Monde
12H45 - lundi 9 mai 2016
Europe

Le mutisme de l’Europe

 

Si les partis d’extrême droite d’Europe se sont félicités du score de leur homologue au premier tour des élections présidentielles autrichiennes, le reste de la classe politique a brillé par son silence.

Crédit photo : Inyucho

Crédit photo : Inyucho

Le 24 avril dernier, Norbert Hofer, candidat du Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ) arrivait en tête du premier tour des élections présidentielles, avec 35,1 % des suffrages. Représentant d’un parti fondamentalement eurosceptique, il a axé sa campagne sur la crise migratoire que connaît aujourd’hui l’Europe, prônant une politique stricte d’immigration. Parmi ses combats : la fermeture du col du Brenner, symbole des relations italo-autrichiennes et étape importante de l’axe routier entre l’Italie et l’Allemagne. Un premier sondage (très anticipé) des élections législatives à venir en 2018 annonce un score de 30 % pour le FPÖ. De plus, Norbert Hofer s’est dit prêt à dissoudre le Parlement, ce qui en cas de succès lui offrirait un soutien de poids dans ses politiques anti-unionistes.

Marine le Pen s’est réjouie des résultats du premier tour d’un « Bravo au peuple autrichien ! » déclarant qu’il avait ainsi sanctionné l’échec de l’Union européenne à gérer l’immigration et à garantir la croissance économique. Elle a qualifié l’UE d’organisme antidémocratique menaçant la souveraineté du peuple. Ces dernières semaines, des déclarations de ce genre se sont multipliées dans la bouche de nombreux autres représentants d’extrême droite en Europe : Geert Wilders, député néerlandais, Matteo Salvini, dirigeant du parti italien de la Ligue du Nord, Paul Nuttall, chef adjoint du parti britannique UKIP qui, en 2014, a remporté le plus de sièges aux élections européennes. Autant de voix qui s’élèvent contre l’Union européenne et remettent en cause ses fondements et  ses valeurs.

En revanche, aucun chef d’État européen n’a commenté ce résultat. Aucun partisan de l’Union européenne en France n’a appelé les euro-enthousiastes autrichiens à faire front contre Norbert Hofer. Aucun représentant politique ne s’est élevé pour prévenir ce tournant anti-européen d’un des berceaux de la culture européenne. Comment ne pas comprendre alors le scepticisme grandissant si les partisans d’une Europe unie et forte se sentent abandonnés par ceux qui partagent leurs idées de l’autre côté des frontières ? D’autant que d’ordinaire, ils n’hésitent pas à s’exprimer, notamment autour du Brexit. Ce silence incompréhensible ne risque-t-il d’endommager l’intégrité de l’union ?

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