Edito
08H06 - lundi 25 mars 2019

We love you, yeh yeh yeh : message au peuple britannique. L’édito de Michel Taube sur le Brexit

 

Brexit

L’espoir renaîtrait-il ? Un million de citoyens dans les rues de Londres samedi, déjà plus de 5 millions de signataires d’une pétition adressée au Parlement britannique

Amis britanniques, comme ça, vous les grands Bretons, avez décidé de nous quitter. Vous avez voulu le Brexit. Vous le peuple libre, qui avez résisté aux nazis quand nous sombrions dans la collaboration, vous qui avez inventé la démocratie parlementaire et conservé la monarchie sans couper la tête du monarque. Vous et votre flegme légendaire, vos bonnes manières, votre langue universelle, votre capitale merveilleuse, cousine de la nôtre, notamment depuis qu’un tunnel relit le continent à votre île. Ah oui, vous êtes une île ! Malgré le tunnel sous la manche, malgré le TGV, vous pensez toujours que le maigre bras de mer qui nous sépare, et que certains traversent même à la nage, vous assimile à un îlot au milieu de l’océan, coupé du reste du monde, sauf de l’Amérique, du moins jusqu’à une époque récente. Nous sommes tous une île, une île de démocratie et de liberté, une île de culture et de diversité qui n’a pas d’équivalent dans le monde. Cette île, c’est l’Europe, et vous en êtes un phare.

Je me réveille au son des Beatles (yeh, yeh, yeh) et me couche à celui des Stones ou de leurs nombreux enfants, David Bowie, Led Zeppelin, Pink Floyd et tant d’autres… « Ne me quitte pas », chantait Jacques Brel, et aujourd’hui, je fais aussi mienne cette supplique que je vous adresse.

Alors bien sûr, vous n’êtes pas facile, avec votre insularité et ce particularisme que vous cultivez comme un jardin anglais. Vous avez voulu l’Europe, mais à votre sauce. Vous avez gardé la livre sterling, avez réussi à nous imposer que la frontière entre nous est vous soit chez nous, de notre côté de la Manche, alors que des milliers de migrants ne rêvent que de vous rejoindre. Vous voulez le beurre et l’argent du beurre, et lorsque vous avez voté pour le Brexit, vous avez débattu d’un hard ou soft Brexit, comme si vous alliez présenter aux Européens la recette qui vous arrangeait, gardant tous les avantages de l’Union européenne sans ses inconvénients supposés. Mais vous ne reçutes de la crémière qu’un sourire jaune pour cette incroyable arrogance que vous nous reprochez si souvent avec raison, nous Français. Et oui, nous et vous, on est pareil sur ce point : deux anciennes grandes puissances qui ne le sont plus, mais qui ne peuvent aspirer à le redevenir que dans le cadre plus vaste et puissant qu’est l’Europe. Et plus précisément l’Union européenne, même si elle doit se réformer pour être plus protectrice, moins bureaucratique, et paradoxalement, plus fédérale là, et seulement là, où cela se justifie, lorsqu’il faut faire face aux Américains et leur GAFAM, aux Chinois et leur BATX.

Malgré les interminables guerres qui nous déchirèrent au Moyen-âge (bon, c’est prescrit !), malgré la colonisation puis la décolonisation, malgré les grenouilles que nous mangeons (très rarement, en vérité), alors que vous préférez la viande bouillie à la sauce à la menthe (là, il faut bien l’admettre : vous avez les Beatles, nous avons la gastronomie !), malgré nos différences, nos oppositions, nous avons bien plus en commun que vos brexiteurs vous l’ont fait croire. D’une rive à gauche de la Manche, de la Tamise ou de la Seine, je me sens chez moi, à la maison, cette maison Europe qui restera le phare du monde si nous le voulons, car la culture est éternelle et c’est nous, ensemble en Europe, qui en sommes les premiers bâtisseurs, ceux qui l’avons universalisée avec comme première conséquence de nous ouvrir à celles du monde entier.

Vous qui avez résisté au nazisme, forme la plus abjecte du nationalisme, vous vous êtes laissés manipuler par des brexiteurs aussi fourbes que Jim Ratcliffe, milliardaire, maintenant résident monégasque, et dont le siège de la société a été transféré en Suisse, Nigel Farage, admirateur de Donald Trump, qui a démissionné de ses fonctions au lendemain du Brexit, ou Boris Johnson, ancien maire de Londres dont la position n’est en rien partagée par les Londoniens.

Amis britanniques, vous avez été manipulés avec le concours de la société Cambridge Analytica, fournie illégalement en données personnelles sensibles par Facebook. Ce même duo infernal avait aussi contribué à l’élection de Trump et à quelques autres coups tordus qui sont autant d’atteintes graves à la démocratie.

Alors, amis britanniques, exigez un nouveau référendum ! On dit que ce n’est pas possible, que cela provoquerait une réaction violente des souverainistes. Mais ce que le peuple manipulé a fait, le peuple éclairé peut le défaire. Aujourd’hui, de nombreux pro Brexit le sont encore par idéologie et dogmatisme nationaliste. Ce sont souvent les mêmes qui ici, veulent le Frexit. Ils réclament une souveraineté qui ne peut se décréter. Pour être souverain, il faut être fort et savoir se défendre. Nous sommes des nains face aux ogres privés ou étatiques qui nous écraseront et qui ont déjà commencé à la faire. L’Europe peut être souveraine et ainsi comme elle a commencé à le faire sur le plan monétaire ou celui de la protection des données personnelles. Elle doit le devenir en matière militaire, fiscale, environnementale et bien sûr, culturelle.

Les historiens écriront peut-être un jour que le Brexit fut la première étape de la destruction d’une civilisation. Amis britanniques, ne leur donnez pas l’opportunité d’envisager ce scénario. Rentrez à la maison Europe. Il en est encore temps.

 

Michel Taube

 

Directeur de la publication

Nicolas Bedos assassin ? L’édito de Michel Taube

Trop de « fils de… » accèderaient-ils à la célébrité par ce qu’ils sont fils de… ? Jean-Marie Bigard, futur candidat à l’élection présidentielle, parlerait de « fils de p… ». Si…
Michel Taube