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16H05 - mercredi 20 septembre 2017

Le Parquet demande – enfin – que le crime de Sarah Halimi soit reconnu comme antisémite. Réaction de Maître Jean-Alex Buchinger.

mercredi 20 septembre 2017 - 16H05

La justice française s’apprêterait-elle à sortir d’une longue ambiguïté sur le meurtre de Sarah Halimi commis en plein Paris le 4 avril dernier ? Ce crime est décrit comme « délirant et antisémite » par l’expert psychiatrique, Dr Daniel Zagury, qui a – tardivement – rendu son rapport le 13 septembre dernier. La juge d’instruction avait mis en examen le criminel le 10 juillet dernier pour « homicide volontaire ». 

Ce matin, le parquet de Paris a décidé de reprendre l’analyse de l’expert psychiatrique et demandé à la juge d’instruction d’aggraver les chefs d’accusation jusqu’alors retenus (homicide volontaire) en reconnaissant la circonstance aggravante de l’antisémitisme.

Dans un communiqué, le parquet souligne la « vive émotion » suscitée par l’affaire, qui n’a pas manqué de capter jusqu’à l’attention du Président de la République qui avait demandé le 16 juillet à la justice de « faire toute la clarté » sur cette affaire. 

Selon l’avocat de la famille Halimi, Maître Jean-Alexandre Buchinger, dans l’entretien qu’il vient de nous accorder – cette circonstance aggravante d’antisémitisme « était évidente dès le tout premier jour ».

Seule habitante juive d’un immeuble populaire du quartier de Belleville, Mme Halimi a été défenestrée le 4 avril, après avoir été longuement torturée par son voisin, M. Kobili Traoré, qui disait, selon des témoins, avoir « tué le sheitan » (le Satan en arabe). L’homicide avait été commis devant plusieurs témoins, habitant le même immeuble et réveillés par les cris agonisants de la victime. La police, arrivée sur place très rapidement après les signalements, a inexplicablement attendu plus d’une heure avant d’intervenir.

Maître Buchinger, êtes-vous satisfait par le rapport psychiatrique et la demande du parquet de Paris qui a suivi ?

Oui, c’était un acte longuement attendu par la famille de Sarah Halimi. Dans l’avis rendu par l’expert psychiatrique, le discernement de M. Traoré au moment des faits n’a pas été totalement exclu, ce qui ouvre la voie à des sanctions pénales conséquentes. Nous avons maintenant la certitude qu’il comparaîtra devant la Cour d’Assises de Paris, mais probablement pas avant fin 2018.

J’aimerais contester un point : sur la base du rapport psychiatrique  et de la mise en examen du criminel, sa responsabilité pénale est atténuée mais pas totalement abolie. L’expert parle dans son rapport d’une « bouffée délirante », en grande partie causée par une consommation massive de cannabis. Or, le rapport de l’expert toxicologique sur M. Traoré n’indique que de très faibles traces de cannabis dans son sang. Cela vient donc contredire le rapport psychiatrique qui s’appuie sur l’interrogatoire de première comparution devant le juge d’instruction.

La reconnaissance de ce crime «délirant et antisémite» sort la justice d’un lourd embarras… Cette décision du parquet de Paris était inattendue ?

C’est un acte conséquent à l’avis rendu par l’expert psychiatrique. Elle rompt le silence sur la circonstance aggravante, prévue par le code pénal, que le meurtrier a agi en fonction de la religion de sa victime. Il la connaissait bien en tant que seule femme de confession juive dans tout l’immeuble.

Il est maintenant du devoir du juge d’instruction de reconnaître cette circonstance aggravante, la préméditation, ainsi que d’étendre la mise en examen à la torture, aux actes de barbarie et à la séquestration de Madame Halimi. Je ne doute pas que le juge acceptera les requêtes du parquet avant la fin du mois au plus tard.

Propos recueillis par Gabriel Di Battista

Revivez en vidéo l’intervention de Me Buchinger sur l’affaire Halimi lors de l’Estivale d’Opinion Internationale du 25 juillet :

 

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