Afriques demain
12H49 - mercredi 28 décembre 2022

Guinée, un légionnaire en terres étrangères ! La chronique d’Eric Bazin

 

Nous évoquions hier le Mali et les difficultés de la Cedeao à gérer la crise politique. Même scénario en Guinée, avec le putsch du Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD), présidé par le colonel Mamadi Doumbouya, au pouvoir à Conakry depuis le 5 septembre 2021, suite au renversement du président élu, le Professeur Alpha Condé. Condamnation « avec la plus grande fermeté » du coup d’Etat par la Cedeao le jour même. Celle-ci exige « le retour à l’ordre constitutionnel sous peine de sanctions » et réaffirme « sa désapprobation de tout changement politique anticonstitutionnel », demandant « aux forces de défense et de sécurité de demeurer dans une posture républicaine ».

Le 16 septembre 2021, au Sommet extraordinaire d’Accra, les chefs d’Etat et de gouvernement présents décident notamment du « maintien de la suspension de la Guinée de toutes les instances de la Cedeao jusqu’à la restauration de l’ordre constitutionnel », de la « tenue, dans un délai de six mois, des élections présidentielles et législatives pour la restauration de l’ordre constitutionnel en république de Guinée », de la « mise en œuvre des sanctions ciblées conformément aux protocoles de la Cedeao, impliquant l’interdiction de voyage des membres du CNRD ainsi que des membres de leur famille et le gel de leurs avoirs financiers », et de « l’interdiction aux membres du CNRD d’être candidats à l’élection présidentielle ».

Par la suite, une mission de la Cedeao se rend à Conakry, le 29 octobre 2021, sous la direction du président de sa Commission, Jean-Claude Kassi Brou, également gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO).

Celle-ci se félicite « des importantes décisions qui ont été prises par les autorités de la transition, notamment l’adoption de la Charte de la transition, la nomination d’un Premier ministre civil, et la formation en cours d’un gouvernement élargi ». Et qu’un « Conseil national de la transition, organe législatif, sera mis en place dans les meilleurs délais ».

Le communiqué final indique également que « la mission a encouragé les autorités de la transition à entamer le processus nécessaire en vue d’assurer le retour à un ordre constitutionnel normal, conformément aux dispositions du Protocole additionnel de la Cedeao sur la démocratie et la bonne gouvernance ».

Le sommet extraordinaire de la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de la Cedeao qui suit, le 7 novembre 2021, « encourage les autorités de la transition à soumettre rapidement un chronogramme détaillé d’activités à entreprendre dans le cadre de la transition, en vue d’assurer la tenue d’élections » en Guinée.

Néanmoins, au sommet extraordinaire du 3 février 2022, celle-ci pousse « les autorités de la transition à soumettre rapidement un chronogramme détaillé d’activités à entreprendre dans le cadre de la transition, en vue d’assurer la tenue d’élections ». Puis, elle « constate avec préoccupation que, cinq mois après le coup d’Etat, un calendrier de transition n’a toujours pas été mis en place ».

Le 27 février 2022, nouvelle mission de la Cedeao à Conakry, conduite cette fois-ci par la ministre ghanéenne des Affaires étrangères, Shirley Ayorkor Botchwey. Si elle peut saluer la libération d’Alpha Condé, elle « reste très préoccupée par l’absence d’un chronogramme acceptable pour le retour à l’ordre constitutionnel, six mois après le coup d’Etat militaire ».

Rien de neuf au sommet extraordinaire du 25 mars : « La Conférence exprime sa forte préoccupation par rapport à l’absence de visibilité sur la transition. En effet, la Conférence note que le délai de six mois fixés par la Cedeao pour la tenue des élections n’a pas été respecté. En outre, le chronogramme de la transition n’est toujours pas disponible, les priorités ne sont pas définies et peu de progrès ont été réalisés dans le processus. De même, la situation sociopolitique se dégrade du fait de l’insuffisance de dialogue entre le gouvernement et les acteurs politiques et la société civile », indique le communiqué final. Résultat, la Cedeao décide urgemment de… nommer un « facilitateur pour la Guinée ».

De quoi faire trembler le colonel Mamadi Doumbouya à Conakry.

Puis changement de ton. Le 27 avril 2022, la Commission de la Cedeao indique que « la Guinée a présenté les évolutions récentes concernant le processus de transition et souhaité également avoir davantage de temps par rapport à l’échéance du 25 avril 2022 pour permettre la poursuite des consultations ». Le 4 juin 2022, le médiateur Thomas Boni Yayi salue « la mise en place par les autorités de la transition du cadre de concertation inclusif, et invite les parties prenantes à trouver des compromis pour rendre le dialogue inclusif et consensuel ». L’ancien président béninois exhorte « les partis politiques n’ayant pas encore pris part au cadre de concertation initié par les autorités, lequel cadre pourrait être actualisé de manière consensuelle, de le faire afin d’assurer une transition apaisée ».

Et finalement, « dans un compromis dynamique », les experts de la Cedeao acceptent le chronogramme des autorités putschistes, qui prévoit un délai de vingt-quatre mois de transition à compter du 1er janvier 2023.  Selon les vœux de Doumbouya, qui en réalité, souhaite un délai total de trois ans et quatre mois, si les militaires tiennent leurs promesses. Une médiation arithmétiquement peu efficace !

 

Eric Bazin

Chroniqueur Afriques demain d’Opinion Internationale

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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