Billet de Catherine Fuhg
Monde /
19H27 - vendredi 15 avril 2016

La drogue du malheur

vendredi 15 avril 2016 - 19H27

L’actualité nous submerge, nous noie. Mais nous en redemandons. Nous la suivons, elle nous poursuit, jusqu’aux terrasses des cafés. Elle est au centre de nos vies, de nos disputes parfois aussi. L’actualité aujourd’hui, personne ne peut plus s’en passer. Nous nous shootons tous à l’info. De bonne ou mauvaise qualité, on s’en fout puisqu’on est accros.

Crédit photo : Pexels Creative Commons

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L’actualité est la drogue du xxie siècle. Comme toutes les autres drogues, ses effets secondaires sont le prix à payer pour les plaisirs qu’elle nous procure.

Les plaisirs, parlons-en. Si le flot continu d’information nourrit notre curiosité, pas toujours bienveillante, il contribue surtout à créer l’illusion d’une certaine communion. Nous assistons tous, ou presque, à la messe de 20 heures, pour rester dans la boucle, savoir ce que tout le monde sait, et pouvoir en bonne compagnie, défendre un point de vue que l’on aura forgé sur peu. Voire rien. Et alors ?!… C’est ça, le truc avec la drogue, quand elle entre dans notre vie, plus rien n’importe qu’elle.

Voilà qui nous amène à ses effets funestes.

Les drogues nous déconnectent de la réalité. Et l’actualité ne déroge pas à cette règle. Ainsi, même quand autour de nous, dans notre microcosme, tout semble bien aller, le nuage nucléaire des mauvaises nouvelles du monde plane au-dessus de nos têtes. Comment se sentir heureux ou simplement léger lorsque l’on imagine qu’un jour, bientôt, il répandra sur nous ou, pire, sur nos enfants ses particules meurtrières.

N’allez pas penser que je prône le sevrage pur et dur. Je suis hostile à l’abstinence. Je plaiderais plutôt pour un usage pondéré de drogues de meilleure qualité. Une étude récente, par exemple, a prouvé que le LSD, en quantité mesurée, pouvait remettre en état des circuits coupés du cerveau, générant un renouveau de créativité et une sensation apaisante d’osmose avec l’univers. En quantité mesurée…

Pourquoi ne pas alors essayer le temps d’un week-end de quitter nos écrans pour un plongeon dans le réel ? Histoire de nous reconnecter avec les nôtres, avec le monde. Et nous-mêmes.

Allez, coupez vos téléphone, radio, télé, ordinateur, et sortez collecter vos propres informations. Demandez des nouvelles à votre boulanger et au papi grincheux qui vous double au marché. A-t-il gagné au tiercé ? Comment va sa mauvaise jambe ? Quand voit-il ses enfants ? Admirez la petite voisine que vous avez aperçue dans les bras de son père le jour de sa sortie de la maternité. Elle saute trois marches d’un coup. Quel âge a-t-elle maintenant ? Regardez l’arbre qui bourgeonne. Et celui d’à côté qui lui ne refleurira pas, ni cette année ni la suivante. Ce n’est pas triste, c’est la vie. Et observez votre humeur, voyez comme elle s’allège. Prenez le temps d’inspirer. Soufflez. Et attention… de ne pas vous envoler !