Afriques demain
10H43 - mercredi 9 janvier 2019

La République Démocratique du Congo (RDC) attend son président… Martin Fayulu

 

C’est un événement historique que le plus grand pays francophone du monde va connaître demain ou d’un jour à l’autre : l’élection démocratique d’un opposant au pouvoir sortant.

Les élections présidentielles, provinciales et législatives en République Démocratique du Congo (RDC) se sont enfin tenues le 30 décembre, après un premier report le 23, la comédie de la machine à voter qui a fait perdre un temps fou et coûté des millions et leur annulation dans deux provinces. Initialement prévus pour le 6 janvier dernier, les résultats, surtout de la présidentielle, tardent à être proclamés.

La Commission électorale nationale indépendante (CENI) se retranche derrière les opérations de compilation et de comptage manuel, mais affirme pouvoir annoncer des résultats provisoires le 10 janvier.

 

Martin Fayulu vote le 30 décembre dernier.

La réalité est que Joseph Kabila, le président sortant, au pouvoir depuis 2001, ne souhaite pas quitter le pouvoir. Rappelons qu’en 2001, il avait succédé à son père Laurent-Désiré Kabila qui fut assassiné par son garde du corps. Il mata fermement les contestations post-électorales de 2006 et 2011 et refusa longtemps d’organiser un scrutin présidentiel attendu depuis 2016.

C’est donc un schéma d’inspiration moscovite (Poutine/Medvedev) que Kabila a imaginé en plaçant son dauphin désigné par lui seul, Emmanuel Ramazani Shadary (FCC), pour lui succéder, temporairement et sous contrôle, à la tête de la RDC.

Face à lui, ce sont deux figures de l’opposition qui se présentent, à savoir Martin Fayulu (coalition Lamuka), désigné candidat unique de l’opposition en novembre 2018, avant que Felix Tshisekedi (UDPS), fils d’Etienne Tshisekedi décédé en 2017, ne change d’avis « sous la pression de sa base » et décide d’annoncer sa candidature. 

Rappelons que de nombreux leaders politiques avaient été écartés de la course à la présidentielle par la Commission électorale, souvent pour des raisons contestables, Jean-Pierre Bemba, Moïse Katumbi, ainsi que les ex-Premiers ministres Samy Badibanga, Adolphe Muzito et Antoine Gizenga, mais aussi Jean-Paul Moka-Ngolo et Marie Josée Ifoku.

L’Eglise catholique qui s’implique depuis 2016 dans l’organisation du scrutin, et qui joue un rôle politique majeur, a constaté de irrégularités durant le scrutin mais elle considère qu’elles « n’ont pas pu entamer considérablement le choix exprimé par le peuple congolais ».

La Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) qui a envoyé 40.000 observateurs accrédités dans la majorité des bureaux de vote a demandé au président de la CENI que les résultats expriment la vérité des urnes.

La CENCO a accentué la pression en déclarant, le 3 janvier, par la voix de son secrétaire général, l’abbé Donatien Nshole, que les résultats en leur possession « consacrent le choix clair d’un candidat comme président ». Ces propos n’ont pas plu à Corneille Nangaa, le président d’une CENI toute acquise au régime de Kabila, qui accuse l’institution cléricale « d’intoxiquer la population en préparant un soulèvement dont la CENCO sera seule responsable ».

La tension est palpable dans la capitale Kinshasa où le nom du vainqueur se murmure sur toutes les lèvres. Il est vrai que, malgré une campagne électorale entravée par les forces de police, Martin Fayulu a fait figure de candidat du peuple et il a rassemblé les foules.

La conférence épiscopale a averti qu’elle n’hésiterait pas à annoncer le nom du vainqueur si la CENI osait déclarer quelqu’un d’autre que le réel gagnant du scrutin. Les chiffres compilés par la CENCO sont connus de tous et, de Kinshasa à Lubumbashi, c’est le nom du leader de Lamuka, Martin Fayulu, qui se répand.

Le gouvernement a t-il fait couper en ce début d’année le signal FM de Radio France Internationale (RFI) et le service de téléphonie cellulaire à travers le pays pour éviter que ne se propage la nouvelle de la victoire de Martin Fayulu ?

Ce dernier a fait campagne en promettant de restaurer la dignité, d’investir dans l’éducation et de faire respecter la primauté du droit, dans un pays rongé par des conflits armés ayant fait plus de six millions de victimes dans la partie Est de la RDC. La perspective électorale et la soif de changement politique ont conduit le peuple congolais àparticiper massivement et pacifiquement au scrutin et la rue congolaise se dit prête a revendiquer sa victoire.

Si le pouvoir lui vole l’élection en annonçant un autre vainqueur que celui que tout le monde connaît, le peuple s’appuira-t-il sur l’article 64 de la Constitution du 18 février 2006 qui stipule : « Tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation des dispositions de la présente Constitution. »

Verdict d’un jour à l’autre…

 

Jean-Claude Miangouayila

Chroniqueur Congo