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09H50 - mardi 30 août 2016

Leçon de Michel Rocard… Choses vues de Francis Massé

mardi 30 août 2016 - 09H50
Massé

Francis Massé – Crédit photo : DR

Les attentats terroristes de ces derniers mois provoquent légitimement de la peur et de la sidération. Ces émotions publiques sont compréhensibles. Sans qu’ils faillent les en rapprocher, d’autres événements tragiques secouent la vie quotidienne de nos concitoyens, tels les accidents du travail ou de transport, les pandémies, des désastres écologiques ou sanitaires, les maladies professionnelles. 

Nous avons de plus en plus l’habitude de sur-réagir à ces événements immédiats qui se manifestent dans notre environnement en fonction du degré d’émotion légitime qu’ils suscitent.

Beaucoup ont dénoncé cette tyrannie de l’urgence qui, souvent enclenchée par nos affects, eux-mêmes relayés ou entretenus par les médias, dont certains sont clairement en quête exclusive de l’audimat, nous fait prendre des décisions hâtives ou pousse à les faire prendre par les pouvoirs publics. 

Michel Rocard, disparu le 2 juillet dernier, dont il faut saluer la mémoire et l’homme d’Etat réformateur qu’il fut, dénonçait souvent cette tentation de trop grande faiblesse vis-à-vis de l’opinion publique. 

C’est pourquoi d’ailleurs, il développait entre autres deux idées complémentaires à mes yeux.

La première est la nécessité absolue de la compréhension du monde dans lequel nous vivons et de sa complexité inhérente. La seconde idée consiste pour l’homme du « parler vrai » à ne pas toujours annoncer la stratégie du dirigeant, évitant ainsi la montée trop précoce des résistances bloquant toute possibilité de réforme.

 

Eveiller

Pour appliquer la première, il est indispensable pour une société politique de développer tous les moyens d’éduquer et d’informer les populations. L’éducation, l’université, les médias ont et devraient encore amplifier cette ardente obligation. A l’heure où la force de frappe technique et numérique des moyens d’information, de formation et de communication est de plus en plus puissante, les contenus et les savoirs doivent être à la hauteur des enjeux.

Lutter contre la montée de l’inculture, de l’intolérance et de la violence n’est-elle pas aujourd’hui l’une des tâches essentielles ? Mieux comprendre les civilisations et la diversité des cultures participe de cette priorité. Souvenons-nous du discours de Jacques Chirac lors de l’inauguration du musée du Quai Branly. Ce dernier porte désormais son nom et ce n’est que justice. Les profondes transformations en cours dans nos sociétés comme à l’échelle planétaire, supposent un effort d’intelligence et de compréhension. 

Les réponses en termes de politiques publiques ne seront efficaces que si management et stratégie jouent de concert. Les résultats seront mesurables en termes notamment de taux de scolarisation dans nos villes, nos banlieues et nos campagnes, de logement et d’emploi, d’efficacité de nos services publics de proximité y compris justice et police.

 

Anticiper

Pour rendre la seconde possible, l’anticipation s’impose. Elle implique une gestion du temps adaptée. Agir dans la durée et la cohérence rend par conséquent nécessaire la stabilité des acteurs. Trop d’exemples d’hypermobilité de responsables d’institutions montrent le peu de souci accordé à la continuité de l’action. 

Une approche globale et intégrée s’impose pour développer un ensemble cohérent de solutions pratiques, qui ne peut bien s’exprimer que par des coopérations inter services et par des stratégies conçues entre ces services publics et les citoyens. 

Notre époque redécouvre la survie c’est à dire les risques et les menaces de toutes origines. A certains égards, tant mieux ! Désormais nous nous devons d’organiser avec pragmatisme les conditions de réussite d’une action publique efficace. 

Partons d’une analyse réaliste non pour nous y enfermer mais pour parfaire notre stratégie réformatrice. 

Le seul fait de mesurer les menaces et d ‘anticiper les risques, loin de nous replier sur une vision pessimiste des situations, nous permet au contraire de mieux maîtriser et réussir les actions à mener. Il existe donc une opportunité sociale et politique dans ce climat lourd de dangers de toutes sortes pour revisiter l’action collective et refonder nos principes de vie en société. 

La condition pour saisir cette opportunité réside dans le développement permanent de notre lucidité. Trop de simplisme et de filtres idéologiques nous empêchent en effet de voir véritablement les faits – et surtout leurs racines profondes et leurs origines lointaines – et d’agir à bon escient.

Mais comme d’aucuns le soulignent, il est nécessaire, répétons-le, d’allier les forces issues de la société civile qui ne s’épanouissent que dans la République et la démocratie, avec celles de l’Etat. 

A l’Etat en effet de renforcer la cohérence de l’action publique et la perspicacité de ses décisions. Aux autres collectivités publiques et aux leaders politiques locaux agissant en responsabilité, en lien avec les citoyens, de faire leur part. 

 

Francis Massé

Francis Massé est énarque. Ancien auditeur de l’IHEDN et du Cycle des hautes études européennes (CHEE), il a mené parallèlement à ses activités professionnelles au service de l’Etat et du secteur public un travail d’écriture et de réflexion sur la réforme de l’Etat et du management public.
Successivement conseiller technique dans divers ministères, transport et mer, ville et aménagement du territoire puis fonction publique et réforme de l’Etat, il a été notamment DRH puis secrétaire général de la DGAC après des fonctions de DG délégué à RFI et de DGA au ministère de l’Ecologie.
A côté de ses responsabilités managériales, il a été membre de divers think tank (optimisation du contrat social, villes numériques) ; il est actuellement Secrétaire général du Cercle de la réforme de l’Etat.
Ses divers essais, le silence politique (2000), le citoyen, clé de l’Europe (2004), Refonder le politique (2011 réédité 2015), Aux frontières du management (2015) contribuent à la réflexion collective sur la nécessité de réformer l’Etat et sa relation a la société.
Il a créé en 2013 la société MDN pour exploiter ses œuvres littéraires.