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15H02 - dimanche 17 septembre 2017

Le retour de Hollande par la France des terroirs et les Marchés flottants du Sud-Ouest. Immersion photos et décryptage avec Arnaud Benedetti.

dimanche 17 septembre 2017 - 15H02
  • Politique France

François Hollande a fait une visite surprise sur les Marchés flottants du Sud-Ouest à Paris ce matin. Pas tout à fait une surprise puisqu’il s’y était engagé l’an passé lors de sa visite présidentielle…

Reportage photos puis décryptage avec le politologue Arnaud Benedetti.

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Arnaud Benedetti, vous êtes professeur de communication à la Sorbonne et auteur de « La fin de la com» (Editions Cerf). François Hollande, ancien président de la République, semble clairement de retour sur la scène politique française.

Hollande « pointillise » sa communication politique. On sent sa présence par petites touches symboliques : une  parole sur les conséquences de la réforme du code du travail, quelques clichés dans sa bonne ville de Tulle et aujourd’hui sur les marchés flottants organisés par 3 conseils départementaux ruraux du sud-ouest : le Gers , le Lot-et-Garonne, le Tarn-et-Garonne. L’ancien Président confirme qu’il est un animal politique qui n’a pas renoncé. Sa communication rappelle sa présence, une présence qui suscite toutes les interprétations , qui traduit un trait de caractère fondamental du hollandisme : toujours laisser une porte ouverte. De ce point de vue, Hollande est psychologiquement « mitterrandien ». Il ranime la nostalgie d’une certaine façon de faire de la politique qui n’a rien à voir avec celle de l’homme pressé au pas lent de son successeur. La France est un pays nostalgique qui aime la nostalgie et qui se complaît dans le regret de son passé. C’est cette corde que réactive Hollande : il apprend aux Français à le regretter… 

 

Que pensez-vous de la visite de François Hollande ce matin au cœur de Paris sur les stands de la France des terroirs du sud-ouest (les Marchés flottants) ? Une visite de courtoisie d’un bon vivant qui aime les bonnes choses et les gens (comme le montrent les photos) ou un geste politique ?

Sa présence un dimanche sur les marchés flottants, lieu populaire s’il en est un, quai de Montebello à Paris, n’est pas anodine. Tout d’abord il vient saluer son ancien ministre, Philippe Martin, Président du Conseil départemental du Gers, et le Président socialiste du conseil départemental du Lot-et-Garonne , Pierre Camani. Il marque ainsi son attachement à ces collectivités locales qui se sentent malmenées et méprisées par le pouvoir macronien. La baisse des dotations, la suppression des contrats aidés constituent de facto des éléments de fragilisation pour des collectivités dont la situation financière était déjà au bord du collapsus.

À une semaine des Sénatoriales, la présence de l’ancien Président qui aime tant, pour reprendre la formule du doyen Vedel « les élus du seigle et de la châtaigne», sur les stands touristiques de ces trois départements du sud-ouest, fleurons de la République radicale et rurale, est une pierre envoyée dans le jardin des « start-uppers » marcheurs, adeptes de la société uberisée… Ainsi, François Hollande s’adresse à la France de la production, des petits producteurs du terroir et de la ruralité, à la France périphérique qui sociologiquement n’est pas macronienne. Il communique auprès de cette France terrienne qui, pour le coup ,est l’antithèse de la France hors-sol des start-uppers. Rien d’innocent donc dans la venue de Hollande. Il témoigne là de sa fidélité à ses amis (vertu mitterrandienne par excellence) et adresse un message politique pré-sénatorial… 

 

Ne pensez-vous pas que François Hollande caresse le désir de s’installer en recours pour la gauche dans les années à venir si les circonstances se présentaient ?

En-est il à dessiner l’idée d’un recours à gauche ? Il ne faut pas l’exclure même s’il est trop tôt pour le dire. Hollande est indéniablement un redoutable opposant, il n’est jamais aussi bon tactiquement que lorsqu’il est dans l’opposition à essayer de reconstruire ce que parfois il a contribué à détruire. Dans tous les cas, face à l’assurance un tantinet narcissique de son successeur, il incarne avec bonhomie un autre regard sur la notion de progrès et de transformation. Moins brutal sans doute, plus poreux au regard du corps social hexagonal, moins obsédé par son image. C’est cela, il est moins obsédé par son image. Les Français qui l’ont si critiqué pour son côté un peu gauche lorsqu’il était président, vont peut-être, alors que les premières mesures des jeunes loups macroniens se dessinent, regretter ce Président qui, lui, ne se regardait pas. C’est sans doute là le pari subliminal – et politique – de François Hollande… 

 

Photos et propos recueillis par Michel Taube

 

 

 

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