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13H51 - jeudi 19 octobre 2017

«Oui j’aimerais aller sur Mars » : Thomas Pesquet, la recherche médicale, l’amitié franco-russe et les politiques sous les ors de l’Académie des Sciences

jeudi 19 octobre 2017 - 13H51

Il est de retour sur terre et la science l’en remercie. Le 10 octobre dernier, à l’occasion de la Fête des Sciences (qui a rencontré un grand succès cette année), l’Académie des Sciences, représentée notamment par Catherine Bréchignac, l’Inserm et son PDG, Yves Lévy, le CNES (Centre National d’Etudes Spatiales) et son président Jean-Yves Le Gall, et quelques centaines de jeunes recevaient Thomas Pesquet sous la fameuse Couple de l’Institut de France.

 

Un grand pas pour la médecine…

Si son dossier médical est confidentiel, Thomas Pesquet va bien, très bien même ! Ce fut la première leçon médicale du jour ! Mais l’astronaute de l’ESA (Agence Spatiale Européenne) en a profité pour dévoiler quelques teneurs des recherches médicales menées pendant ses 200 jours dans l’espace, avec l’appui de plusieurs scientifiques de l’INSERM (notamment Laurence Vico, directrice de recherche à l’unité Inserm 1059, qui étudie la structure des os, Pierre Boutouyrie qui mène ses recherches sur le cœur au sein de l’Unité Inserm 970, l’unité Inserm 1075 à Caen sur le sommeil).

On ne mesure pas à quel point l’espace est un extraordinaire laboratoire pour la médecine et la recherche médicale sur Terre. C’est pourquoi l’Inserm et le CNES ont allié leurs forces pour permettre à Thomas Pesquet de mener un grand nombre d’expériences dont les premiers résultats viennent conforter les hypothèses des chercheurs et parfois les surprendre. 

Évaluation du sommeil, fragilité osseuse, cœur… Comment vivent le corps et l’homme sans pesanteur, exposés aux radiations et éléments lourds d’origine cosmique, dans des conditions stressantes, avec des mouvements limités, une alimentation peu diversifiée, un rythme veille-sommeil perturbé, mais aussi loin des siens mais les yeux rivés sur l’immensité de l’espace et la beauté de la Terre vue du ciel ? La médecine a beaucoup appris de la conquête spatiale. Et elle continue à apprendre !

Ainsi, des pathologies nombreuses et répandues bénéficient du suivi médical poussé des astronautes, comme l’ostéoporose, les troubles du rythme circadien et du sommeil, les anomalies de l’oreille interne et de l’équilibre, les difficultés d’attention et de concentration, le vieillissement artériel.

Parmi les progrès médicaux que l’aventure spatiale de Thomas Pesquet aura apportés, la télémédecine est en très bonne place. À bord de la station et avec Thomas, le système EveryWear, développé par le MEDES, la filiale santé du CNES, a proposé une nouvelle approche en la matière, avec un assistant matérialisé par une simple application sur tablette tactile. Il s’agissait plus précisément de regrouper un ensemble de capteurs biomédicaux portatifs connectés en Bluetooth à un terminal mobile (en l’occurrence une tablette grand public).

L’utilisation d’une tablette qui recueille un ensemble d’informations distinctes est une grande avancée pour les données médicales, physiologiques et personnelles de l’astronaute. Les principaux atouts d’EveryWear sont sa capacité à agréger les données provenant de différents outils mais aussi la simplification qu’il apporte dans les procédures pour les astronautesC’est un dispositif adaptable qui peut couvrir un large éventail de besoins : nutrition, sommeil, étude du système cardiovasculaire, avec une collecte de données adaptée qui permet un traitement uniformisé. Là encore, le gain de temps pour l’équipage, induit par l’assistant personnel, aura été très important. À titre d’exemple, le suivi nutritionnel de l’astronaute l’obligeait par le passé à répondre à des questionnaires au fur et à mesure de la prise de nourriture. Désormais, les données sont transmises directement.

Nul doute que de nombreux patients, souvent éloignés de leurs médecins, profiteront de cette avancée majeure…

…Un grand pas pour l’humanité ?

Thomas n’était pas seul dans l’espace : sous la Coupole de l’Institut, il était aussi accompagné d’Oleg Novitski, un senior de l’espace puisqu’il a déjà réalisé deux missions spatiales et est revenu sur Terre de la Station Spatiale Internationale avec Thomas. Il est une star en Russie comme Thomas en France et dans l’Union Européenne.

Le cosmonaute n’a pas manqué de vanter la personnalité et les talents de Thomas : « dans l’espace, il a démontré ses qualités personnelles et ses capacités professionnelles, ses compétences de technicien. Il a pleinement répondu à toutes les attentes et réalisé toutes les tâches qui lui avaient été confiées. Travailler avec Thomas Pesquet, ce n’est que du plaisir ! »

Mais Oleg Novitski s’est fait aussi plus politique en soulignant la qualité des relations franco-ruses en matière spatiale et en déclarant à Opinion Internationale : «Nous partageons tous l’avis que le monde irait bien mieux si chacun pouvait aller un peu dans l’espace et comprendre la réalité des choses. Il faudrait emmener tous les politiciens dans l’espace. En effet, dans l’espace, nous sommes obligés et contraints, mais avec plaisir, de montrer les capacités réelles de la coopération entre les humains de divers pays, de diverses ethnies et religions. Nous n’essayons pas de diviser, mais de travailler ensemble pour répondre aux demandes de ceux qui nous envoient dans l’espace.»

 

«Oui j’aimerais bien aller sur Mars !»

Thomas Pesquet, entouré de centaines de jeunes étudiants scientifiques (de futurs Pesquet étaient certainement sous la Coupole) nous confia : «Oui j’aimerais bien aller sur Mars !» Une mission de 900 jours que sa génération risque fort de connaître !

Et Thomas Pesquet conclut cette Fête des sciences en remettant les Prix de l’Académie des Sciences aux majors des Grandes Ecoles, aux lauréats des Olympiades nationales et internationales, des bourses Rogissart et des Grandes avancées françaises en biologie.

En quittant ce lieu envoûtant pour nos neurones, on se demandait : «combien de Pesquet», combien de vocations de spationautes, sont nées dans cette belle Fête des Sciences ?

 

Michel Taube

Directeur de la publication