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14H40 - lundi 25 juillet 2016

L’investiture du candidat Trump par son parti : lisse et presque sans anicroche

lundi 25 juillet 2016 - 14H40

La convention républicaine vient de se dérouler harmonieusement, du 18 au 22 juillet, à Cleveland dans l’Ohio. C’est un accomplissement. Les prédictions étaient pessimistes: les déçus des primaires se seraient constitués en groupe tapageur et vindicatif, tant dans la grande salle de conférences que dans les rues avoisinantes. C’est sans doute cela la magie de Trump: il a réussi à la convention à faire une espèce d’unanimité autour de lui-même, les Républicains ne peuvent exister sans lui. L’art oratoire de Trump, qui est considérable, semble avoir marché pour créer une bonne ambiance. Les Démocrates sont pratiquement des clowns à ses yeux. 

Donad Trump - Crédit photo : Michael Vadon - Wikimedia Commons

Donald Trump – Crédit photo : Michael Vadon – Wikimedia Commons

 

Son épouse et ses enfants ont pris la parole. Des partisans haut en couleur mais généralement peu connus, sont montés sur l’estrade pour recommander le milliardaire. Les évangéliques se sont tus dans l’ensemble, et les républicains modérés se sont fait tout petits. Le Tea Party est à son aise avec Trump. La salle est un océan de têtes blanches avec quelques points noirs ou jaunes ici ou là. L’attraction de l’homme blanc ordinaire à cette campagne est évidente. 

 

 

Le geste audacieux de Ted Cruz, note discordante face à la rhétorique de Trump

La seule personne qui a brisé l’unanimité était Ted Cruz, le candidat malheureux des primaires. 

L’affaire Ted Cruz est à ce titre significative: il reprocha, à la tribune de la convention, à Trump d’avoir dénigrer son épouse et son père, quelque chose qu’il n’allait jamais pardonné. Par conséquent, Cruz a ajouté, il ne soutiendrait pas Trump mais ne voterait pas Clinton. Cruz fut hué, mais l’avenir confirmera qu’il s’est constitué un crédit pour les élections à venir. 

Cependant, la tonalité Trump est bien présente, et voici comment elle fonctionne.Dans ses discours publics, il avance des arguments rhétoriques et polémiques, sans trop descendre au niveau du caniveau. Hors discours publics, Trump ou ses très proches disséminent les insinuations sur tous, et jouent sur les mots.

 

La véracité de ses dires n’est que toute relative: le tueur germano-iranien du vendredi 22 juillet à Munich est lui aussi un terroriste de l’extrémisme  radical islamique, affirme Trump. Or dès le début, la police a précisé que rien, absolument, ne liait David Ali Sonboly au jihadisme. Ce genre de détails n’arrête pas Donald Trump, qui a raconté comment des immigrés illégaux avaient tué trois personnes, dont l’un avec un nom hispanique et l’autre avec un prénom islamique (Jamil). Il faudra attendre les investigations des fact-checkers pour savoir de quoi parlait Trump. 

 

Censure implicite de la presse

Autre particularité de la campagne: Trump n’invite que la presse qui l’intéresse, faisant un tri d’une magnitude encore jamais égalée. De nombreux journaux de l’Ohio ont été écartés. Le marketing triomphe: tel journal ne m’aime point, et ses reporters pourraient poser des questions gênantes, alors pas d’accès. Je sais que c’est vrai, ayant moi-même  reçu des refus d’accréditation alors qu’il y avait encore de la place aux rassemblements publics. Bref, la manipulation des médias n’est plus un art subtil comme un jeu d’échecs, mais plutôt un jeu de puissance autocratique. Malheureusement la presse américaine est à ce point faible qu’elle ne sait pas collectivement entrer dans un bras de fer avec un homme qui qualifie ouvertement le journalisme politique de «métier le plus malhonnête que je connais», y ajoutant, «et je les déteste vraiment».

 

Mike Pence, le catholique traditionnel qui contrebalance la bienveillance de Trump par rapport aux gays

Nous avons vu l’apparition du colistier, Mike Pence, actuel gouverneur de l’État de l’Indiana. Deux  phrases mémorables. Premièrement : «je suis chrétien, conservateur, républicain, dans l’ordre.» Cette phraséologie est très évangélique, or la nuance réside dans le catholicisme de Pence… En fait, les Catholiques conservateurs ont entièrement rallié la religiosité ambiante des évangéliques dans le parti républicain. Détail, le colistier d’Hillary Rodham Clinton est lui aussi catholique, on verra cette semaine ce qu’il fera de cette caractéristique lors de la convention démocrate. 

 

Deuxièmement : mon principal boulot est d’être «père» («Dad»), tout en égrainant le nom de sa famille entière, mère, épouse, enfants. Chez les Démocrates il y a  infiniment moins de cette guimauve personnelle. La rhétorique est souvent prévisible: j’aime ma famille, je travaille pour eux, ils m’aident et me soutiennent, et c’est grâce à cela que je me suis lancé en politique. «Les champs de maïs venaient jusque dans notre cour quand j’étais enfant», voilà pour le côté rural. 

 

Or Pence est notoirement homophobe, au point d’en avoir fait un cheval de bataille dans l’Indiana. En effet, il a soutenu une loi (à l’échelle de l’État fédéré de l’Indiana) qui permettait aux commerçants et professions libérales, au nom de leurs convictions religieuses, de ne pas traiter avec des personnes homosexuelles. La porte à la discrimination de masse étant ouverte essentiellement parce qu’un pâtissier refusait de mettre la statuette de deux hommes se tenant la main au sommet d’un gâteau de noces — le mariage gay était par ailleurs autorisé par décision de la Cour Suprême fédérale. Aussitôt les associations nationales de patrons et de secteurs ont annoncé leur boycott de l’Indiana. Or la ville d’Indianapolis est un grand centre de conférence et d’évènementiel, et une telle mesure marquerait une perte énorme pour la ville. Pence fit alors demi-tour ! Il prétendit que la loi pouvait être aménagée, sans pour autant l’amender… C’est ce qu’on appelle le pragmatisme par le ridicule, et effectivement Pence se ridiculisa dans une interview télévisée sur ce point. Peu importe il est de la partie. 

 

Trump devrait faire face à la formidable machine de Hillary

Elle n’a pas dit son dernier mot. Elle garde ses munitions. Certes, le fait que des hackers russes aient obtenu des communications du Comité national démocratique faisant état d’entraves à la candidature de Bernie Sanders, ne va pas aider Hillary. Elle s’en relèvera cependant, car ce n’est pas elle qui est impliquée mais d’autres caciques du parti. Avec la nomination d’un colistier qui semble être la version centriste de Mike Pence le républicain, elle sait ce qu’elle fait : elle s’assure les voix hispaniques, puisque que Kaine est hispanophone, fait rare chez les Blancs américains.