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09H17 - mardi 30 août 2016

Fiers d’être Français : entretien avec Hayette Hamidi, présidente de « France fière »

 

Dans le cadre de la série consacrée aux primaires de la droite et de la gauche, Opinion Internationale a interrogé Hayette Hamidi, avocate de formation, présidente du think tank France Fière et secrétaire nationale du parti Les Républicains, en charge de l’engagement citoyen.

Hayette Hamidi - Crédit photo : DR

Hayette Hamidi – Crédit photo : DR

Votre think tank s’appelle « France Fière » : fier(e)s de quoi ?

« Fier » est un terme qui revient très souvent dans nos quartiers dits « populaires » : les habitants sont fiers de leur quartier, face aux autres, fiers de leur département ou de leur région face aux autres identités régionales et fiers d’avoir un passeport français à l’étranger. Toutefois, certains jeunes que nous rencontrons avouent ne pas se sentir complètement Français, parfois même contrairement au sentiment de leurs parents. Pourtant, il est crucial pour nous qu’ils se sentent chez eux et fiers d’être Français, afin qu’ils puissent pleinement s’épanouir et donner le meilleur d’eux-mêmes à leur pays.

France Fière a également un double sens : nous sommes fiers d’être Français, tout comme la France doit être fière de tous ses enfants qui sont le fruit de son Histoire.

France Fière est-il le think tank de la « beurgeoisie » de droite ?

C’est tout l’inverse. Si être bourgeois consiste à fuir et oublier le quartier populaire dont on est issu quand on a réussi professionnellement, alors les membres de notre think tank représentent bien le contraire. Car nous y restons pour continuer à trouver des solutions innovantes pour résoudre les différentes problématiques qui les traversent depuis des décennies. Je suis une enfant de la Seine-Saint-Denis : j’y suis née, j’y ai grandi, j’y vis toujours et j’y suis maintenant élue. Nos membres sont issus des territoires de toute la France et nous ressentons une vraie responsabilité qui nous oblige à consacrer notre temps et notre énergie, avec toutes les bonnes volontés qui le souhaitent, pour aider ceux qui, peut-être, ont subi plus de difficultés que nous dans ces quartiers. 

Nous organisons des événements festifs et ludiques autour de nos thématiques : après la réussite de notre première édition, en Essonne, dans le quartier de la « Grande Borne » à Grigny, sur le thème de « La culture au service de l’identité », cette année, c’est dans le 93 que nous organiserons en octobre notre deuxième édition de la 3F, la Fête de la Fierté Française. 

Par ailleurs, les membres de France Fière ne sont pas tous issus de l’immigration : de nombreux acteurs nous rejoignent car ils se rendent compte que ces quartiers ont été oubliés et marginalisés pendant plus de trente ans. Si nous ne créons pas des ponts entre les Français, cette marginalisation va s’accentuer sans pouvoir inverser la tendance, avec des résultats dramatiques. C’est aussi la vocation de France Fière.

Vous êtes juppéiste ou sarkoziste : identité heureuse ou identité à la Sarkozy ?

Je tiens à préciser que, France Fière est un think tank complètement libre et indépendant dans ses idées et n’est affilié à aucune logique partisane. Notre devise, c’est « patriote, libéral et laïc ». Nous avons aussi des membres de gauche ou non encartés.

Mais pour répondre à votre question, je vous répondrai les deux : je pense sincèrement, au fond, que chacun d’eux souhaite défendre l’idée d’une identité française où chaque individu, quel qu’il soit, puisse apporter une contribution positive à la destinée de notre pays, tout en respectant nos valeurs fondamentales. L’identité française est une identité à la fois heureuse et forte par essence même si elle traverse aujourd’hui, dans un contexte national et international très dur, de fortes turbulences.

La question de fond est : qu’est-ce l’identité française ? Or, les Français puisent d’abord leur identité dans l’histoire de la France. Il est essentiel d’enseigner et de rappeler sans cesse que l’histoire de France commence avec Clovis 1er et s’est enrichie au fur et à mesure notamment avec Les Lumières ayant donné naissance à la Révolution Française. L’identité française, contrairement par exemple à nos amis d’Amérique du nord qui ont une identité récente, s’est développée et construite sur des racines bien présentes et anciennes. 

L’identité française, c’est une richesse, fruit d’un long développement. Elle est le fruit de notre histoire qui n’a pas toujours été facile, mais qui est aussi une des plus rayonnantes et enviées dans le monde. C’est tout cela qu’il nous faut bien comprendre pour appréhender les enjeux et parfois les crispations contemporaines. Étudier et apprendre l’histoire, c’est donc fondamental.

Longtemps, notre pays a été la fille aînée de l’Eglise et cela explique pourquoi en France les villes et villages sont généralement construits autour d’une église, pourquoi beaucoup de jours fériés sont catholiques ou pourquoi chaque jour de notre calendrier fête un saint : cela transmet des repères aux jeunes générations de façon sereine.

Au lieu de cela, trop souvent dans les écoles des quartiers populaires aux moyens les plus faibles de la République, on a enseigné une France hors sol, comme si la France laïque du XXIème siècle continuait d’écrire son roman sur une page blanche.

