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17H46 - mercredi 20 juin 2018

L’Union Européenne peut-elle survivre sans politique migratoire commune ? L’édito de Michel Taube

mercredi 20 juin 2018 - 17H46

 

Partout en Europe, notamment en Allemagne, l’agenda politique semble être dominé par le problème de l’accueil des migrants. Les 27+1 doivent trouver une feuille de route commune, sous peine de voir l’Union imploser.

Sur le front de la politique allemande, la chancelière, subissant de fortes pressions internes menaçant sa fragile coalition, essaie de s’entendre avec son partenaire français, sur la crise migratoire avant le Sommet européen de la fin du mois.


Emmanuel Macron rencontrait hier Angela Merkel au château de Meseberg, près de Berlin. Prévue de longue date, cette réunion visait à préparer le sommet européen qui se tiendra les 28 et 29 Juin prochains. Un conseil des ministres franco-allemand s’est également tenu sur place (photo).

Notre président, fervent militant européen, entendait discuter d’un budget pour l’eurozone ou encore d’une politique de défense commune. Ces sujets ont été finalement relégués en partie au second plan, à l’heure où la crise migratoire fait rage. Pendant que des centaines de milliers de migrants, dont beaucoup fuient la guerre et la pauvreté, frappent aux portes de l’Europe, les Etats membres de l’UE peinent à trouver une solution commune et des voix dissidentes émergent au sein de la coalition gouvernementale allemande.

 

Merkel menacée

La chancelière allemande fait face depuis quelques semaines à des attaques émanant de son propre camp. Après six mois de longues et âpres négociations, la CDU, la CSU bavaroise et le SPD forment en mars dernier une grande coalition. Un contrat fixe alors à 200 000 par an le palier d’immigration légale.

Or, le 18 juin Horst Seehofer, ministre de l’intérieur et président de la CSU Bavaroise, allié historique du parti de Madame Merkel, a présenté une sorte d’ultimatum à la Chancelière. Si cette dernière ne trouve pas une solution à la crise migratoire à l’issue du prochain sommet Européen, il se dit prêt à reconduire aux frontières, dès début juillet, tous les demandeurs d’asile ayant fait une démarche auprès d’un autre pays de l’UE.

Risquant de bafouer le principe de solidarité gouvernementale, Horst Seehofer met en lumière la fragilité de la coalition. Surtout, il prouve que son parti n’a jamais digéré la décision prise par Madame Merkel en 2015 d’accueillir un million de réfugiés sur le sol allemand, dont 700 000 syriens. Décision qui aura finalement renforcé les discours xénophobes et inscrit la question migratoire au cœur de tous les débats politiques.

 

Le salut du couple franco-allemand ?

Pour la chancelière, trouver un accord à l’échelle de l’Union est donc capital. Le règlement Dublin III, qui veut qu’un demandeur d’asile soit ramené au pays dans lequel il a fait sa première demande, est en effet une impasse à laquelle il convient de trouver une solution. Mais cela est-il seulement possible ?

Aujourd’hui, tout laisse à penser que même en cas d’accord entre Merkel et Macron, le Sommet qui aura lieu à la fin du mois se soldera par un échec retentissant. Peu de pays de l’Union partagent les mêmes intérêts et les pressions électorales sont fortes sur l’ensemble des leaders européens à un an des européennes. La France ne peut guère se permettre de jouer la donneuse de leçon. Pour l’heure, les seules solutions envisagées sont bipartites ou tripartites. En témoignent les discussions entre l’Autriche et une partie du pouvoir allemand pour renvoyer les migrants vers l’Italie ou la Grèce.

 

Deux écueils semblent difficilement surmontables à court terme…

Sur le plan des droits de l’homme et de l’ordre public d’abord, imaginons un instant que la police allemande, sur ordre de son ministre Horst Seehofer, expulse d’Allemagne des milliers de migrants en situation irrégulière. Mais vers où donc les expulseront-ils ? Qui acceptera de les accueillir ?

Sur le plan politique ensuite, force est de constater que cette crise a un véritable effet boule de neige. Qui, à Rome et à Athènes, acceptera une décision de renvoi des migrants illégaux dans les pays où ils ont posé le pied en premier ? Et surtout, prétendre renvoyer en Italie et en Grèce les migrants illégaux, c’est faire, à certains égards, comme si on prenait ces deux pays comme des pays hors de l’Union.

La crise migratoire cristallise donc toutes les tensions qui règnent au sein d’une Union européenne désormais à plusieurs vitesses. Et c’est aujourd’hui le populisme, d’autres diront la voix des peuples, grignotant de sérieuses positions, bataille électorale après bataille électorale, qui gèle toute possibilité de prise de position commune.

D’humanitaire, elle est devenue sociale, sécuritaire, économique et pour finir politique et menace de faire imploser l’Union Européenne. Alors peut-on vraiment sortir de cette impasse ? Le sommet des 28 et 29 Juin, qui s’annonce comme un possible naufrage, ne présage malheureusement rien de bon.

 

Michel TAUBE

Avec Gaspard VELTEN