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07H02 - lundi 12 septembre 2016

L’Ukraine et l’Europe centrale : où va Viktor Orban ?

lundi 12 septembre 2016 - 07H02

L’«Economic Forum» de l’Institut polonais sur l’Europe de l’Est, événement qui a lieu chaque année dans la station de loisirs de Krynica Zdrój dans les Carpates polonaises, est un excellent endroit pour observer la tendance générale, diplomatique comme économique, de l’Europe centrale et occidentale. Harold Hyman y a couvert le Forum pour Opinion Internationale et nous rapporte son point d’orgue : le discours du Viktor Orban, Premier ministre de Hongrie. 

Vicktor Orban – Crédit photo : DR

L’Union européenne va-t-elle se scinder en deux blocs géographiques et idéologiques : voilà la question qui, sans qu’on la nomme ainsi, a été débattue lors de l’«Economic Forum 2016». En effet, la Pologne, la Hongrie, la Slovaquie, et même à un certain degré la République tchèque, ont des gouvernements eurosceptiques. Non pas qu’ils cherchent à quitter l’UE, système qui leur a valu tant d’avantages, mais parce qu’ils voudraient que l’Union puisse fermer les portes aux réfugiés vus comme un pur et simple danger à la civilisation occidentale !

Au cours des trois jours de conférence, des intervenants multiples, gouvernementaux comme para-gouvernementaux voire indépendants, ont été nombreux à répéter la force de la civilisation chrétienne de l’Occident. En Pologne, ce sentiment est fort, surtout dans le parti qui détient à la fois la présidence et la primature, Loi et Justice. En Hongrie, sous le président Viktor Orban l’homme terrible de Bruxelles  le parti Fidesz est quant à lui déjà connu pour son particularisme très fort sur les questions nationales et souveraines. Orban est surtout connu pour son parler direct : il fustige les Roms, la politique bruxelloise vis-à-vis de Vladimir Poutine, et dernièrement l’admission de réfugiés sur le sol de l’Union. Il a fait une intervention remarquée à Krynica Zdrój, dont voici quelques extraits saillants :

«L’UE est actuellement riche et faible, la pire des combinaisons. … Principalement, les migrants ne viennent pas en Europe à cause de la guerre, mais à cause du niveau de vie européen.

Il n’y a pas de nation européenne ; l‘identité européenne est faible.

Seules les nations aux identités fortes ont des chances de succès.

Le « rêve européen » d’il y a vingt ans n’est plus. En Europe de l’Ouest, les jeunes ne croient plus qu’avec un bon diplôme et une aptitude au travail ils vont réussir.

C’est en Europe centrale que réside aujourd’hui le rêve européen.

Les migrants arrivent avec une identité plus forte que celle des Européens, par conséquent le multi-culturalisme va conduire à l’isolement des nouveaux arrivants qui n’auront pas de raison de s’assimiler à des identités culturelles faibles.»

De son côté, le Premier ministre polonais, Madame Beata Szydlo a, quant à elle, souligné la nécessité d’un patriotisme économique pour la Pologne. Mais plus que cela, elle s’est occupée de l’Ukraine. Chacun connaît la proximité actuelle entre les deux capitales, Varsovie et Kiev. Une certaine nostalgie historique existe entre ces deux États, même si leur passé est plus une affaire d’amour-haine que de pur amour. Toujours est-il que le gouvernement polonais soutient entièrement ce que nous appellerons la désoviétisation de l’Ukraine, mot employé plaisamment par des Ukrainiens. Madame Szydlo a rappelé que l’UE devait proposer une perspective d’adhésion à la République d’Ukraine.

C’est sur le point épineux de l’Ukraine qu’Orban et Szydlo ne coïncident pas. Or l’on dira que Madame Szydlo a ramené Orban à une meilleure acceptation de la cause ukrainienne. Elle a couronné ce recentrage en décernant le prix de l’Homme de l’année 2016 de l’Economic Forum à ce même  Orban ! Sur quoi, le récipiendaire assura qu’il fallait que l’UE fasse un peu d’ordre chez elle avant de pouvoir efficacement aider l’Ukraine. Et d’ajouter : «Pour le moment, les États-Unis et la Russie comptaient davantage dans le dossier ukrainien que l’UE».

Les paroles d’Orban laissent donc présager un recentrage vers Kiev en compagnie des autres centre-européens (Pologne, Hongrie, République tchèque, Slovaquie, regroupés dans le Groupe de Visegrad), en échange d’une raffermissement de l’esprit de Visegrad. En gros, les Centre-Européens deviendront plus nationalistes mais en même temps ils aideront davantage l’Ukraine. Ce qui revient à dire que les Ouest-Européens n’auront qu’à suivre l’exemple, à moins qu’ils ne se redécouvrent une virilité sur l’Ukraine et sur la question des migrants.

L’évolution vers le nationalisme que l’on constate aussi en Europe de l’Ouest risque de donner quelque réalité à l’initiative des États de Visegrad.

 

Harold Hyman