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08H00 - lundi 18 février 2019
France

Douze mesures pour relancer les études scientifiques et techniques en France

 

Au moment où Jean-Michel Blanquer défend sa loi pour une école de la confiance, Opinion Internationale publie l’intégralité du rapport rédigé par François Jeger et Olivier Peraldi de l’Institut Chiffres & Citoyenneté pour relancer les études scientifiques et techniques en France.

Leur étude « Appétence et désaffection pour les études scientifiques et techniques en France : où en sommes-nous ? » en dit long sur le défi à relever : la perte d’attractivité pour les filières scientifiques et technologiques participe du déclin français.

Les relancer, c’est relancer la France, c’est préparer la sortie du chômage massif qui étouffe notre pays.

Si l’on veut relancer l’économie française, nous avons besoin de plus de compétences techniques et scientifiques car les techniques, liées au progrès des sciences, sont désormais partout.

Comme l’écrivent les auteurs, « la force économique d’un pays est plus que jamais liée à sa capacité d’alimenter la recherche et l’innovation. »

Or ils ajoutent : « La France doit s’inquiéter. En quarante ans, l’image de l’industrie s’est lentement mais continuellement dégradée dans l’esprit des Français. Les métiers techniques ont perdu leur prestige. Ils ont cédé le pas dans l’imaginaire collectif à des carrières paraissant plus « modernes », moins menacées, en un mot, plus rassurantes, voire valorisantes. Reconversions minières, fermetures d’usines et de sites d’exploitation, crises de l’énergie, catastrophes industrielles et environnementale, mais aussi délocalisation ont entamé la confiance des Français. Plus récemment, la concurrence en image de secteurs économiques nouveaux a fini de détourner un grand nombre de talents de l’aventure scientifique et technique. Après avoir fait les grandes heures de l’industrie toute puissante, l’innovation a été captée par l’économie immatérielle. Le numérique a chassé la mécanique. Aux bassins houillers a succédé l’image aseptisée d’une Silicon Valley triomphante. »

Résultat : la faiblesse persistante des vœux d’études scientifiques et techniques et la crise des vocations de professorat sur ces mêmes matières plombent littéralement notre avenir.

 

Solutions

La France a besoin de se réindustrialiser et pour cela elle a besoin de former ces jeunes femmes et hommes qui en seront demain les acteurs et les bénéficiaires.

Dès lors, comment « recruter » ces talents techniques et scientifiques pour faire « redémarrer la machine » de l’innovation ? Pour les auteurs, c’est « moins la qualité des formations que la quantité de bacheliers s’engageant dans des études scientifiques qui est en cause. »

Mais pour que les jeunes élèves et étudiants s’engagent dans de telles études, « il faut réenchanter les sciences et les techniques ». C’est le message clé du rapport qui a le mérite de donner des solutions concrètes.

L’Institut Chiffres & Citoyenneté propose donc douze axes forts et concrets pour surmonter la pénurie de vocations, de main d’œuvre qualifiée, d’enseignants en nombre suffisant.

« Des rémunérations plus valorisantes et des formations initiales des enseignants adaptées aux enjeux techniques et scientifiques, […faire]passer l’enseignement technique et scientifique français de l’abstrait au tangible », « sensibiliser l’environnement familial et social des jeunes »,sont quelques pistes que résument les douze propositions de ce rapport indispensable.

Douze travaux d’Hercule pour la France ? En tout cas, voici douze propositions utiles pour le Grand Débat national !

 

Raymond Taube, fondateur et directeur de l’IDP (Institut de Droit Pratique) et rédacteur en chef d’Opinion Internationale

 

Douze propositions pour

relancer l’enseignement tehnique et scientifique en France

 

1 – Définir un corpus scientifique et technique minimal sous forme de QCM à enseigner au collège et au lycée. Sanctionné par un QCM.  Le coefficient de cette épreuve serait celui de l’épreuve sportive indiquant que la culture technique est indispensable à « l’honnête homme » du XXIsiècle.

2 – Permettreaux bacheliers d’une autre filière que S une année de rattrapage en maths et sciences pour reprendre des études supérieures scientifiques

3 – Créer une année post-Bac dite propédeutique (ou pré-universitaire) proposant un enseignement généraliste approfondi permettant de fortifier les bases de connaissances nécessaires face aux enjeux sociétaux, éthiques, mais aussi d’appréhender les enjeux des différentes filières d’enseignement supérieur

4 – Etablir une information accessible au grand public sur les taux de réussite et d’insertion des élèves en emploi obtenus par les universités pour chacun des cursus enseignés, à l’instar de ce qui existe pour les établissements du second degré.

5 – Promouvoir les métiers de techniciens par une information aux élèves de 1èreet leurs familles : bio-informaticiens, architectes de système, roboticiens, chimiste, électroniciens, mais aussi mécaniciens, chaudronniers, soudeurs, etc.

6 – Porter à la connaissance des professeurs les démarches « d’investigation », et d’expérimentations dont celles de scholarship of teaching and learning (SoTL), de Teaching at the right level (TaRL), etc.

7 – Inclure pour les enseignants-apprenants des sessions de présence, puis de participation, en classe au côté d’un maître, représentant 30 % du temps de formation initiale, afin d’appréhender les multiples dimensions d’altérité interpersonnelle avec le groupe et l’élève.

8 – Inclure dans la formation des maîtres des sessions d’app-rentissage en milieu scolaire et universitaire à l’étranger, par des accords d’échange avec des pays aux caractéristiques socio-économiques similaires.

9 – Accélérer la procédure de labellisation d’une formation pour viser une ouverture à douze mois après le dépôt de dossier. Il faut compter actuellement deux ans en moyenne ; un an pour obtenir la labellisation de la Commission des titres d’ingénieurs (CTI), et un an pour la mise en œuvre proprement dite.

10 – Intégrer des représentants des acteurs privés des métiers scientifiques, techniques et industriels dans les instancesd’élaboration et de mise en œuvre des mesures de valorisation les concernant auprès des différents publics, dont les jeunes

11 – Créer un réseau de maison des mathématiques dans trois grandes métropoles françaises, sur le modèle du MoMath à New York ou du musée Das Mathematikum à Giessen, en Allemagne.

12 – Prendre en compte les valeurs, attentes et centres d’intérêt des générations en âge d’apprentissage dans les matières et enjeux pédagogiques.

 

Téléchargez ici le rapport complet « Appétence et désaffection pour les études scientifiques et techniques en France : où en sommes-nous ? » de François Jeger et Olivier Peraldi de l’Institut Chiffres & Citoyenneté.

Directeur de l'Institut de Droit Pratique

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