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09H15 - vendredi 26 août 2016

Alexis Tsipras empêchera-t-il la Grèce de sortir du rouge ?

vendredi 26 août 2016 - 09H15

Un an après la validation par l’Eurogroupe d’un troisième plan d’aide à la Grèce, la crise dans le pays reste aujourd’hui toujours d’actualité. La situation économique ne s’améliore pas, fragilisée par un gouvernement si difficile à suivre qu’il refroidit les investisseurs étrangers.

Alexis Tsipras - Crédit photo : en.kremlin.ru

Alexis Tsipras – Crédit photo : en.kremlin.ru

 

Une dette encore insurmontable

En janvier 2015, Alexis Tsipras a remporté les élections législatives en Grèce, fort d’un discours anti-austérité qui a su séduire le peuple victime d’une crise économique majeure. Depuis la victoire au pouvoir de SYRIZA, les fidèles du parti n’ont eu de cesse que de déchanter face à un gouvernement incapable de mettre ses promesses à exécution, obligé de suivre les directives des créanciers pour espérer un jour sortir du rouge.

Le 13 juillet 2015, à peine six mois après son arrivée au pouvoir, Tsipras a été contraint d’abdiquer face à la réalité et a signé un accord avec l’UE permettant au pays d’éviter de justesse la faillite et de conserver sa place au sein de la zone euro. Un prêt de 86 milliards a alors été consenti sur trois ans, à condition qu’Athènes accepte de nouvelles mesures d’austérité répondant ainsi aux exigences de ses créanciers.

De quoi faire grincer le peuple grec, pris à la gorge par une dette qui ne cesse de les étrangler. Depuis le début de la crise, la Grèce a vu plus de 250 000 magasins et entreprises mettre la clé sous la porte et un million de personnes ont perdu leur emploi. Aujourd’hui, le chômage pointe à 25 % et 427 000 Grecs ont fui le pays depuis 2008, des jeunes en majorité, partis à l’étranger dans l’espoir de trouver un travail.

Le temps que Tsipras revienne de ses idéaux, la misère a continué de s’installer dans le pays. Désormais, les personnes qui ont la chance d’avoir un emploi doivent subir des mois de retard dans le règlement de leur salaire. Les entreprises, même les plus importantes, sont nombreuses à opter pour une mise en faillite pour réduire les pertes.

C’est notamment le cas de l’hôtel de luxe Ledra, un établissement de 150 employés situé à Athènes qui a récemment annoncé sa fermeture malgré un taux de remplissage de 80 %. La société de sécurité Pyrsos a également été liquidée début juin, laissant ses 800 employés au chômage.

Si ces exemples traduisent bien un climat mortifère pour les entreprises, la potentielle mise en faillite de la chaine de supermarchés Marinopoulos pourrait donner le coup de grâce. Le groupe a une dette qui s’élève à 1,324 milliard d’euros et vient d’être placé en procédure de sauvegarde. 12 500 emplois sont en jeu et l’ancienne franchise grecque de Carrefour a désormais un mois pour proposer un plan de restructuration afin d’éviter la catastrophe.

 

La question de la privatisation des biens publics

Face à cette crise, Tsipras a tendance à adopter un comportement ambigu qui déroute à la fois les Grecs et les partenaires du pays, les potentiels comme les plus établis. Le Premier ministre ne cesse en effet de faire des allers-retours entre ses positions initiales anti-austérité, grâce auxquelles il a été élu, et la mise en application des mesures dictées par les créanciers.

Si la vague des réformes entendues dans le dernier plan de relance prévoit notamment la mise en place de nouvelles restrictions budgétaires et une réorganisation du système social grec, le pays s’est également engagé à lancer un vaste programme de privatisations qui permettra de recapitaliser les banques et de rembourser une partie de la dette.

Le programme a débuté en août 2015 avec la vente de 14 aéroports nationaux au consortium allemand Fraport-Slentel pour la somme d’1,23 milliard d’euros. Cette opération était alors comme un signal positif en direction des marchés financiers et appelait à mettre en confiance les investisseurs étrangers qui représentent aujourd’hui une manne financière dont la Grèce ne peut se passer.

Pourtant, après cet épisode qui devait en annoncer beaucoup d’autres, Tsipras a commencé à freiner sur sa lancée et à retarder les projets, notamment ceux concernant la privatisation de certains pans de son industrie navale. Le Premier ministre semble difficilement lâcher du leste et pense encore pouvoir relancer le secteur public grâce à l’économie nationale. Une attitude illisible pour les investisseurs étrangers qui ne se sentent pas les bienvenus et deviennent désormais réticents à rentrer en affaire avec le gouvernement.

Cette mauvaise volonté de Tsipras à jouer les bons élèves et à faire le nécessaire pour sortir le pays de la crise prive le pays de nouvelles sources de capitaux, désormais essentielles pour que la Grèce puisse espérer avoir des jours meilleurs.

L’inertie Tspiras a notamment ralenti la vente du port de Pirée à l’armateur chinois Cosco Shipping Corporation, une opération finalement conclue le 8 avril dernier après des mois de pression de la part des créanciers pour que les négociations avancent et se confirment. Des mois qui auront également vu la transaction perdre de sa valeur entre l’offre initiale et le prix de vente final. 

L’opération bouclée, Tspiras est désormais enclin à poursuivre le plan de privatisation, quitte à amorcer maintenant des projets sur lesquels il n’a aucune marge de manœuvre. Le gouvernement Tspiras a ainsi annoncé vouloir regrouper les trois principaux chantiers navals du pays, Elefsis, Neorion et Skaramangas, pour les vendre. Seul hic au tableau et non des moindres, l’État ne possède pas le chantier de Skaramangas.

La façon qu’a Tsipras de faire du « business » à de quoi décontenancer les investisseurs étrangers, difficilement mis en confiance par des décisions prises sous la contrainte ou adoptées sans tenir compte de leur faisabilité. Au lieu de préparer un terrain favorable à l’arrivée de nouveaux investisseurs dans le pays, Tspiras le savonne à coups de dérobade et de positions floues. Le pays ne peut pourtant pas se permettre de glisser davantage au risque de se casser davantage la figure.

 

Antoine Vesselovski

Auditeur risques à l’international, franco-russe, Antoine conseille depuis de nombreuses années les entreprises désireuses de s’implanter hors de leurs frontières, en leur livrant notamment un diagnostic complet sur la culture des affaires des pays dans lesquels elles souhaitent s’implanter.