Monde
08H00 - lundi 18 février 2019
France

« Transmettez » le message : nous devons nous décoloniser du monde de Google et de Facebook ! Le cri de guerre de Thomas Fauré.

 


Thomas Fauré est en guerre contre Facebook et Google et il a quelques bonnes raisons de mener le combat. Le fondateur de Whaller, plateforme collaborative made in France, qui rafle les contrats au nez et à la barbe des GAFA (Pôle Emploi, Institut Polytechnique de Paris) est un entrepreneur philosophe. Il publie « Transmettez ! », un ouvrage philosophique en forme de coup de poing pour nous aider à survivre dans le monde numérique qui est en train de dévorer l’homme.

L’homme est audacieux. Son livre « Transmettez ! » permet de comprendre sa vision de chef d’entreprise, de citoyen et d’homme. Entrepreneur, il l’est. Soucieux de laisser une trace en transmettant de mille façons différentes ses valeurs et sa vision, à ses équipes, à ses enfants, à la société.

En refermant son livre, on se dit que l’auteur porte bien son nom… « Faure » signifie forgeron en occitan. Et sa philosophie de la vie, de l’entreprise comme de l’éducation, est celle d’un forgeron. D’ailleurs, celui qui se rêverait bien en ministre de l’Éducation Nationale imagine une école bâtie comme les Arts et métiers. Et de nous confier : « J’inventerais un nouveau collège moins théorétique. Nous avons perdu le rapport à la matière. On enseigne les matières théoriques. Je créerais des matières différenciantes et une pédagogie du bâtir. L’apprentissage des arts, au sens artisan du mot, serait au centre du projet pédagogique. » Jean-Michel Blanquer, qui défend actuellement son école de la confiance devant le Parlement, applaudira !

Opposé d’un côté au gauchisme intrinsèque d’une technologie de la décentralisation massive et de l’open-source, d’une horizontalité et d’un égalitarisme forcénés (surtout en France) qui nous conduisent droit dans le mur, en guerre de l’autre côté contre le sur-humanisme des GAFA qui tue l’homme (nous y reviendrons), Thomas Fauré veut réintroduire la verticalité, le sens de l’autorité, de l’apprentissage, de l’ennui, de la pause, et, en terme de business le strict respect de la privacy, seule doctrine concrète, seul chemin de vie qui sauveront l’homme dans ce nouveau monde.

Le livre et l’homme nous permettent de comprendre que la puissance des technologies nous échappera définitivement si l’on ne met pas de la philosophie, de l’humanité, de la civilisation dans tous ces process. La technologie crée la pensée unique et les GAFA et les BATX nous imposent leur pensée unique.

Thomas Fauré a raison de nous rappeler que « anthropologiquement, nous sommes des êtres verticaux, qui regardons vers le haut. Or le monde dans lequel nous vivons a tout aplani et Internet en est le produit : liberté à tous les étages, disparition du chef… Je suis contre tout cela. Je suis un conservateur de valeurs comme les conservateurs de musées protègent et valorisent les œuvres d’art. De même, vénérer la génération Y, classer les personnes selon les âges, c’est insupportable ! Les jeunes ont tout à apprendre de leurs aînés, à commencer par apprendre à écouter. Apprendre l’ennui. Arrêter de se laisser sur-solliciter. Les GAFA attaquent la première couche de notre cerveau et nous empêchent de faire fonctionner les profondeurs de notre bien le plus précieux. »

Il y a de la colère chez le fondateur de Whaller mais une colère raisonnée, réfléchie, maîtrisée. Une colère créative et tournée vers les nouveaux ennemis à combattre…

Car à la question « pourquoi êtes-vous en guerre contre Facebook ? », Thomas Fauré (qui, en tant que citoyen, se dit favorable à son démantèlement) n’y va pas par quatre chemins : « je m’oppose à Google et Facebook car ces deux géants ont, sans vergogne, une approche d’exploitation de la data qui vise à relier toujours plus les personnes entre elles. Ils sont transhumanistes car ils veulent accomplir le dessein de la légende d’Icare. Ils se prennent pour des dieux, ils ont perdu l’humilité du respect d’une autorité supérieure à eux. Le livre Homo Deus de Yuval Noah Harari en parle très bien. »

Et d’ajouter : « Mark Zuckerberg est convaincu que par la puissance de ses algorithmes, l’Homme va réussir à dépasser l’Homme ». Leur sur-humanisme est un anti-humanisme total qui oublie les dimensions humaines de l’homme : sa capacité de fatigue, de sommeil, d’ennui, de vieillissement et de décès. Son idée de relier tous les êtres humains entre eux est folle car elle est surhumaine.

Il y va des affaires comme de la vie quotidienne : « Nous avons besoin de limites. Moins on a de relations, plus on a de relations profondes. Restons réceptif à l’impromptu : Xavier Huillard, président de Vinci, a toujours décidé d’appliquer un principe fondamental de subsidiarité et de hiérarchies inversées en libérant au maximum son agenda. Son agenda est toujours ouvert à rencontrer des personnes imprévues. »

En somme, nos amis sur Facebook sont nos ennemis. En tout cas, certainement pas de vrais amis. Malheureusement, combien d’amis Facebook croient qu’ils sont de vrais amis…

Thomas Fauré et Whaller seront-t-ils un des GAFA de demain ? Et peut-on être un Gafa humaniste ?

Réponse à la seconde question : « Steve Jobs avait une idée visionnaire et humaine. Et Apple continue à appliquer son adage : la technologie doit être au service de l’homme. Traduction concrète : la privacy, la protection des données, le respect des clients, est au cœur de tous ses produits, contre l’Etat américain, contre les autres GAFA. Sur les Iphone, ils ont mis désormais la mesure de votre temps passé. C’est loin d’être neutre. »

Pour répondre à la première partie de la question, Thomas Fauré commence par souligner la vanité, l’hyper-court-termisme des start-ups qui font plus de marketing que de la vraie technologie. « Les start-ups mettent dans l’intelligence artificielle l’ensemble de la technologie et en ce sens, c’est un mensonge auquel croient étrangement les investisseurs. »

Et d’ajouter : « Les réseaux de neurones et le deep learning plus précisément, qui, à côté de la médecine, sont le cœur de l’intelligence artificielle, ne peuvent fonctionner qu’à partir de quantités massives ou précises de données. Dans les deux cas, la véritable IA qui sera utile à notre vie quotidienne ne pourra se faire qu’avec des quantités infinies de données. Or tant que nous n’aurons pas de plateformes européennes propres pour les recevoir, seuls les BATX et les GAFA en profiteront. Toutes nos entreprises qui disent aujourd’hui faire de l’intelligence artificielle sont en fait branchées aux API Google et sont des colonies numériques de ces géants.

Pour Thomas Fauré, « il faut faire émerger de l’IA en France par des réponses politiques, de l’intelligence économique mais surtout d’abord en bâtissant des plateformes data autonomes comme Whaller et Qwant qui, elles seules, protègent les données de nos usagers et auront la taille suffisante pour tenir tête aux GAFA et aux BATX dans dix ans et au-delà. »

Bref Thomas Fauré compte bien transmettre ses valeurs d’indépendance et bâtir un GAFA au service de l’homme. Un projet de vie en somme.

 

Michel Taube

Raymond Taube, rédacteur en chef d’Opinion Internationale et directeur de l’IDP (Institut de Droit Pratique)

Directeur de la publication
Directeur de l'Institut de Droit Pratique