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16H54 - jeudi 7 février 2019

Devoir de mémoire sur les massacres oubliés et les pogroms commis en RDC. Tribune collective

 

Une cinquantaine de personnalités congolaises et africaines appellent à la création d’un tribunal ad hoc pour juger les pogroms commis en RDC ces derniers années. Tribune.

Depuis deux décennies, un massacre silencieux sans précédent est en cours en République Démocratique du Congo. Ce sont plus de 6 millions de Congolais, hommes, femmes et enfants qui sont morts sans sépulture suite aux atrocités, aux assassinats, aux viols systématiques, aux actes de torture dans l’indifférence totale. Ils n’ont pas eu la chance d’échapper à la tourmente de cette énième terreur du XXIe siècle.

Nous, filles et fils du Congo issus de la société civile et amis du Congo, humanistes et défenseurs des droits humains, exigeons et réclamons que la vérité soit rendue possible car le sang versé de ces 6 millions de victimes congolaises nous demande de connaître ce qui s’est réellement passé afin de pouvoir transmettre aux générations futures leur tragédie.

Aussi, nous exigeons la reconnaissance de la dette imprescriptible du progrom congolais et la réparation afin d’en finir avec cette tragédie ainsi que l’impunité qui perdure en RDC. Il est donc temps, par devoir de mémoire et de conscience humaine, de comprendre les circonstances de temps et de lieu et d’établir les responsabilités et les raisons de leur disparition. C’est l’unique moyen de faire notre deuil et d’entretenir la mémoire collective. Ils ne sont pas morts pour rien ! Nous n’avons pas le droit de les oublier.

Trop de sang de nos enfants a coulé sur la terre de nos ancêtres, trop de larmes ont ruisselé sur nos visages et trop de cris de douleur se sont élevés vers le ciel.

Faut-il le rappeler, les différentes agences des Nations Unies et les ONG nationales et internationales actives sur le terrain témoignent de graves violations des droits de lhomme. Ces crimes ont été qualifiés selon les missions successives des agences des Nations Unies de : « crimes de guerre, crimes contre lhumanité, crimes de génocide, violences sexuelles».

Par ailleurs, le 23 avril 2010, 51 Rabbins anglais interpellaient dans le quotidien The Guardian l’opinion publique mondiale sur les horreurs et les millions de morts en RDC. Comme tout humaniste peut le constater, le « plus jamais ça » lancé en 1943 et rappelé par ces 51 rabbins anglais dans leur tribune devrait avoir le même écho pour les victimes congolaises.

C’est inadmissible que le silence de la communauté internationale ait persisté, comme à la suite duRapport Mapping du Haut-commissariat aux Droits de l’Homme rendu public officiellement le 1er octobre 2010 et qui recense 617 crimes de guerre et de crimes contre lhumanité dont les auteurs ont été cités 800 fois. Plus de quarante fois, les auteurs de ce rapport ont expliqué que ces crimes pourraient être qualifiés de crimes de génocide devant un tribunal ad hoc!

Pourtant, malgré ces rapports, ces crimes restent largement impunis et leurs auteurs continuent de nuire. Aucune nation ni institution régionale comme internationale n’a osé reconnaître ces massacres odieux. Régulièrement des fosses communes sont retrouvées, des charniers putrides et des cadavres en décomposition viennent rappeler avec acuité l’horreur de la situation en RDC. Même la voix du Parlement Européen n’a jamais été aussi silencieuse et l’épopée des martyrs congolais n’a jamais été chantée par aucun Homère d’Afrique, de la France, paladin des droits de l’homme.

Face à ce drame, le bon sens que nous partageons et notre humaine condition nous appellent à nous indigner. Loin du ressentiment, de la culture de la haine, nous voulons nous identifier à notre peuple martyrisé. Devant l’histoire, nous voulons être du côté de la vérité et non du côté de l’ignorance ni du côté de la réécriture de celle-ci, de la honte bref, nous voulons nettoyer cette tâche noire sur le front du peuple congolais.

Après vingt ans de massacres passés sous silence, nous, filles et fils du Congo issus de la société civile, animés par l’espérance de voir revenir des jours meilleurs, avons besoin de vérité pour nous réconcilier avec nous-mêmes.

En conséquence, nous exhortons tous les Etats membres des nations unies, de l’Union européenne et de l’Union africaine à reconnaître le « progrom » congolais et à soutenir la mise en place d’un tribunal ad hoc pour la RDC et d’une commission « vérité et réconciliation » pour qu’enfin la vérité et la réconciliation soient la base d’une paix durable au Congo.

 

 Signataires :

Alphonse MAINDO NGONGA, Anne-Sophie COPPIN, Antoine NGUTE NOVATO, Bandi MBUBI, Berry MUEKATONE, Bibiche Liliane SALUMU LAUMU, Bily BOLAKONGA ILIYE, Bobo IKELE, Boula KORONKO, Carole CHIBEMBE, Christophe Kokou SENAME AMEGATSEVI, Christophe MASAMBA, Claude MWANGELU, Colette ILUNGA, David MUSHAGALUSA, Eliane MUKEBA, Elly KAYEMBE, Frédéric MAINDO MWANYA, Fweley DIANGITUKWA, Giacomo LUBONGI, Guy GALLET, Hamuli RETY, Hervé KITEBA-SIMO, Jacques MUSAFIRI NANDEGEZA, Jean-Claude MASWANA, Jean-Henry KINDA, Jean-Jacques MULEMESA, Jean-Jacques TUMBA BANZA, Justin MIHIGO, Kally TSHIMBILA, Kcreascence PAULUSI, Keledji LYEMEFUKA, MASSAMBA KISOKA, Patient BISELENGE, Philippe KAGANDA MULUME-ODERHWA, Pierre-André KIAWA, Prosper NDUME PELE, Romain BIRIBINDI, Rosalie MUSUASUA, Sandrine DONDO, Simon RUKENGEZA, Tina GUTUILA, William KAPUKU-BWABWA.