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18H29 - mardi 13 décembre 2016

Avec la nomination de Rex Tillerson à la tête de la diplomatie américaine, le programme diplomatique de Trump est clair : business, dollar, USA first ! L’édito de Michel Taube

mardi 13 décembre 2016 - 18H29

Hier soir, à Paris, le quai d’Orsay organisait un grand débat entre deux anciens ministres des affaires étrangères, MM. Dominique de Villepin et Hubert Védrine, sur l’art de la paix, titre de l’exposition du même nom présentée au Petit Palais jusqu’au 15 janvier 2017.

L’un et l’autre, l’idéaliste flamboyant et le Kissinger à la française, ont dû sourire ce matin en apprenant, ce que des rumeurs annonçaient depuis quelques jours, que Donald Trump avait nommé comme Secrétaire d’Etat Rex Tillerson, le patron du géant pétrolier ExxonMobil.

 

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Imaginez la prochaine rencontre entre le nouveau patron de la diplomatie américaine et Federica Mogherini, pour l’Union Européenne, ou Jean-Marc Ayrault pour la France. Deux visons du monde, deux approches des conflits s’affronteront clairement.

Imaginons le commentaire de Tillerson sur la tragédie d’Alep : not a priority for the US !

On peut le dire : le monde entre de plain-pied dans une période de real-politique ! L’étrange alliance Trump – Poutine risque de déstabiliser profondément l’Europe et l’Asie.

Difficile de ne pas penser que le sens de la nomination de Tillerson, c’est que le programme diplomatique de Trump tiendra dans ces quelques mots : BUSINESS, , DOLLAR, USA FIRST ! Les intérêts américains avant tout, avait annoncé Donald Trump, le soir de son élection. Nous en avons la confirmation ce soir.

Cela ne veut pas dire que la morale, les droits de l’homme, la justice seront absents de la politique américaine. Peut-être aura-t-on moins de grands discours obamaesques. Mais quand même, le choix de Trump inquiète.

 

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Le patron d’un géant des hydrocarbures à la tête de l’administration diplomatique américaine, cela va aussi faire pâlir les nouveaux acteurs de la lutte contre le réchauffement climatique. Les Etats-Unis resteront-ils impliqués dans la conversion mondiale à des énergies et à des économies 0 carbone ? Nous en formulions l’espoir dans un précédent appel au Président élu Donald Trump, l’encourageant à « ne pas délaisser l’effort mondial dans lequel sont engagées plus de 100 nations, des plus grandes comme les Etats-Unis, la Chine, la Russie, le Canada, le Mexique, l’Afrique du sud, l’Union Européenne, le Japon, aux plus menacées comme les peuples d’Afrique et les îles du Pacifique et de l’Océanie. » Et d’ajouter un argument que pourrait entendre le pragmatique Tillerson : « Les entreprises et les investisseurs américains investissent déjà fortement dans les infrastructures à bas carbone et dans les énergies renouvelables. Or, [Trump veut investir] massivement dans de nouvelles infrastructures et [apporter son] soutien résolu à l’esprit d’initiative des Américains. Voici donc l’occasion de servir les États-Unis et le monde en même temps. »

Nous ne savons pas si le défi climatique, pour ne prendre que cet exemple, peut entrer dans le rêve américain de Trump et Tillerson. Mais le monde entier attend le 21 janvier et l’entrée en action de la nouvelle administration américaine pour se faire une idée concrète du monde dans lequel veulent nous embarquer nos nouveaux amis américains.

 

 

Michel Taube

 

PS : pour la petite histoire, Rex Tillerson doit bien connaître la Normandie, non pas pour ses plages du débarquement de juin 1944, mais parce que EXXON a financé puis laissé disparaître le parc écologique et pédagogique Eana, qui, fin des années 2000, avait coûté 27 millions d’euros, à la Communauté de communes Caux-vallée de Seine. EXXON aurait dû s’entourer des conseils de Disney pour en faire un parc attractif et rentable sur le développement durable.

 

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