Il faut bien être en mesure de comprendre qu’en dépit des évolutions et des concepts politiques de notre démocratie, il existe bien un peuple de France avec sa culture et ses aspirations. Nier ou en faire fi amène indéniablement à des impasses.

Est-ce pour autant nécessaire d’en appeler à ce que les mosquées de France ne soient pas plus hautes que les églises de France, comme l’a fait Nicolas Sarkozy il y a quelques mois dans Valeurs actuelles ?

Le vivre-ensemble s’inscrit dans une harmonie architecturale et culturelle donnée qui s’appelle la France. Les églises de France font partie de la culture française au-delà de la religion catholique. Quand de nouveaux bâtiments, des mosquées ou des temples mormons sortent de terre parce qu’un nouveau besoin de pratiques cultuelles fait son apparition, ils doivent trouver leur place dans notre pays en toute harmonie. Les choses doivent se faire en bonne intelligence dans un cadre construit de très longue date. Je ne suis donc pas choquée par cette recommandation.

Quel est le curseur de rigidité, d’intangibilité au principe de laïcité que vous prônez : par exemple, pensez-vous que le burkini soit une question d’ordre public, pour reprendre les termes récents de François Baroin ?

Cette polémique est exactement le symptôme des fluctuations décrites précédemment. La laïcité est née des idées ayant accompagné la Révolution française. Elle n’y est pas clairement définie contrairement à ce que l’on pense. D’ailleurs, lors de notre colloque de mai dernier, nous avons eu des échanges riches autour de cette valeur fondamentale de notre pays. Nous publierons d’ailleurs les actes de ce colloque en octobre, dans lesquels nous expliquons précisément ce qu’est l’esprit de la laïcité à notre sens.

Pour revenir sur cette polémique dite du « burkini », je rappelle que la laïcité n’est pas concernée par ce sujet. D’ailleurs, les maires ayant pris ces arrêtés invoquent juridiquement la notion d’ordre public. Le problème est qu’en droit, l’ordre public est l’une des notions les moins bien définies car celle-ci est contextuelle : il s’agit de préserver un ordre en fonction d’une situation, d’une localité, d’une actualité particulières.

Cette polémique fait donc rejaillir un vieux débat juridique sur l’équilibre entre libertés individuelles et ordre public. En l’occurrence, le Conseil d’Etat a d’ailleurs tranché pour la liberté individuelle, considérant que le risque de trouble à l’ordre public n’était pas caractérisé.

Les maires qui sont en première ligne doivent être accompagnés dans cette réflexion, car cela ne doit pas nous amener à des situations d’humiliation de femmes qui ne feraient qu’alimenter les marchands de haine. Il faut discourir et agir de façon responsable. A défaut, nous aurons de plus en plus une marginalisation grandissante et dangereuse pour la cohésion nationale de notre pays.

Je me battrai avec force pour sortir de ce cercle vicieux.

Pour des paradis fiscaux dans les quartiers

Vous êtes une élue locale du Blanc-Mesnil, vous y avez créé une police municipale. Quel est, à l’aune de cette expérience concrète, le rapport entre liberté et sécurité ?

Les mamans et les jeunes filles que je rencontre se sentent plus libres de sortir un peu plus tard ou d’aller faire leurs courses, rassurés par la présence policière. Le taux de cambriolage a enregistré une forte baisse et, en retirant plus de 800 épaves depuis deux ans, nous avons permis de faciliter la vie quotidienne des habitants en libérant des places de stationnement. Jusque là, la police nationale, débordée, ne pouvait pas s’occuper de toutes ces incivilités et de ces actes de petite délinquance.

Mais il y a le revers de la médaille, que l’on peut observer dans de nombres communes françaises : plus nous mettons en place des actions locales pour la sécurité et contre la petite délinquance, en créant des postes de policiers municipaux, plus l’Etat se désengage de sa prérogative nationale qu’est la sécurité des Français et en profite pour réduire les effectifs de la police nationale. C’est une vraie problématique et c’est dangereux sur le long terme.

La France entre en période électorale. S’il y a une mesure que vous attendez du prochain président de la République pour réparer l’ascenseur social, laquelle proposez-vous ?

France Fière ne s’intéresse pas uniquement à l’identité mais aussi à l’émancipation économique. L’accès à la création d’entreprise doit être simplifié : dans les quartiers populaires, il y a des énergies extraordinaires contrées par des discriminations ou des freins administratifs, fiscaux et culturels extrêmement importants. Si en Seine Saint-Denis de nombreuses entreprises se créent, un trop grand nombre sont défaillantes au bout de quelques mois. Notre proposition est radicale : créer des paradis fiscaux dans les quartiers pour y booster les créations d’entreprises et faciliter leur pérennité, quitte à créer des effets d’aubaine et à faire un peu crier des fonctionnaires européens qui brident déjà trop les dispositifs « Zones franches ».

Nous ne croyons pas au clientélisme idéologique mis en place depuis plus de 30 ans. Seule la responsabilisation individuelle et le développement économique de ces territoires apporteront un épanouissement et une fierté à ces citoyens français que l’on oublie trop souvent.

Propos recueillis par Michel Taube

Directeur de la publication

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