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07H38 - vendredi 20 janvier 2017

Trump et l’Europe : face à un désamour dangereux, la nécessaire unité de l’Union Européenne

vendredi 20 janvier 2017 - 07H38
L'Union européenne à 28.

L’Union européenne à 28.

La main tendue vers la Russie, « l’erreur catastrophique de Merkel » sur les migrants, l’OTAN « obsolète », le « succès » du Brexit qui verra d’autres pays quitter l’UE : le président américain élu, qui entre en fonctions aujourd’hui même, Donald Trump a réalimenté la machine à polémiques dimanche 15 janvier dans des entretiens dans les quotidiens britannique The Times et allemand Bild.

Le milliardaire américain est, on le sait, adepte des formules provocatrices et polémiques. Mais là, il est allé trop loin.

Revenons sur ses principales déclarations ayant trait à l’Europe.

Sur l’Union européenne : «Je crois que d’autres pays vont quitter [l’UE]» en suivant l’exemple de Londres, en raison de la crise migratoire. «Je pense que maintenir [l’UE] unie ne va pas être aussi facile que beaucoup de gens le pensent». «L’UE a été construite, partiellement, pour battre les Etats-Unis commercialement, OK ? Donc, je ne me soucie pas vraiment si elle va se séparer ou rester unie, pour moi, ça n’a pas d’importance».

Sur l’OTAN : «J’ai dit il y a longtemps que l’OTAN avait des problèmes. En premier lieu qu’elle était obsolète parce qu’elle a été conçue il y a des années et des années» et «en deuxième lieu, les pays [membres] ne payent pas ce qu’ils devraient». «C’est obsolète parce qu’elle ne s’est pas occupée du terrorisme».

Ces critiques vont à l’encontre de la politique européenne traditionnelle des Etats-Unis vis-à-vis de l’Europe. Elles remettent en cause la nécessité de la construction et de l’unité européennes. Elles remettent en cause le fondement de l’alliance atlantique qui assure pourtant la sécurité européenne. Elles sont donc dangereuses pour les Européens et d’ailleurs aussi pour les Etats-Unis. Le secrétaire d’Etat américain sortant, John Kerry, a d’ailleurs pour sa part dénoncé les « propos déplacés » du président élu sur l’Union Européenne.

Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, les Etats-Unis soutiennent avec constance la construction européenne et le marché commun qui s’est mis en place à partir de mars 1957. C’est pour eux un moyen de renforcer leur poids dans le monde et un allié majeur. Si vis-à-vis de l’Europe politique, ils sont parfois plus réservés, ils ont aussi soutenu la construction d’une Europe de la défense, dont on parle tant en ce moment, et qui va aussi dans le sens d’un renforcement de leur poids dans le monde. La présidence de Barack Obama qui s’achève le 20 janvier 2017 est aussi allée dans ce sens. Les ambitions militaires de l’UE complètent – au lieu de menacer – le statut de Washington dans le monde. Et l’administration Obama ne fut pas seule à le penser.

Aussi les déclarations de Donald Trump sont-elles en porte-à-faux avec l’histoire récente et plus lointaine des relations Etats-Unis-Europe.

La nécessaire réaction européenne

Face à de telles déclarations, les Européens ont voulu marquer leur unité. La chancelière allemande, Angela Merkel, a affirmé lundi que les Européens avaient leur destin « en main ». « Je vais continuer de m’engager pour que les 27 États membres travaillent ensemble vers l’avenir (…) face aux défis du 21e siècle », a-t-elle déclaré. 

Jean-Marc Ayrault a estimé que « la meilleure réponse » à donner par les Européens était d’afficher leur « unité ». « La meilleure réponse à l’interview du président américain, c’est l’unité des Européens », c’est de « faire bloc », a déclaré le chef de la diplomatie française. François Hollande a déclaré que l’Union européenne « n’a pas besoin de conseils extérieurs pour lui dire ce qu’elle a à faire. » « Je vous l’affirme ici, l’Europe sera toujours prête à poursuivre la coopération transatlantique, mais elle se déterminera en fonction de ses intérêts et de ses valeurs », a-t-il encore dit. De son côté, Federica Mogherini, chef de la diplomatie de l’Union européenne, a déclaré que « l’Union européenne va rester unie, je suis à 100 % convaincue de cela ».

S’il s’agit de maintenir l’unité et la cohésion européens, il ne s’agit nullement de se couper des Etats-Unis et il faudra bien s’entendre avec le 45e président américain et l’amener à revenir à la réalité et à la raison.

Mais l’Europe doit prendre sa part du fardeau comme le souhaitent les Américains. Les Européens ont d’ailleurs commencé à réagir et les dépenses militaires dans l’UE qui avaient reculé pendant plus d’une décennie sont reparties à la hausse, plusieurs pays ayant comme horizon de dépenser autour de 2 % du PIB pour la défense, objectif fixé par l’OTAN. La défense européenne est une avancée nécessaire ; il faut continuer à progresser en ce sens.

Les moyens d’une Europe plus politique doivent être trouvés, outre la défense, en allant vers plus d’unité sur les questions économiques avec une gouvernance de la zone euro enfin établie, vers plus d’unité sur la question migratoire, vers plus d’unité sur les questions diplomatiques et extérieures. C’est au prix de l’union que l’Europe défendra ses intérêts et par là-même ceux des Etats-Unis, n’en déplaise à M. Trump qui, espérons-le, peut encore évoluer…

Edouard Pflimlin, journaliste et chercheur associé à l’IRIS