Monde
07H00 - mardi 9 avril 2019

Entretien avec Meyer Habib, député des Français établis hors de France, sur les enjeux des législatives en Israël, notamment pour la France.

 

Meyer Habib, député des Français établis hors de France, ne cache pas sa proximité avec Benjamin Netanyahou, dont il espère la réélection le 9 avril 2019. Mais il est aussi un fin connaisseur de la scène politique israélienne et des relations parfois complexes de la France avec la seule démocratie de la région, comme il se plaît à le rappeler. Ces élections sont-elles un tournant ? Affecteront-elles la coopération, notamment sécuritaire, avec la France ?

Opinion Internationale : Au-delà du renouvellement du Parlement, la Knesset, quel enjeu particulier voyez-vous à ces élections israéliennes ?

Meyer Habib : dans un pays comme Israël, unique démocratie du Moyen-Orient dont l’existence est constamment menacée, l’enjeu est évidemment considérable. En pratique, la gauche et le centre gauche essayent, avec une coalition de trois anciens généraux et d’un journaliste, de faire tomber Benjamin Netanyahou. Hélas, la campagne électorale a été totalement polluée par cette obsession anti-Netanyahou de la gauche.

Tout le monde connaît ma proximité avec le premier ministre israélien mais force est de constater qu’après dix ans de gouvernement Netanyahou, jamais Israël ne s’est si bien porté, que ce soit sur le plan sécuritaire, économique ou de sa place sur la scène mondiale.

Véritable homme d’Etat à stature internationale, Benjamin Netanyahou a une envergure unique en Israël. Il est respecté et traite d’égal à égal avec les dirigeants des plus grands Etats, que ce soit Donald Trump, Vladimir Poutine, Xi Jinping ou Emmanuel Macron, mais aussi avec de nombreux dirigeants africains ou le premier ministre indien Modi. 

 

Dans de nombreuses démocraties du monde, on constate que les dirigeants en place ont beaucoup de difficulté à se maintenir au pouvoir, à se faire réélire. Les Israéliens ne sont-ils pas également tentés par un renouvellement, indépendamment des programmes proposés ?

Une telle tentation peut exister dans certains secteurs de la population israélienne mais Benjamin Netanyahou continue de jouir d’une forte popularité liée à son bilan à l’issue de quatre mandats. Par contraste, le principal leader d’opposition, Benny Gantz, ancien chef d’état-major, a sans doute quelque compétence en matière militaire mais n’a aucune expérience politique ni compétences économiques, diplomatiques ou dans la gestion de l’action gouvernementale.

Malgré les défis sécuritaires, Israël est un îlot de démocratie dans un océan de tyrannie et d’extrémisme religieux. Certes, on n’est pas à l’abri d’une vague de dégagisme et en démocratie, il existe un principe fondamental : la vérité des urnes. Une chose est certaine : à ce jour, toutes les enquêtes d’opinion sans exception donnent Netanyahou largement en tête à la question « quel candidat est le plus compétent pour diriger le pays ? ».

Cependant, à quelques heures du scrutin, rien n’est fait. Compte tenu du nombre de candidats, le parti de Gantz est légèrement devant le Likoud de Netanyahou dans les sondages, mais une coalition est toujours indispensable pour former une majorité. Et là, c’est Netanyahou qui est le mieux placé pour l’emporter. S’il parvenait à se faire réélire une cinquième fois, ce serait unique, à l’image de son envergure d’homme d’État.

 

En quoi les Français sont-ils concernés ou impliqués par les élections israéliennes ?

En principe, la coopération bilatérale franco-israélienne ne devrait pas être impactée par les élections du 9 avril. La coopération est forte et se développe. Sur le plan sécuritaire, Israël aide directement les autorités françaises à lutter contre le terrorisme et à prévenir des attentats. Ce fut le cas notamment le 30 juin dernier où un attentat contre l’opposition iranienne fomenté par la République islamique a été déjoué in extremis grâce aux services de renseignement israéliens. La coopération ne se borne pas à la lutte antiterroriste. Elle concerne également la recherche, la technologie, la culture mais aussi la lutte contre l’antisémitisme, qui prend aujourd’hui le visage de l’antisionisme, surtout à l’extrême-gauche.

Pour la France, il est essentiel de pouvoir s’appuyer sur un partenaire fort et fiable au Moyen-Orient. Dans la région, seul Israël partage nos valeurs de démocratie, d’Etat de droit, d’égalité homme-femme, de protection des minorités, notamment les chrétiens d’Orient ou LGBT. Ces différents partenariats perdureront, mais ils pourraient pâtir d’un changement de direction en Israël, car Netanyahou justifie d’une longue et fructueuse expérience de coopération avec les dirigeants français, ce qui est un atout considérable.

Dans ce contexte, j’ai été surpris de voir Emmanuel Macron recevoir à l’Elysée, à quatre jours des élections, le numéro deux de l’opposition, Yaïr Lapid. L’usage veut qu’entre démocraties, un chef d’Etat ne s’immisce pas dans le jeu électoral d’un pays ami. Je n’ose imaginer le tollé si le Premier ministre d’Israël recevait un leader d’opposition de droite ou d’extrême droite, à quelques jours du second tour des prochaines élections présidentielles. Pour être franc, la qualité des rapports personnels entre Emmanuel Macron et Benjamin Netanyahou aurait laissé espérer une attitude un peu plus amicale ! Je suis bien placé pour le savoir, croyez-moi ! Sans doute doit-on y voir la patte du Quai d’Orsay et de sa traditionnelle ligne « pro-arabe », plus proche de la gauche israélienne. Ce logiciel diplomatique apparaît de plus en plus périmé quand on voit les mutations à l’œuvre sur l’échiquier moyen-oriental, notamment le rapprochement stratégique entre Israel et de nombreux pays arabes modérés, en particulier dans le Golfe arabo-persique.

 

Propos recueillis par Raymond Taube, rédacteur en chef d’Opinion Internationale

Directeur de l'IDP - Institut de Droit Pratique / rédacteur en chef d’Opinion Internationale