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06H55 - mercredi 14 septembre 2016

Fatima Amarir ou l’Argenteuil du vivre ensemble

mercredi 14 septembre 2016 - 06H55

Fière d’être Française, cette élue de la ville d’Argenteuil, engagée à droite, est née au Maroc et porte haut les valeurs et les couleurs de la République française. Portrait de terrain.

Tout commence à l’école de la République ? C’est en tout cas aux abords du collège Eugénie Cotton que nous retrouvons cette élue municipale d’Argenteuil, en charge des relations avec les établissements scolaires et universitaires.

Et c’est une histoire française comme il y en a tant… Née au Maroc, Fatima Amarir arrive en France à l’âge de 4 ans avec sa maman et sa petite sœur d’un an et demi. Toutes trois viennent rejoindre le père de Fatima, déjà installé en France comme employé par un constructeur automobile. Dès ses premiers jours en France, Fatima Amarir vit à Argenteuil, ville qu’elle n’a toujours pas quitté trente ans plus tard, tout comme ses parents et certains de ses frères et sœurs. Cette Argenteuillaise du Val Sud est intarissable sur sa ville.

L’ascenseur social, Fatima Amarir, aînée d’une fratrie de quatre enfants, l’a pratiqué : à l’école publique toute sa scolarité, dans les laboratoires de recherche où elle exerce son métier d’ingénieure chimiste. Quelques années plus tard, la voici donc en charge pour la mairie des liaisons avec les collèges, lycées, enseignement supérieur et privé, Académie et rectorat. Pour Fatima Amarir, la rentrée scolaire est donc une période chargée. Rentrée 2016-2017 placée sous le signe de la sécurité avec la pression des règles de sécurité du plan Vigipirate, mesures renforcées dans les établissements scolaires. Se préparer à affronter un attentat dans un établissement scolaire ? Fatima Amarir a du mal à l’envisager mais toute la communauté scolaire s’y prépare pourtant.

 

 

La laïcité en question ?

Et la laïcité ? Qu’en pense la Française d’Argenteuil ? Pour elle, ce sont surtout les chaînes d’info en continu et les médias qui attisent le feu en cherchant à faire du sensationnel, comme dernièrement avec la polémique sur le burkini. Sujet sur lequel la femme politique n’a pas voulu s’exprimer pour la bonne raison qu’elle considère que là ne sont pas les problèmes.

Retour à l’école : sur les menus de substitution, la question ne se pose pas à Argenteuil puisque les services de la Ville proposent toujours deux menus différents. Encore une fois, pour Fatima Amarir, il s’agit d’un faux débat.

 

Les clés du mieux vivre ensemble

Elle le reconnaît, l’Argenteuil de Fatima Amarir n’est plus tout à fait la même que la ville dans laquelle elle a grandi et dont elle est élue aujourd’hui.

Petite fille, Fatima se souvient de la grande mixité qui régnait dans son quartier. Des Français de souche côtoyaient des Français récemment naturalisés ou des immigrés de la deuxième génération. Si elle se félicite encore de la mixité et du vivre ensemble qui règne à Argenteuil, elle déplore une mixité moins variée et des communautés en voie de ghettoïsation. Peut-être est-ce la raison pour laquelle, selon elle, certains enfants peuvent ne pas se sentir Français.

Retrouver dans chaque quartier, chaque école, chaque immeuble des personnes aux origines différentes pourtant la plupart Françaises : voilà la première clef du vivre-ensemble. Excellent moyen de lutter contre le radicalisme, le communautarisme. « Aujourd’hui j’ai le sentiment qu’on veut nous distiller l’idée, normale, d’une guerre civile qui s’installerait et nous restons spectateurs sans réagir », dit-elle pour expliquer que « nous n’avons pas su tirer la sonnette d’alarme. » Pour changer les choses aujourd’hui, « nous avons encore plus de travail et nous devons mettre le paquet sur la jeune génération pour lui donner les moyens de ne pas vivre ce que nous voyons poindre actuellement », ajoute-t-elle.

Autre clé du vivre ensemble : dans son quartier, le Val sud, la mixité est aussi sociale avec 50% de locataires et 50% de propriétaires pour une population pourtant jeune. Fatima insiste : « certains jeunes ont l’impression que le pays ne fait rien pour eux. Il faut redonner un amour du pays, c’est un gros travail sur le terrain ».

Troisième clé de ce savoir vivre ensemble : le tissu associatif argenteuillais, très dynamique, qui permet un brassage culturel et la découverte des cultures.

Tout en insistant sur le rôle des parents, Fatima Amarir est maman d’une petite fille qui vient d’entrer en 6ème dans le même collège qu’elle en son temps. Pour sa fille aussi, Fatima Amarir croit encore à la méritocratie républicaine ! Dont acte…

 

Stéphanie Petit

Journaliste