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10H10 - vendredi 26 août 2016

Spéciale primaires, Ndeye Fatou Kébé : « mon choix, c’est Alain Juppé »

vendredi 26 août 2016 - 10H10

Opinion Internationale couvre les primaires de la droite et de la gauche, en donnant notamment la parole à des militants engagés. Aujourd’hui, Ndeye Fatou Kébé, soutien d’Alain Juppé.

Ndeye Fatou Kébé

Ndeye Fatou Kébé

Vous avez été élue de St-Ouen (93) sous la précédente mandature qui était à gauche et vous y présidez aujourd’hui un comité de soutien à Alain Juppé. Une élue de gauche à la tête d’un comité de soutien à Alain Juppé, n’est-ce pas contradictoire ?

Non. Je ne suis pas membre des Républicains, ni d’aucun autre parti à ce jour. J’ai été conseillère municipale à Saint-Ouen dans une municipalité de gauche que j’ai quittée car je ne me reconnaissais plus dans les valeurs qui étaient concrètement défendues (ou plutôt ignorées) sur le terrain. Je suis une déçue de la gauche, non pas seulement de Hollande mais d’une politique des territoires qui a beaucoup déçu.

Aujourd’hui, mon engagement auprès d’Alain Juppé est averti. Et si, comme moi, des personnes venues de la gauche rejoignent Juppé, c’est parce que ce dernier rassemble, comme on est en droit de l’attendre du prochain président de la République.

 

Pourquoi Alain Juppé parmi tous les candidats à la primaire de la droite ?

Il est la personnalité à droite, au sein des Républicains, qui répond le mieux, aujourd’hui, à ma vision de la France, à mes valeurs et la personne en laquelle je m’identifie le mieux. C’est une personnalité modérée, rigoureuse avec un projet pour la France qui rassemble.

Alain Juppé, ne surfe pas sur les lignes de l’extrême droite contrairement à Nicolas Sarkozy ou François Fillon. Au lendemain des attentats, Alain Juppé a été en mesure de faire des propositions sur la sécurité qui ne mettent pas dos à dos les populations. Juppé fait notamment clairement la distinction entre le terrorisme et l’islam. Il refuse la démagogie et s’il est en tête des sondages, c’est parce que c’est ce qu’attendent aujourd’hui les Français. C’est extrêmement important surtout pour une personne issue des minorités visibles de confession musulmane. J’ai besoin d’être rassurée quant à la personne qui va nous diriger.

Par ailleurs, son programme économique est très fort. Les économies publiques qui vont être réalisées sont très importantes. Juppé a fait ses preuves : je connais bien Bordeaux, grâce à lui notamment “la Belle endormie” s’est largement réveillée! Les projets mis en oeuvre à Bordeaux sont exceptionnels. S’il les développe à l’échelle de la France, il sera un excellent président de la République.

 

Que pensez-vous des critiques de plusieurs soutiens de Sarkozy contre le concept juppéiste d’identité heureuse ?

Ces personnes jouent avec l’identité française. Aujourd’hui Nicolas Sarkozy fait la guerre au multiculturalisme, ce qui revient à ne pas accepter la France dans sa diversité. L’identité heureuse, c’est donner une place à chacun dans la république : les valeurs doivent être intégrées, acceptées et sans exclusion. On ne peut pas fermer la porte aux minorités. En tant que Française, noire, musulmane, j’ai besoin de pouvoir vivre en France avec mes valeurs et celles de la République. A mon sens, Alain Juppé est le seul qui donne une place à chaque Français en lui évitant de devoir se justifier.

 

Que pensez-vous de l’entrée en campagne de Nicolas Sarkozy ?

Il n’était pas déjà en campagne depuis des mois ?

 

Alain Juppé n’est-il pas le Balladur de 2016 ? Très haut dans les sondages, ne risque-t-il pas de se faire dépasser par son challenger dès la bataille engagée ?

Non, j’ai confiance en mon candidat, en ses capacités. Nous sommes tous mobilisées autour de lui pour sa victoire. Je crois en ses idées. Bien que Nicolas Sarkozy ait toutes les capacités à revenir sur le terrain médiatique de manière très virulente, je ne crois pas qu’il réponde encore aux attentes de la majorité des Français aujourd’hui. Sarkozy divise, Juppé rassemble. Les Français ne sont pas dupes.

 

La France va mal. Prendre des anciens (un ancien premier ministre, un ancien président de la République) et recommencer, n’est-ce pas un autre symptôme du mal français ?

Chacun d’entre nous a besoin de repères, de pouvoir mettre un nom, une compétence, une expérience sur un visage en ayant le sentiment de le connaître. Souvent les gens veulent du renouveau, des nouveaux visages, de la jeunesse, et lorsque l’échéance fatidique arrive, finalement, ce n’est pas le renouveau qui l’emporte mais l’expérience. Pour une élection comme la présidentielle, on a besoin d’être rassuré, on a besoin d’expérience. La France a besoin de sages parmi ses leaders.

 

Pensez-vous comme François Baroin que le burkini est une question d’ordre public ?

Tout à fait.  J’ai pu voir des burkinis récemment pendant mes vacances. A titre personnel, je suis choquée car ce n’est pas une tenue appropriée à la plage ni même, et c’est une musulmane pratiquante et créatrice de mode qui vous le dit !, à la pratique de l’islam : lors de la sortie de l’eau, le burkini est ultra moulant ! Alors pourquoi le portent-elles ? Pour moi, le port de ce vêtement devrait être interdit tout comme d’autres tenues de ce genre. Je n’aime pas voir une femme entièrement voilée, à plus forte raison à la plage, lieu de liberté et de détente. Au vu du contexte dans lequel nous vivons, je pense que nous devons prendre certaines mesures. J’approuve les décrets municipaux et j’aimerais les voir appliqués partout.

Propos recueillis par Michel Taube

Directeur de la publication