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05H22 - mercredi 8 mars 2017

Pour une vraie relance européenne

mercredi 8 mars 2017 - 05H22

Lors d’un Sommet informel à Versailles lundi 6 mars 2017, les dirigeants français, allemand, espagnol et italien ont plaidé pour une Europe à plusieurs vitesses qui permettrait à certains Etats membres de l’Union Européenne de progresser plus rapidement que d’autres.

« L’unité n’est pas l’uniformité », a souligné François Hollande. « C’est la raison pour laquelle je plaide pour qu’il y ait de nouvelles formes de coopérations, pour de nouveaux projets, ce que l’on appelle des coopérations différenciées », a-t-il expliqué lors d’une déclaration commune. Ainsi, selon le président de la République, « quelques pays » pourraient « aller plus vite » et « plus loin dans des domaines comme la défense, comme la zone euro, à travers l’approfondissement de l’Union économique et monétaire, comme l’harmonisation fiscale et sociale, comme la culture ou la jeunesse ». « L’Europe peut se relancer par la défense », a assuré le chef de l’Etat français dans une interview accordée à six quotidiens européens avant ce Sommet.

 

Concrètement, il s’agirait de bâtir une « coopération structurée » réunissant les Etats membres de l’UE « qui veulent aller beaucoup plus loin » sur la défense. La Grande-Bretagne, deuxième puissance militaire européenne derrière la France, y serait « associée » en dépit de sa sortie de l’UE, car elle entretient avec Paris « des relations fortes en matière de défense, y compris dans le domaine, stratégique, de la dissuasion nucléaire ». Il s’agit du moins du scénario privilégié par Paris et Berlin parmi les cinq esquissés par le président de la Commission Jean- Claude Juncker, du simple marché unique à une intégration renforcée.

Ce vaste projet affronte toutefois les nombreuses incertitudes qui pèsent sur l’Europe avec des élections générales en France, plongée dans une profonde crise politique, mais aussi aux Pays-Bas à la mi-mars ou en Allemagne à l’automne.

En attendant, les dirigeants des quatre pays les plus peuplés de l’UE à 27 (sans le Royaume-Uni) retrouveront leurs homologues européens dès jeudi à Bruxelles, nouvelle étape avant un sommet censé relancer le projet européen le 25 mars dans la capitale italienne. Les  vingt-sept y célébreront le 60ème anniversaire du Traité de Rome. Mais pour ne froisser personne et éviter d’apparaître en « prescripteurs », les dirigeants des quatre premières économies de la zone euro se sont gardés lundi soir de toute annonce concrète à Versailles.

 

Un Sommet décevant

 

Que penser de ce Sommet ? Une fois de plus, il accouche ou presque d’une souris. Au-delà des bonnes intentions affichées, on est très en deçà des vrais enjeux. La question centrale est de remobiliser toute une partie de la population européenne gagnée par les phobies populistes et les tentations de repli protectionniste et nationaliste. Une population abandonnée par la classe politique, sauf de ses composantes les plus extrêmes à gauche comme à droite à l’exemple de la France.

Or dans un monde mondialisé et ouvert, ces extrémistes ne proposent rien d’autre que le rejet de l’Europe et le repli derrière les frontières, totalement illusoire car on ne peut revenir sur le processus multiséculaire de la mondialisation et de l’émergence de nouvelles puissances. Penser que la France voire l’Allemagne seules peuvent s’en sortir est une dangereuse illusion.

Mais proposer d’abord de relancer l’Europe de la défense, qui plus est avec un Royaume-Uni toujours ambigu et en retrait de l’Europe, est très insuffisant. Certes l’Europe de la défense est populaire depuis toujours ou presque mais elle est insuffisante pour répondre aux maux profonds de l’Europe. Elle peut redonner plus d’unité politique, si encore on parvient à s’accorder sur une vraie Europe de la défense, mais elle ne redonnera pas la cohésion sociale qui fait défaut et qui mine l’Europe communautaire. L’Europe à plusieurs vitesses risquerait d’être une Europe où beaucoup de pays seraient laissés sur le bas-côté de la route.

 

Est évoqué parmi les thèmes de relance l’harmonisation sociale. Mais de quoi parle-t-on ? On ne sait pas et pas plus à l’issue de ce Sommet. Il faut beaucoup plus d’audace. Il faut une vraie politique pour réinsérer dans le tissu social européen des dizaines de millions d’exclus, abandonnés des villes et des campagnes déshéritées. Mais cela les dirigeants européens font mine de l’ignorer ou presque.

Or pour réinsérer ces exclus et les détourner ainsi du populisme délétère, il faut un vrai projet social et politique. Il faut affronter cette crise sociale. Aller voir ces populations, comprendre leurs besoins, écouter leurs angoisses et y répondre. Il faut de grands programmes pour sortir ces zones abandonnées de la crise profonde qu’elles connaissent depuis des décennies. Programmes de logements sociaux massifs avec des aides nationales et européennes – chaque année la fondation Abbé Pierre pointe en France les problèmes gravissimes du mal logement, pourquoi personne ne l’écoute ? – ; programmes d’investissements pour attirer les entreprises dans ces zones déshéritées pour recréer de l’emploi et un tissu économique solide et durable ; programmes de formation massifs pour requalifier ceux qui ont perdu toutes qualifications ; programmes d’explication et de communication sur ce qu’apporte vraiment l’Europe. Comment peut-on en France laisser Marine Le Pen expliquer que la PAC a détruit l’agriculture française alors qu’historiquement, c’est incontestable, elle a permis son essor depuis les années 1960 lui permettant d’atteindre l’autosuffisance, voire d’importants excédents (céréales, beurre ou lait par exemple).

 

L’harmonisation sociale doit être une vraie politique sociale au profit des petits, des plus pauvres, des abandonnés, ceux qui sentent qu’on les a lâchés. Sans quoi l’Europe de la défense restera un concept lointain, utile peut-être pour répondre à des crises extérieures, mais inutile pour répondre au désarroi européen intérieur profond et ancré dans les populations. A cela, doit s’ajouter un vrai fédéralisme budgétaire européen pour accompagner la politique sociale européenne et transférer aux régions en difficultés des fonds massifs. L’Europe ne peut être que politique, elle doit devenir beaucoup plus solidaire, sans quoi elle disparaîtra.

Aux hommes politiques de comprendre qu’ils ne parlent pas qu’aux électeurs fortunés ou bien insérés mais aussi à tous ceux qui désespérés de la crise qui les frappent espèrent en un avenir meilleur et protecteur. L’Union européenne l’a fait dans le passé, elle peut le faire à l’avenir. Il y va de son avenir.

 

Kline E Sliva

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