Monde
07H35 - mardi 12 mars 2019

Sheikha Latifa : les groupes de défense des droits de l’homme exigent un accès immédiat à la princesse de Dubaï un an après son prétendu enlèvement

 

Sheikha Latifa n’a fait aucune déclaration publique depuis qu’elle aurait été capturée en mer en mars 2018 dernier alors qu’elle tentait de fuir Dubaï.

Des groupes de défense des droits de l’homme ont exigé que les Émirats arabes unis leur accordent l’accès immédiat à une princesse émiratie, un an après sa capture présumée par les autorités alors qu’elle tentait de fuir le pays. Sheikha Latifa, 33 ans, fille du souverain de Dubaï, Cheikh Mohamed bin Rashid al-Maktoum, ne s’est pas exprimée en public depuis son retour forcé à Dubaï, faisant suite à sa disparition neuf mois durant, l’année passée, après avoir été arrêtée en mer alors qu’elle tentait de fuir à Goa en Inde.

Elle n’a été vue qu’une seule fois depuis lors, lorsqu’elle est apparue sur des photographies prises à Dubaï lors d’une visite en décembre dernier de Mary Robinson, ancienne présidente de l’Irlande et ancienne Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme. Ce déplacement très médiatisé et quelque peu troublant a largement été critiqué par des groupes de défense des droits de l’Homme qui y voyaient une instrumentalisation de la famille dirigeante émiratie, dont Madame Robinson est une proche, puisqu’elle est une amie intime de Sheikha Haya, une des épouses du souverain de Dubaï. Madame Robinson, en avançant la thèse d’une jeune fille psychologiquement instable, aurait-elle été piégée par une opération de communication publique de la famille régnante ?

Pour l’heure, nul ne sait ce qui est arrivé à Latifa entre sa capture en mer en mars 2018 et sa réapparition furtive à Dubaï en décembre.

Les plaidoyers adressés aux Émirats arabes unis pour qu’une délégation indépendante se voit accorder l’accès au bureau royal afin de l’évaluer, sont restés sans réponse.

C’est ainsi que, dans une interview pour Independent, Hiba Zayadin de l’ONG Human Rights Watch demande qu’elle soit autorisée à « se rendre dans un pays tiers où nous, ainsi que d’autres observateurs, pouvons être assurés qu’elle pourra s’exprimer librement et indépendamment sans crainte de représailles ». Amnesty International lance également le même appel sans qu’il n’ait été entendu pour l’heure par les autorités de l’Émirat. Dans le même article, Devin Kenney, un de ses responsables, déplore que « les Émirats arabes unis n’ont donné aucune réponse », pas plus qu’ils n’ont « réagi aux violations des droits de l’homme… dans le pays » dont l’ONG les accuse. 

Radha Stirling, responsable du groupe britannique « Détenue à Dubaï », a déclaré au même journal que le groupe présenterait son cas devant le comité des Nations Unies sur les disparitions forcées lors d’une réunion le mois prochain. « Nous n’avons appris que fin 2018 que Latifa est en vie, mais elle semble être soumise à une forme de traitement médical dont elle n’avait jamais eu besoin auparavant, et elle n’est toujours pas capable de communiquer ou de se déplacer librement », a déclaré Mme Stirling. Et d’ajouter : « Les EAU n’ont pas coopéré avec l’enquête des Nations Unies sur son enlèvement et cette enquête est en cours. »

Sheikha Latifa avait enregistré une vidéopeu avant son évasion, qui a été partagée en ligne par des amis après sa disparition. Elle y exposait en détail les raisons pour lesquelles elle souhaitait quitter les Émirats, notamment l’interdiction de conduire ou de voyager et la détention sur ordre de son père pendant plus de trois ans. Au cours de cette vidéo de 40 minutes, elle a affirmé avoir été torturée, détenue à l’isolement, menacée de mort et droguée au cours de ses précédentes tentatives d’évasion. Elle a dit craindre d’être arrêtée et torturée à nouveau si sa dernière tentative échouait.

La jeune princesse n’a pas non plus eu l’occasion de parler pour elle-même. Elle est la deuxième des filles du cheikh Maktoum à disparaître. La sœur aînée de Latifa, Shamsa, aurait été arrêtée en 2000 dans les rues de Cambridge après avoir fui le domaine familial de Surrey et n’a été ni vue ni entendue depuis. 

Les autorités de Dubaï n’ont pas répondu aux interpellations dont elles ont été l’objet de la part des médias internationaux et des ONG, tout en niant à plusieurs reprises les actes répréhensibles dont elles sont accusées. Dans une déclaration écrite à Sky News en décembre, les autorités se disent « profondément attristées » par ce genre de spéculations, tout en affirmant dans le même temps que Latifa était « en sécurité à Dubaï » et « impatiente de… construire un avenir heureux et stable ».

Récemment encore, et selon The Guardian du 11 février, Hind al-Bolooki, 43 ans, a plaidé désespérément le mois dernier en faveur de l’asile en Macédoine du Nord, après s’être évadée des Émirats arabes unis alors que sa famille ne lui avait pas accordé le divorce. Elle a mis en ligne une vidéo lorsque sa demande d’asile a été rejetée et qu’elle craignait d’être renvoyée aux Émirats arabes unis.

Claudie Holzach