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15H05 - mardi 24 octobre 2017

La paix selon Sant Egidio 2. Trouver les bons chemins de la paix pour sortir des conflits. La tribune d’Emmanuel Dupuy, président de l’Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE)

mardi 24 octobre 2017 - 15H05

2ème partie : trouver les bons chemins de la paix pour sortir des conflits.

La réunion pendant trois jours, du 10 au 12 septembre derniers, de plusieurs dizaines de milliers de personnes à Münster et à Osnabrück, en Allemagne, à l’initiative de la Communauté de Sant’Egidio, et en présence de nombreux chefs d’Etats, a permis de raviver la flamme et la méthode Sant Egidio.

Cette profonde conviction que tout doit être fait pour éviter la guerre, la Communauté de Sant’Egidio s’y consacre depuis sa création en 1968, dans le quartier du Trastevere de Rome. Cette « prière pour la paix » résonne ainsi avec l’esprit de la première rencontre qui se tint à Assise en 1986, au cours de laquelle le Pape Jean-Paul II rappela qu’il ne fallait jamais faire de la religion une occasion de conflit ou de haine. Le Pape François n’indiquait-il pas lui aussi, lors de la dernière Journée mondiale pour la Paix, le 1er janvier dernier, qu’aucune religion n’était terroriste et que seule la paix était sainte ?

La Communauté, association publique de laïcs de l’Eglise catholique, forte de plus de 50.000 personnes, à travers plus de 70 pays, se revendique d’un humanisme et d’un catholicisme social qui guide son action, depuis sa création en 1968, par le professeur Andrea Riccardi.

Dans le même esprit, Sant Egidio s’est aussi engagé fortement dans le combat pour l’abolition universelle de la peine de mort, au côté notamment de Michel Taube, éditeur du média qui publie notre tribune, lorsque celui-ci fonda et dirigea dans les années 2000 Ensemble contre la peine de mort et la Coalition mondiale du même nom.

Sant Egidio est une organisation œcuménique au sens fort du terme. Etaient ainsi réunis à Münster, cette année, de très ambitieux panels composés de responsables politiques, d’hommes et femmes de foi, issus des trois religions révélées (christianisme, judaïsme et islam, tant sunnite que chiite) et des différentes branches du Bouddhisme.

Le plus souvent acteurs engagés et témoins non résignés des conflits qui ensanglantent la planète, tous sont venus témoigner que l’optimisme doit toujours l’emporter sur le pessimisme ambiant.

C’est d’ailleurs, pour cette raison que la Chancelière allemande, Angela Merkel, le Président nigérien, Mahamadou Issoufou, le Président du Parlement européen, Antonio Tajani ou encore le Grand Imam Mohamed Ahmed Al-Tayeb de l’Université Al Azhar du Caire, plus haute instance et figure de l’islam sunnite, avaient fait le déplacement en Rhénanie-du-Nord/Westphalie.

Ils furent nombreux à se succéder pour rappeler cette vérité d’Airain, à savoir que la paix se construit et ne se décrète pas.

Ne pas se résigner donc à la fatalité des différences ethniques, des disparités locales, des asymétries économiques ou encore des croyances engoncées dans leurs certitudes, qui constituent autant de barrières, alors qu’elles devraient constituer des passerelles. Aller, donc, toujours au-delà des préjugés, alors que pour faire face au terrorisme et juguler la corruption ambiante, ou encore pour maîtriser les migrations, l’on en viendrait presque à oublier notre humanisme, ériger des murs et à mettre en parenthèse notre vivre ensemble.

S’il fallait justifier de l’utilité de ces rencontres, revenons au Traité de Westphalie, car sa mise en perspective avec moult zones crisogènes, conflits, guerres intra-étatiques et infra-étatiques est particulièrement prégnante. Le premier qui vient à l’esprit est celui qui met à feu et à sang le Levant, en Syrie, en Irak depuis 2011. S’y rajoute, bien sûr, l’innommable guerre au Yémen, qui selon certains témoignages, aurait provoqué le décès de plus de 10.000 personnes depuis 2014, date de déclenchement de la guerre entre partisans du président de l’ex-président Ali Abdallah Saleh et ceux qui soutiennent le président sortant Abd Rabbo Mansour.

Le second exemple d’un legs de l’histoire est sans conteste la recrudescence de la conflictualité en Asie, où dans sa partie centrale et orientale, le spectre d’un affrontement entre puissances nucléaires (Inde versus Chine et Pakistan, d’une part et en Corée du Nord, d’autre part) est désormais plausible. Quel paradoxe, en effet, alors que le 7 juillet dernier, 123 Etats faisaient un pas significatif vers une Convention pour l’interdiction des armes nucléaires. Il est vrai que les 5 membres permanents du Conseil de Sécurité des nations, tous puissances nucléaires, s’y sont opposés, mais pour combien temps encore… Les 5 se sont faits discrets lorsque le Prix Nobel pour la Paix a été attribué il y a une semaine à la campagne pour l’abolition des armes nucléaires…

Comme est aussi venu le rappeler la réunion organisée cette année par la Communauté de Sant’Egidio : pour faire la paix, s’il faut être deux, parfois, il faut mieux être trois !

Comme est venu le rappeler aussi le président de la République, Emmanuel Macron, à la tribune de la 72eme édition de l’Assemblée générale des Nations Unies, en souhaitant que le multilatéralisme et la diplomatie collective soient réinventés.

Dans ce contexte, la vertu de la facilitation, de la médiation et de l’intermédiation semble ainsi retrouver une nouvelle jeunesse, à l’aune des crises qui ont émaillé les relations internationales ces derniers mois, à l’instar de celle qui a vu le Qatar être mis au ban du Conseil de Coopération du Golfe (CCG), en juin dernier ou celle qui voit la Corée du Nord, qui, en tenant en joue ses voisins asiatiques et en menaçant Washington, met au défi la communauté et l’opinion internationales de trouver une solution innovante à une situation inextricable.

Il s’agit, là aussi, de trouver les bons chemins de la paix…

 

Emmanuel Dupuy, président de l’Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE)

 

Lire la première partie : comment le traité de Westphalie (25 octobre 1648) pourrait aider à rebâtir la Syrie.

 

 

Professeur de géopolitique et Président de l’Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE)