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12H51 - lundi 6 mars 2017

Christiane Lambert, présidente par intérim de la FNSEA : « Le monde agricole en a marre d’être associé au FN. Et nous regrettons que Marine Le Pen nous ait snobés lors du Salon de l’agriculture. »

lundi 6 mars 2017 - 12H51

Elle a été invitée. Comme les autres. Elle est venue mais a refusé d’entrer dans le Hall 4 du Salon international de l’agriculture, celui qui regroupe toutes les organisations qui fédèrent le monde agricole et des acteurs économiques : FNSEA, Chambres agricoles, Crédit agricole… Marine Le Pen a snobé, boycotté les dirigeants du monde agricole, jouant les paysans (les sondages annoncent 40% de vote en sa faveur) contre leurs organisations représentatives. A part Jean-Luc Mélenchon qui n’est pas venu du tout, elle est la seule candidate à la présidence de la République à avoir fait ce choix qui passe mal auprès de la FNSEA.

Christiane Lambert, première vice-présidente de la FNSEA, qui en assure la présidence par intérim depuis le décès de Xavier Beulin, condamne le refus de Marine Le Pen de visiter les institutions représentatives du monde agricole lors du Salon International de l’Agriculture qui vient de fermer ses portes à Paris. Entretien exclusif.

 

Pourquoi selon vous Marine Le Pen n’est-elle pas venue dans le Hall 4 du Salon de l’Agriculture ?

Beaucoup de femmes et d’hommes politiques sont venus. Des ministres, 7 des 13 présidents de région, d’anciens ou d’actuels candidats à la présidentielle… Nous avons remis à ces derniers nos 13 propositions prioritaires pour les 200 premiers jours du mandat du prochain président de la République.

Marine Le Pen est la seule qui nous a boycottés. Censurer les institutions, c’est grave mais c’est son choix. Nous l’avons malgré tout invitée à Brest, comme les autres candidats, fin mars pour notre Congrès national. Marine Le Pen a passé du temps dans les autres allées du Salon. Emmanuel Macron n’est pas non plus venu dans le Hall 4 mais, en accord avec ses équipes, nous l’avons rencontré dans le pavillon des vins. Ceci dit, il aurait pu venir, ne serait-ce que pour s’incliner devant le portrait de Xavier Beulin…

Pour revenir sur Marine Le Pen, ne pas reconnaître les institutions et les corps intermédiaires, c’est très grave. Il y a une démocratie agricole, nous sommes élus, les adhérents à la FNSEA sont des adhérents volontaires et représentatifs. Lors des élections des chambres d’agricultures qui sont des tests de représentativité, 55% des agriculteurs ont voté et nous ont donné 53% des suffrages. 

J’ajoute enfin que Marine Le Pen aurait pu venir s’incliner devant le portrait de Xavier Beulin qu’elle ne portait pas dans son cœur. Elle ne sait même pas faire la part des choses entre les idées qu’il défendait, et avec lesquelles elle n’était pas d’accord, et la personne en elle-même qu’elle n’est pas venue saluer. Je trouve que ce n’est pas correct. 

 

A quoi joue selon vous Marine Le Pen ?

Elle joue les agriculteurs en direct, elle est passée sur les stands de l’élevage, des productions végétales, des céréales, mais n’a pas souhaité rencontrer ni les chambres d’agriculture, ni les autres institutions qui font pourtant un travail considérable pour accompagner les agriculteurs en difficulté.

 

Marine Le Pen surfe sur le vote paysan Front National ?

Il y a un vote rural plus que paysan en faveur du Front National. Dans ma commune, Bouillé-Ménard (49), de 700 habitants avec 17 exploitations agricoles, il y a environ 27% de vote pour le FN : ce ne sont donc pas les agriculteurs qui font le score du FN, ce sont les ruraux. Et le rural qui se sent oublié vote pour Marine Le Pen.

Ceci dit, j’insiste : les agriculteurs en tant que tels ne votent pas plus pour le FN que d’autres catégories socio-professionnelles. Les ouvriers sont encore plus nombreux à lui accorder leurs suffrages.

 

Vous comprenez ce vote FN ?

Nous comprenons surtout que Marine Le Pen tient des propos très anti-européens, alors que les agriculteurs savent ce qu’ils doivent à la PAC. Si demain on perd l’argent qui vient de l’Europe, on va les recevoir d’où les aides qui soutiennent nos paysans ?

La PAC à 27 est d’une extrême complexité mais il vaut mieux la simplifier que l’abandonner. Les normes européennes nous accablent : simplifions-les plutôt que de nous couper de l’Europe, qui est, rappelons le avec force à ceux qui sont tentés de voter FN, notre premier marché d’exportation des produits agricoles français.

 

Propos recueillis par Claire Courbet et Michel Taube

Directeur de la publication
Journaliste
Claire Courbet

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