérance ( tolérance ne veut pas dire qu’on accepte tout !) et tendait la main à son prochain plus que toutes les religions réunies. Je me souviens encore d’une grosse colère de mon père parce que sa loge refusait d’initier quelqu’un qui croyait fermement en Dieu. Ma mère allait à l’église et pas lui. Il s’emportait souvent contre l’intolérance… des religions. Mais la religion n’est pas Dieu rajoutait-il, pour rassurer ses interlocuteurs.

J’ai été baptisé, pour prendre date. Mes parents m’ont ensuite laissé le choix de mes orientations et croyances spirituelles. On parlait beaucoup. De tout. On riait. De tout. Pas de dogme ni de tabou, même si ma mère de temps à autre était tentée d’aller à l’église pour se confesser des esprits libres, trop libres, de sa famille. J’avais des cours d’éducation religieuse mais, sceptique, je n’ai toutefois pas fait ma première communion. Personne ne m’a obligé à la faire et ni le collège ni le lycée ne m’ont viré. Je crois que je ne crois pas. Je doute. Je regarde souvent le ciel, les étoiles, leur mystère. Je doute..

Je me suis marié à l’église, ma femme est catholique pratiquante. C’est un père de l’Externat Notre Dame qui nous a mariés. Il me connaissait bien et malgré mon refus obstiné de communier pendant ma scolarité, il était plutôt satisfait d’ordonner ce mariage. Pour ma femme, le contraire eut été impossible. Pour moi aussi donc.

Mes copains étaient blancs, noirs juifs, catholiques, musulmans… En fait, je ne sais pas quelles étaient leurs croyances religieuses car on en parlait pas. Ce n’était pas un sujet de discordance, ni de distinction. Chacun pouvait croire dans ce qu’il voulait. Pas de blême. Personne n’imposait rien à personne. On pouvait se battre pour quelques billes en plus, un carambar volé, parce que même pas cap t’es pas aussi fort que Thierry la Fronde ou Josh Randall… pour faire le coq… mais pas pour une histoire de religion ou de croyance. Je n’ai jamais souffert de la moindre réflexion raciste.

 

Les temps ont changé

Les temps semblent avoir changé. Un regard de travers ou une prise de parole détournée et retournée jusqu’à la faire mal tourner et tu es un sale feuj, un sale rebeu… Au point que COMBO, street artiste trop engagé sur la pente glissante de la tolérance pour certains, s’est fait agresser lorsqu’il créait Porte Dorée une fresque portant ce message œcuménique « COEXIST ». Un message créé par un artiste polonais Piotr Mlodozeniec. Un message de paix créé par un artiste catholique d’Europe de l’est et remis à l’ouvrage par un autre artiste, Libano-marocain pour en faire une fresque murale de street art. Une fresque admirée par un français plutôt athée (j’hésite encore) aux origines qui se perdent en Italie, en Pologne, en Gascogne. Une œuvre qui a sa place désormais à l’Institut du Monde Arabe, qui a consacré une exposition à COMBO.

COMBO n’a pas dénoncé ses agresseurs. COMBO, comme moi, a peut-être épousé une religion où il est plus important de se battre pour des billes et des carambars que pour un dieu qui n’existe peut-être même pas ou qui est peut-être le même pour tous. Qui sait vraiment. Ou pour permettre à tous ceux qui croient, de pouvoir croire comme ils le souhaitent, tant qu’ils ne cherchent pas à imposer aux autres leurs croyances. Le père de COMBO est d’origine libanaise et chrétien ; sa mère marocaine, d’origine musulmane. Comme moi, un mélange où l’ouverture d’esprit s’est imposée sur le diktat du dogme.

Lors du saccage des Champs-Elysées, j’avais écrit que les devantures et murs détériorés n’étaient pas du  street art et que la destruction ne peut être un message crédible de futur, à l’opposé du street art qui témoigne et porte bien souvent des messages pour un monde meilleur, même s’ils sont parfois  critiques sur le présent. Le message de COMBO participe en effet du contraire. Il alerte et ici il est porteur d’espérance. Toutes les religions sont aussi respectables et sont faites pour permettre le vivre ensemble.  Il est écrit sur le site de Combo « Fear no one, Fear nothing » ; comme pour célébrer cette espérance dans la liberté qui doit toujours lutter contre la bêtise, l’obscurantisme, l’ostracisme, toutes sortes de maux que l’on croit à jamais disparus et qui reviennent de temps à autres nous secouer à nouveau. Il ne faut surtout pas faiblir face à toutes ces résurgences, au risque de voir l’histoire repasser les plats dans ce qu’elle a de plus terrible. Même si l’on n’est pas touché directement ou qu’on peut être amené à laisser filer par simple fainéantise. Le street art de COMBO, qu’il évoque le nucléaire avec ses célèbres affiches collées en zone interdite à Tchernobyl, la censure avec des pages internet collées à Hong Kong, la politique avec ses affiches collées lors de la campagne électorale présidentielle de 2017 qui parodient les candidats, renvoie tout monde à ses responsabilités.

Alors oui, en ce week end Pascal, que toutes les religions “COEXIST”.

 

Desfilis, copyright : Marion Gambin

 

Philippe Rosenpick 

Avocat associé chez Desfilis, organisateur du prix du Graffiti 2016/17, promoteur de la fresque dessinée par Crey 132 en l’honneur du Bleuet France sur la place des Invalides, membre de la commission d’appel de la Fédération Française de Rugby, Chevalier de la Légion d’honneur

 

 

 

 

 

 

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