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13H20 - samedi 15 décembre 2018

Imaginer la politique de demain avec le Forum de Doha. L’édito de Michel Taube

 

Il y a quelques jours, le Qatar annonçait sa sortie de l’OPEP, l’organisation des pays exportateurs de pétrole, à compter de janvier prochain. Une décision qui annonce une nouvelle ère dans les politiques énergétiques… Un acte, surtout, qui illustre la diplomatie pour le moins audacieuse de l’Emirat, un geste de plus qui, après bien d’autres (rapprochement avec l’OTAN notamment), dessine une vision d’un Qatar qui compte bien tenir son rang dans le monde de demain…

Le pays le plus indépendant d’esprit dans une des régions les plus sensibles de la planète accueille des décideurs du monde entier ce week-end pour le Forum de Doha. « Shaping policy in an interconnected world », tel est le thème des débats. La 18ème édition mais le premier Forum depuis un certain blocus…

Qu’il semble loin le blocus du Qatar, décrété le 5 juin 2017 par l’Arabie saoudite et les Emirats Arabes Unis, avec Bahreïn et l’Egypte. Pourtant, le Qatar est toujours sous embargo. Comme par instinct de survie, l’Emirat s’est rapidement adapté, a redéployé sa politique énergétique, a réorganisé sa sécurité alimentaire, sans cesser de croître économiquement. Préparation active de la Coupe du monde de football FIFA en 2022, développement du tourisme, investissements dans le soft power (sport, médias, arts…), le Qatar est sur tous les fronts.

Les Etats-Unis ont bien tenté de réunir les frères ennemis lors du dernier Sommet du Conseil de Coopération du Golfe le 9 décembre mais il devait être trop tôt : l’Emir du Qatar ne s’y est pas rendu… La bataille de l’image s’est aussi traduite par une exposition internationale du Qatar sans précédent, qui explique aussi la très forte affluence au Forum de Doha en cette fin d’année.

Doha réunit donc des décideurs du monde entier. Le président de l’Equateur, Lenín Moreno, fait l’ouverture du Forum avec l’Emir de l’Etat du Qatar, SE Sheikh Tamim Bin Hamad Al Thani.

Les médias français y sont présents en force et de nombreux parlementaires français participent au Forum, Edile consulting ayant assuré cette présence française… En revanche, la France est bien absente de la tribune… Aucun intervenant français (à part Alain Gresh) n’est prévu au programme. Dommage alors que la France a sa petite idée, comme le Qatar, des voies et moyens de régler les conflits. Les deux pays aiment et savent discuter avec tout le monde. Les deux pays aiment jouer les médiateurs, promouvoir une certaine idée d’eux-mêmes et du monde. Avec un Emir francophile et francophone, avec deux gentlemen de la même génération à leur tête, le Forum de Doha pourrait quelque peu résonner de l’esprit de Victor Hugo… Heureusement que l’hebdo Le Point fait partie des partenaires presse de l’événement… La french touch est sauve…

Pour l’heure, nous insistons sur ce point dans nos éditos depuis longtemps : la libéralisation de l’Islam, dans le monde arabe et dans les pays comme la France qui comptent de fortes communautés musulmanes, le rapprochement d’Israël et des pays arabes sur fond de revendications palestiniennes, la neutralisation des deux géants saoudien et iranien, la stabilisation des zones de conflit, la prise en compte de la question sociale par les bénéficiaires de la mondialisation, le décollage de l’Afrique, à tous ces défis majeurs, le Qatar, parce qu’il est un Etat indépendant, doté des moyens de sa politique, visionnaire et peu enclin à l’usage de la force ou aux sautes d’humeur parfois violentes, peut contribuer à leur résolution pacifique. Il faut l’en convaincre, il faut l’y inciter, il faut le soutenir.

A l’heure où le multilatéralisme est mis à mal par l’esprit d’aventure de certains, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, aura son mot à dire en clôture du Forum de Doha….

 

Michel Taube

 

Directeur de la publication