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14H57 - mercredi 2 novembre 2016

COP22, un espoir pour briser la bulle carbone, la tribune de Driss Lamrani

mercredi 2 novembre 2016 - 14H57

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Alors que s’ouvre la conférence de la COP22 à Marrakech, le consensus des commentateurs économiques élude l’initiative de la dé-carbonisation des économies et son impact sur les actifs financiers. Le prix du pétrole frôle les 50$ par baril, le double du point bas atteint mi-février, et défit la surcapacité de production. Les actifs financiers s’agglutinent autour de gestions passives répliquant des indices commerciaux, lourdement pondérés en sociétés énergétiques. Le consensus des conjoncturistes anticipe, pour 2017, la poursuite de la hausse du prix du pétrole, sa traduction en une hausse de l’inflation et le retour de l’économie à son ancien modèle de croissance. La solvabilité des opérateurs de gaz de schiste s’améliore sur les marchés du crédit spéculatif. Ces développements augurent-ils de l’échec des accords internationaux à insuffler une transition environnementale ?

Plusieurs signaux faibles suggèrent, en revanche, que la transition est d’ores et déjà en œuvre. Le fonds souverain norvégien entreprend une rotation de ses investissements vers des actifs moins sensibles aux énergies fossiles. L’Arabie Saoudite prépare l’introduction en bourse de Saudi Aramco, et lance la plus grande émission obligataire réalisée par un pays émergent. Lors de la présentation aux investisseurs potentiels, le gouvernement Saoudien se concentre ses perspectives sur les réformes économiques et sociales et élude de fournir des anticipations du prix du pétrole pour conjurer l’excès de dépendance du modèle économique du pays aux énergies fossiles.

Trois facteurs expliquent ces divergences

Premièrement, les débats économiques sur la transition énergétique sont hypothéqués par les peurs de déflation induites par la dépréciation des investissements en énergies fossiles. Ces craintes sous-tendent que la transition environnementale ne créera pas de prospérité et mettra en péril le système bancaire par les dettes octroyées au secteur énergétique. Les perspectives économiques actuelles sous estiment l’efficience énergétique, induite notamment par les « Smart Grid » (réseau d’électricité intelligent) et l’émergence du transport électrique. D’ores et déjà, la Chine améliore son efficacité énergétique de 2.5% par an. En revanche, le consensus financier se confond à spéculer sur la surévaluation de la croissance chinoise, établie sur la consommation de matières premières ou les importations d’énergies fossiles.

Deuxièmement, les pays producteurs de pétrole promettent de réduire leur production, alors que Daesh et le Niger Delta Avengers augmentent la prime géopolitique. Les fonds spéculatifs, optimistes sur les perspectives futures du prix du pétrole, estiment qu’une guerre longue entre l’Islam sunnite et l’Islam chiite aidera les énergies fossiles à rebondir, dans une crise similaire à celle des années 70. La difficulté du monde musulman à s’unir pour contrer l’obscurantisme renforce les anticipations de ce scénario de schisme. Elle maintient, de plus, la manne financière de Daesh pour soutenir son entreprise barbare.

Enfin, les perspectives de la 4ème révolution industrielle sont assombries par des peurs excessives du totalitarisme et du déclassement des classes moyennes par la disparition d’emplois. Les estimations de l’Université d’Oxford et du Massachusetts Institute of Technology de l’automatisation de 47% à 52% des activités humaines sont détournées pour renforcer le cynisme vis-à-vis de la révolution technologique. Elles accroissent les rangs des démagogues et des mouvements populistes qui promettent le conservatisme pour lutter contre les méfaits des changements. La crainte de l’accroissement de la surveillance par les objets connectés hypothèque les perspectives d’une meilleure utilisation des ressources naturelles et de nouveaux emplois créés par la connexion d’objets à internet.

Le prix du pétrole constitue l’étalon de la réussite des initiatives pour la planète. La baisse du prix du baril reflètera les anticipations de la baisse de consommation de carbone, alors que l’abondance de l’offre est garantie par la découverte de nouveaux gisements pétroliers, la levée des sanctions contre l’Iran et l’avancée des forces armées iraquiennes sur Mossoul pour reprendre les sites pétroliers des mains de Daesh. Le dégonflement de la bulle spéculative pétrolière asphyxiera financièrement les groupuscules terroristes et affaiblira la géopolitique de l’horreur.

La convergence des initiatives technologiques et environnementales présagera la mutation des peurs de déclassement, de déflation ou de décroissance, en un espoir d’une prospérité nouvelle reflet d’une planète et une humanité pacifiées.

Le charivari des commentateurs financiers sur les taux d’intérêts négatifs, les politiques monétaires non conventionnelles et le financement des sociétés technologiques et innovantes éclipse la dé-carbonisation, la révolution technologique et la désintermédiation de l’économie. Il est urgent de rééquilibrer les débats des marchés financiers pour faire de la rotation des actifs le moteur de financement de la transition environnementale.

Driss Lamrani

Ancien directeur adjoint des stratégies d’investissement de GLG Partners, second plus grand Hedge Funds au monde, et actuel Global Strategist de NewAlpha Asset Management. Il s’exprime ici à titre personnel.