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06H20 - jeudi 8 mars 2018

Du rififi dans la justice anti-corruption en Roumanie : un grand dossier d’Opinion Internationale

jeudi 8 mars 2018 - 06H20

La Roumanie a une histoire à la fois riche et parfois tourmentée. C’est un joyau des Balkans. La beauté de ses paysages, des rives du Danube à celles de la mer Noire, des reliefs des Carpates aux forêts de Transylvanie, les progrès économiques d’une Roumanie pleine de ressources et d’espoir, font que la Roumanie est un pays qui n’a pas fini de nous surprendre et parfois de nous surpasser. Nous en voulons pour preuve son formidable dynamisme en matière informatique où, non contente d’être devenue le sous-traitant de l’Europe, elle se tourne vers l’innovation au point de prétendre au titre désormais convoité de Start-up Nation.

Mais voilà : membre du Conseil de l’Europe depuis 1993 et de l’Union européenne depuis 2007, la Roumanie n’a su se débarrasser totalement de ses vieux démons de l’ère communiste et du dictateur Ceausescu. Sur fond de lutte d’influence et de joute politico-médiatiques sans merci, la corruption secoue la démocratie et une partie de la société.

A force de manifestations citoyennes dont il faut saluer le courage, notamment des jeunes, face à l’impatience du peuple et des institutions européennes, les autorités ont entrepris, il y a quelques années déjà, une immense opération mains propres.

Le problème est que celle-ci a elle-même généré des dérives, certains acteurs majeurs de cette opération semblant avoir succombé à la tentation d’utiliser les méthodes qu’ils étaient censés combattre. Mais au-delà de la désignation des corrupteurs et corrompus se pose une autre question, plus essentielle encore en ce qu’elle touche aux fondements mêmes de l’État de droit et à la place de la Roumanie au sein de l’Union européenne : la Justice roumaine est-elle vraiment indépendante du pouvoir exécutif ?

La Cour européenne des Droits de l’Homme de Strasbourg a dénoncé sans ambiguïté l’organisation judiciaire pénale en vigueur en Roumanie. Abus du recours à la détention provisoire et au mandat d’arrêt européen, défaut de voies de recours efficaces, prisons surpeuplées évoquant les pires cachots du Moyen-Age, la liste des griefs s’allonge et les réponses apportées par les autorités s’apparentent trop souvent à des promesses sans lendemain ou des mesures en trompe-l’œil sans portée significative.

Inquiète de la récente réforme de la justice, la Commission européenne de Bruxelles a fini par donner de la voix en demandant aux autorités de lutter véritablement contre la corruption, toute la corruption et non seulement celle dont seraient coupables ses adversaires et concurrents, ce n’a de sens que si l’indépendance des magistrats est absolue et que sont bannis les méthodes de police secrète aussi abjectes que la fabrication de fausses preuves.

Même si les autorités sont naturellement enclines à s’appuyer sur l’opinion publique, très réceptive à la dénonciation de la corruption, la tentation populiste ne pourra durablement masquer la défaillance institutionnelle qu’est une justice qui semble parfois aux ordres.

Les médias, et nous en sommes un, même les plus bienveillants comme nous l’espérons l’être, s’intéressent plus naturellement aux trains qui n’arrivent pas à l’heure qu’aux autres. S’agissant de la Roumanie, nous n’en sommes plus à un problème horaire, mais à une situation de possible déraillement.

En consacrant notre dossier à quelques fortes dérives qui compromettent les atouts de la démocratie roumaine, Opinion Internationale s’inscrit dans le droit fil de la jurisprudence de la Cour européenne des Droits de l’Homme, maintenant relayée par les mises en garde de l’Union européenne. Les autorités roumaines ont une chance à saisir. En 2019, la Roumanie présidera pour une année l’Union européenne. Toute honorifique que soit cette présidence, elle porte la force du symbole.

La Rédaction d’Opinion Internationale

Lire : Roumanie, nouvelles révélations de trafic d’influence au sein du service chargé d’éradiquer la corruption.