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15H02 - vendredi 23 septembre 2016

L’Iran et la France, la possibilité d’un couple dans une ère d’infidélité

vendredi 23 septembre 2016 - 15H02

L’ouverture de la 71ème session de l’Assemblée Générale des Nations-unies à New York amène son lot incontournable de discours de chefs d’État. L’on se concentre sur les discours d’Obama, Netanyahu, l’ambassadeur syrien, le président français, le président iranien, le ministre russe.

Or le contexte international a beaucoup changé depuis un an. Les relations franco-iraniennes aussi. Un rapprochement, en grande partie économique semble être en préparation. Pourtant, l’échiquier diplomatique va la rendre malcommode, parce que trop d’affect inutile y a été déversé par les gouvernants. 

 Visite officielle de M. Hassan Rohani, président de la République islamique d’Iran © Présidence de la République - J. Bonet

Visite officielle de M. Hassan Rohani, président de la République islamique d’Iran © Présidence de la République – J. Bonet

La réouverture partielle du marché iranien marque un nouveau domaine de déploiement de la force commerciale française. Certains contrats ont abouti, et à divers degrés. Peugeot et Citroën avancent bien. Beaucoup reste à faire avant de proclamer la découverte d’un nouvel Eldorado. On est encore loin de l’Inde par exemple : les 36 avions Rafale français viennent d’être vendus à la République indienne, après les ultimes signatures de ce vendredi 23 septembre. Rappelons que les négociations ont été ouvertes sous le gouvernement du parti du Congrès, centre-gauche indienne, et ont survécu à la défaite électorale du Congrès pour aboutir sous le parti BJP, nationaliste hindou. En matière de continuité de l’État, on ne fait pas mieux que la République indienne. 

 

Où ne la coopération Paris-Téhéran ?

Revenons à l’Iran. Le danger terroriste demeure l’un des dossiers les plus lourds du gouvernement français, et le lien entre l’ennemi de l’intérieur sous forme de loups solitaires et l’action terroriste dirigée par Daesh depuis le Levant n’est plus à démontrer. C’est devenu un élément de la relation Paris-Téhéran. Lisons François Hollande, s’adressant à son homologue iranien lors de sa visite officielle en janvier 2016 :

« La France est un pays indépendant qui ne recherche rien pour lui-même, qui ne veut pas établir son influence, qui veut simplement être au service de la paix et qui veut lutter contre le terrorisme.

Le terrorisme nous frappe ici, le terrorisme frappe aussi des pays de la région y compris l’Iran, le terrorisme c’est notre seul ennemi. »

Ainsi toutes les coopérations extérieures sont les bienvenues à Paris, dont celle de la République islamique d’Iran. Cette dernière déploie plusieurs milliers de troupes spéciales de la Brigade al-Quds des Pasdaran en Syrie et secondairement en Irak.

La conversation stratégique entre Paris et Téhéran sur le terrorisme devient donc logique, et s’est déjà amorcée discrètement. Rappelons que le terrorisme djihadiste n’est pas  inconnu sur le sol iranien, et que le gouvernement iranien livre bataille non seulement à Daesh mais aussi, indirectement, en passant par le gouvernement afghan, aux Talibans d’Afghanistan, pays frontalier.


L’exception israélienne 

Le gouvernement israélien, lui, se voit deux ennemis : Daesh et la République islamique d’Iran. Il est pratiquement le seul à mettre les deux entités sur le même plan. La possibilité d’une détente entre gouvernements israélien et iranien n’est donc pas à l’ordre du jour. Rappelons qu’à la tribune de l’ONU cette semaine, le président Rohani a dit ceci d’Israël : «Les Palestiniens opprimés sont toujours affligés par un enchevêtrement de politiques d’apartheid et d’atrocités menées par le régime sioniste usurpateur.» Ce langage hostile à Israël, notons-le, est légèrement moins agressif que celui du précédent président iranien, Mahmoud Ahmadinejad. Mais agressif tout de même.

La politique étrangère française, quant à elle, maintient de bonnes relations avec à la fois Téhéran et Jérusalem (capitale de l’État d’Israël, n’en déplaise aux tenants du langage idéologique). Benyamin Netanyahu, le quasi-inamovible premier ministre israélien, ne peut que se lamenter à la tribune des Nations-unies de la tolérance occidentale envers Téhéran.  Il n’y aura que des Républicains américains à trouver cela intéressant, et aussi les États du Golfe arabo-persique.

Car les affaires sont les affaires : l’Iran est un nouveau marché, et c’est plus important qu’un État dont l’hypothétique menace nucléaire se situe dans un avenir lointain.

Cependant, la France de François Hollande, et avant lui de Nicolas Sarkozy, n’est-elle pas l’amie d’Israël ? François Hollande l’a souvent dit et répété en public, surtout en 2013. Depuis l’accord nucléaire de 2015, il ne le dit plus de manière aussi remarquable ni remarquée. Est-ce volontaire ?


Les amabilités ne suffiront pas à créer un axe Paris-Téhéran

Le président iranien Hassan Rohani est donc venu à Paris en janvier 2016, marquant un pas important dans un dégel saisissant. Un rapprochement franco-iranien n’est donc pas impossible, et le principal frein est sans doute le lien entre Paris et Riyadh ! Le gouvernement iranien n’abhorre presque aucun État autant que le Royaume d’Arabie saoudite. Les contrats déjà en cours, et les investissements de ce royaume et des monarchies avoisinantes sont si convaincants que Paris et Téhéran ne pourront jamais se rapprocher pleinement. La France est déjà mariée au Golfe, en quelque sorte.

La seule issue à ces drames d’infidélité serait de dépassionner complètement les relations extérieures, pour enlever cette ambiance permanente de kermesse joyeuse de festivités, de costumes, de toasts, de cadeaux diplomatiques, et de phrases creuses sur l’amitié entre les peuples. Une dose de pragmatisme froid serait de mise, sauf évidemment avec des peuples qui sont intimement et historiquement liés au nôtre et avec lesquels les brouilles ne peuvent être que passagères et superficielles au pire. Il y a quelques décennies le rayonnement culturel de la France en Iran n’était-il pas considérable ?

La France est une force morale dans le monde, certes. Mais plus prosaïquement, elle est également une puissance, et de fait elle se comporte comme tel, avec élégance parfois, mais avec âpreté souvent. Le genre de phrase que François Hollande prononce devant son homologue iranien ne font donc que desservir notre crédibilité : « La France est un pays indépendant qui ne recherche rien pour lui-même, qui ne veut pas établir son influence, qui veut simplement être au service de la paix et qui veut lutter contre le terrorisme.

Le terrorisme nous frappe ici, le terrorisme frappe aussi des pays de la région y compris l’Iran, le terrorisme c’est notre seul ennemi.» Des phrases grandiloquentes… Or que valent-elles dans l’arène internationale ? En somme, Paris ne peut promettre monts et merveilles à la fois à Riyadh et Téhéran. Il ne faut pas non plus donner l’impression que c’est possible. 

Harold Hyman