Edito / Editorial
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08H27 - mercredi 13 février 2019

Un arbre de la fraternité pour Ilan Halimi, la menace populiste en Espagne… L’édito du jour de Michel Taube

 

France : un arbre de la fraternité pour Ilan Halimi

Ils avaient planté des arbres sur le lieu même de son supplice. De lâches antisémites les ont profanés et arrachés, en pleine période de réveil nauséabond des tentations fascistes qui ont déjà fait sombrer la France dans les années 30 et voudraient remettre cela.

Ce matin mercredi 13 février à 10h, à Sainte-Geneviève les Bois, la municipalité et son maire Frédéric Petitta, appellent tous les républicains, tous ceux qui sont attachés à la fraternité dans notre pays, à rejoindre massivement une cérémonie d’hommage. « Montrons notre force, celle de la République », écrit la mairie sur son site Internet.

Pour rappel, Ilan Halimi avait été laissé pour mort en 2006, le long de cette voie de chemin de fer, après 24 jours de terribles tortures. Enlevé, frappé, brûlé, torturé, Ilan est mort simplement parce qu’il était juif. Il est mort parce qu’un « gang des barbares » dirigé par dirigé par Youssouf Fofana pensait que les juifs sont riches et qu’il pourrait donc obtenir de l’argent après l’avoir kidnappé.

Depuis 13 ans, une cérémonie se tient chaque année sur ce site et deux arbres avaient été plantés en 2007, puis 10 ans après sa mort en 2016, en hommage à la mémoire d’Ilan, prénom qui signifie «arbre» en hébreu. Ilan Halimi est donc le symbole de la vie qui disparaît sous les coups du racisme, de l’antisémitisme et de la barbarie. 

Triste concordance des temps, la première cérémonie de remise du prix Ilan Halimi s’est déroulée hier le 12 février, la veille de l’anniversaire de la mort du jeune homme, à l’Hôtel Matignon.

Depuis sa création, Opinion Internationale a planté une douzaine d’arbres de la fraternité : en Afghanistan dans les lycées français, dans des lieux de culte pour promouvoir le dialogue inter-religieux, pendant la COP22 à Marrakech, en Normandie avec Hervé Morin.

Aujourd’hui, dans nos cœurs, Opinion Internationale plante un arbre de la fraternité en mémoire d’Ilan Halimi et pour dire NON à l’antisémitisme qui resurgit avec une explosion inquiétante des actes et des propos contre les juifs.

 

Monde : l’Espagne, prochaine victime du jeu de dominos des nationalismes

Le premier ministre Pedro Sánchezva-t-il tomber et les Espagnols retourner aux urnes en avril ?

Ce mercredi 13 février sera une journée décisive pour l’avenir de l’Espagne et de l’Europe. Point de gilets jaunes chez nos voisins ibériques pour faire trembler un grand pays. Mais un autre symptôme de cette période de tensions et de fragilités : la pression prend ici les couleurs rouge et jaune du nationalisme catalan qui réclame depuis des années son indépendance de Madrid.

De nombreux leaders indépendantistes sont en prison ou en exil (Carles Puigdemont est en Belgique). Hier s’est ouvert à Madrid le procès des premiers, accusés de rébellion, sédition, malversation et désobéissance, encourant jusqu’à 25 ans de prison. 

A Paris, à l’occasion de la visite d’Alfred Bosch, ministre catalan de l’Action extérieure, des Relations institutionnelles et de la Transparence, la délégation de la Catalogne à Paris a rouvert ses portes après plusieurs mois de fermeture pour raisons politiques (après la suspension de l’autonomie et l’application de l’art. 155 de la Constitution espagnole).

Mais c’est à Madrid que se joue l’essentiel : à la tête d’un gouvernement socialiste minoritaire, Pedro Sánchezdoit faire voter le budget par le Parlement espagnol. Et il a besoin des voix des indépendantistes catalans qui siègent à Madrid. Ces derniers réclament des gestes forts dont le premier ministre est tenté mais point en position de céder. Dimanche, des dizaines de milliers d’Espagnols, de droite et d’extrême-droite, dont un certain Manuel Valls, candidat à la mairie de Barcelone, ont manifesté à Madrid pour dénoncer ces connivences.

Si le budget est rejeté, des élections législatives anticipées seront convoquées d’ici la mi-avril. Avec un possible retour de la droite au pouvoir…

A moins que, fait inédit en Espagne, l’extrême-droite ne perce et conquière de nombreux sièges. En décembre dernier, Vox, un parti d’extrême droite, a fait son entrée sur la scène politique, raflant 12 sièges au Parlement régional d’Andalousie, et ce dans une région historiquement de gauche.

L’Espagne rejoindra-t-elle bientôt la liste des pays gagnés par le populisme ou part une alliance de la droite avec l’extrême-droite ? C’est tout l’enjeu des heures et des semaines à venir.

 

Michel Taube

Directeur de la publication