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13H18 - mercredi 9 novembre 2016

Qui sera Trump à la tête des Etats-Unis ? L’édito de Michel Taube

mercredi 9 novembre 2016 - 13H18

Incroyable mais vrai : Donald Trump sera le 45ème Président des Etats-Unis. Il succédera à Barack Obama le 20 janvier 2017. Le monde a trois mois pour se préparer à accueillir le nouveau chef d’Etat de la première puissance mondiale. Certains s’en réjouissent ! Beaucoup ont froid dans le dos. La seule issue : affronter la réalité et saluer le nouveau président américain…

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Trump ! Mais quel Trump ?

Avec Trump, est-ce la victoire de l’extrême-droite comme le disait un éditorialiste de CNN ? Qu’il nous soit permis d’en douter : à en croire les premiers mots du nouveau président des Etats-Unis, le candidat Trump serait mort et un nouveau Trump serait né : « Je serai le président de tous les Américains », a-t-il annoncé, saluant même son adversaire qu’il avait vouée aux gémonies pendant des mois. Et d’ajouter qu’il privilégierait la négociation avec tous les acteurs de la politique internationale, tout en faisant toujours passer les intérêts de l’Amérique.

Sera-ce suffisant pour rassurer le monde ? Le président français, François Hollande, ce matin, n’a pas caché son inquiétude, ou Sigmar Gabriel, le ministre allemand de l’économie qui parlait de la victoire de l’Internationale autoritaire… Au risque de bousculer les convenances diplomatiques… Sarkozy était plus « raccord » avec le nouveau président américain. Le premier ministre Trudeau, pourtant très libéral et grand humaniste, s’est bien gardé, lui, de faire état de ses sentiments. Poutine s’est empressé de le féliciter.

Une chose est sûre : Trump ne pourra pas faire pire que ce qu’il a promis pendant sa campagne électorale, comme le soulignait avec malice un observateur attentif ! Nous ne pensons pas que Trump sera un dirigeant d’extrême-droite. Il sera rugueux, parfois emporté, mais il devra composer, négocier et abandonner bon nombe de ses promesses (comme un nouveau mur de séparation avec le Mexique ou l’interdiction de l’entrée des musulmans sur le sol américain). Nous croyons aussi à la force des contre-pouvoirs qui vont s’organiser autour de lui, surtout dans son propre camp, les Républicains, qu’il a pourtant malmenés, et qui, hier, ont consolidé leur pouvoir au Congrès américain.

Notre conviction est que Trump sera un Berlusconi américain : un homme d’affaire milliardaire, un self made man, un homme de médias arrivé au pouvoir… Autant de facettes qui font que Trump a nettement mieux collé qu’Hillary Clinton à l’idée du rêve américain. Ayons l’humilité de le reconnaître : de même qu’Obama incarna le changement en 2008, c’est Trump qui cette fois-ci incarne le changement… façon américaine ! un mélange étrange de l’homme qui dit NON au système et d’un super « winner » qui n’a jamais fait de politique et qui en un an et demi rafle la magistrature suprême de la première puissance mondiale. En son temps, Berlusconi a bien été accepté dans le concert des nations et à la table de l’Union européenne. Il en sera de même avec Trump. Soyons un peu optimistes !

 

Quand donc s’arrêtera la vague populiste ?

Trump, c’est la victoire, moins des Blancs contre les minorités montantes (hispaniques et afro-américains qui auraient mieux fait d’aller voter en masse !), que de la classe moyenne déçue, inquiète et appauvrie par un monde nouveau qui déferle sur nos générations ! Cette classe moyenne ne se sent plus représentée par l’establishment qui gouverne l’Amérique et le monde.

Voilà la vraie facette du populisme de Trump aujourd’hui et du Brexit hier ! Trump, comme tous les dirigeants du monde, doit se demander comment faire profiter au plus grand nombre les bénéfices de la nouvelle économie qui advient ! Ne pas brider celle-ci, l’accompagner et l’orienter vers le bénéfice des classes moyennes. Tel est son premier défi. La baisse des impôts, une politique protectionniste, un vaste plan d’investissements publics y suffiront-ils ? Sinon, nous irons effectivement à la catastrophe.

Trump nous inquiète, c’est sûr : il est le produit de cette vague mondiale des populismes nationalistes. Son élection a des points communs avec le Brexit et la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne. Au passage, soulignons tout d’abord l’échec, à nouveau, des commentateurs politiques, des sondages et d’un unanimisme de la pensée unique sur lesquels tous les acteurs des médias et de la politique doivent sérieusement réfléchir quant à leur rapport au réel et aux attentes des peuples.

Populiste, oui ! Donald Trump a eu des mots xénophobes et d’une violence inouïe pendant la campagne : pour ne donner qu’un exemple, ses relations avec le Mexique risquent d’être houleuses s’il ne change pas son langage. Un Trump de campagne à la tête de l’Etat serait désastreux pour l’Amérique et pour le monde.

Trump, c’est aussi la victoire du repli sur soi et de la compétition mondiale plus que de la coopération multilatérale, ce qui risque fort d’occulter des priorités pourtant vitales. De Marrakech où se tient la COP22, Brice Lalonde, président des Entreprises pour le climat, nous confiait ce matin que Donald Trump pourrait très bien dénoncer l’Accord de Paris, pourtant tout juste entré en vigueur le 4 novembre, mais qui n’a pas encore été totalement ratifié juridiquement par les Etats-Unis. Et ce grand connaisseur de l’Amérique d’ajouter son espoir que « la fonction fera l’homme » et que Trump réfléchira à deux fois avant de casser cet édifice international qui doit conduire le monde vers une transition écologique salutaire.

 

La défaite de Clinton et d’Obama

La victoire de Trump, c’est un peu la défaite d’Obama dont une grande part de ses modestes réalisations risquent fort d’être effacées par son successeur.

Mais c’est surtout la défaite des Clinton comme un de nos éditorialistes nous l’avait déjà annoncé en septembre dernier ! Ayons une pensée pour Hillary Clinton : non tellement pour la saluer comme le fit François Hollande ce matin mais pour insister sur sa responsabilité. L’Amérique ne voulait pas et ne voudra jamais de cette personnalité, hautaine, trop loin des gens, trop proche de l’aristocratie américaine…

Elle n’a même pas salué ses partisans au terme d’une nuit pourtant éprouvante. A 2 heures, du matin, elle envoyait au casse-pipe son directeur de campagne annoncer de possibles contestations devant une salle médusée, pour le désavouer quelques minutes plus tard en catimini et reconnaître sa défaite… Clinton sort de la scène politique par la petite porte…

Clinton emporte aussi avec elle les espoirs que les femmes brisent enfin le plafond de verre.

Le vrai changement eu été qu’après un président noir, l’Amérique élise une femme ! Mais pas Clinton. Quel gâchis !

Gageons que le nouveau Trump fera mentir le Trump qui a séduit l’Amérique !

 

Michel Taube

 

Retrouvez l’analyse vidéo de Harold Hyman

Directeur de la publication