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11H29 - lundi 2 mai 2016

Les difficultés de l’intégration régionale sud-américaine

lundi 2 mai 2016 - 11H29

Le 10 avril dernier, jour des élections législatives et présidentielles, les Péruviens élisaient aussi leurs cinq représentants au Parlement andin, l’organe délibératif de la Communauté andine des nations – Can. La Bolivie, la Colombie, l’Équateur et le Pérou composent ce système d’intégration subrégional, « méconnu », et surtout paralysé ces dernières années.

Andine des nations

Communauté andine des nations, 2014 – Crédit photo : ministère des Affaires étrangères du Pérou/Flickr CC

Le Parlement andin, élu au suffrage univers direct – à l’image du Parlement européen – élabore des recommandations, qui concernent le quotidien des 120 millions d’individus de la Communauté andine, dans l’objectif d’apporter des solutions conjointes aux problèmes communs de ses pays membres. Or, cela relève plus de la théorie que de la réalité, car malgré son volontarisme, ces cinq dernières années aucune des recommandations du Parlement andin n’a été adoptée par les pays qui l’intègrent ! C’est donc un manque de poids et de visibilité pour le Parlement et pour la Can… alors même que cette structure d’intégration régionale représente, après le Mercosur (« le marché du Sud »), le second bloc économique sud-américain.

Can

La Can a vu le jour en 1969, inspirée par les politiques du « desarrollismo » des années 1960. La « théorie du développement » cherchait à repenser les relations centre-périphérie, dans le cadre de la division internationale du travail, par l’impulsion du marché interne et de l’industrialisation des pays d’Amérique latine. L’intégration régionale était alors conçue comme un moyen efficace pour repenser l’insertion et la place de l’Amérique du Sud dans le marché global. Une posture prudente en ces temps de Guerre froide et de conformation de blocs.

Cependant, les années 1990 – les années du consensus de Washington – ont vu la Can s’orienter vers des politiques plus libérales, faisant ainsi le pari de l’ouverture et de la dérégulation des marchés, tout en abandonnant l’intégration régionale en faveur du libre commerce avec des pays tiers (États-Unis, Chine, etc.) ou des ensembles régionaux, comme l’Union européenne. La toute récente exemption de visa dans l’espace Schengen, pour les ressortissants péruviens et colombiens, fait partie de ces accords commerciaux bilatéraux passés entre certains membres de la Can et l’UE.

Désormais, suivant l’exemple européen, l’objectif de la Can est de permettre et d’assurer la libre circulation des capitaux, des personnes, des biens et des services… non plus à l’intérieur de la Can mais vers l’extérieur ! Les dernières tentatives, timides, en matière d’intégration régionale concernaient des normes relatives à la protection des ressources et du patrimoine génétique, ainsi que l’impulsion des « connaissances traditionnelles » (sic). Des sujets trop larges, distants, et bien diffus pour faire sens. Il n’est pas étonnant que les électeurs péruviens, comme leurs homologues équatoriens ou colombiens méconnaissent le fonctionnement et les objectifs de la Can.

Par ailleurs, cette zone de libre-échange est empêtrée dans ses contradictions : alors qu’elle prône désormais la libre circulation des marchandises, elle souffre des mesures protectionnistes de ses propres membres ! L’abaissement des tarifs douaniers n’est pas encore une réalité entre les pays membres de la Can. Or, paradoxalement, c’est la volonté de faciliter les flux de marchandises qui a conduit à l’implosion de la Can : en 2006 le Venezuela de Chávez s’est retiré de la Communauté après que le Pérou et la Colombie avaient passé des traités de libre-échange, avec d’abord les États-Unis puis l’Union européenne.

Concurrencé par d’autres mécanismes d’intégration régionale (l’Unasur, le Mercosur, Alba la Celac et l’Alliance du pacifique) l’avenir de la Can est bien incertain.

Quelques dates de la Can :

1969 : Accord de Carthagène. Naissance de la Can.

1976 : Le Chili quitte la Can par « incompatibilité du modèle économique ». Le Chili de Pinochet libéralisait à marche forcée son économie.

1979 : Traité qui donne lieu au Parlement andin, au Tribunal andin de justice et au Conseil andin des ministres des Affaires étrangères.

1992 : Le Pérou suspend sa participation à la Can du fait des politiques agressives de libéralisation conduites par Fujimori.

1996 : Protocole de Trujillo. La Can adopte sa structure actuelle. Mise en place du Sai – Système andin d’intégration.

1997 : Retour du Pérou dans la zone andine de libre-échange.

2006 : Le Chili devient membre associé. Le Venezuela quitte la Can en protestation contre les traités de libre-échange signés par le Pérou et la Colombie avec les États-Unis. Débuts des négociations d’association entre le Pérou et la Colombie avec l’Union européenne.