Billet de Catherine Fuhg
12H30 - vendredi 24 juin 2016

Brexit : le divorce, signe d’un mariage raté

 

On le dit beaucoup aujourd’hui lorsqu’un mariage vole en éclats : les torts sont partagés. À l’heure de la sortie du Royaume-Uni de l’Europe, surtout, ne l’oublions pas.

Crédit photo : Diliff - Wikimedia Commons

Crédit photo : Diliff – Wikimedia Commons

 

Au commencement, le mariage.

D’une part, il y a l’amour, ce débordement de désir, ce désir de fusion, fusion jusqu’à perte de soi ; de l’autre il y a le mariage : un contrat. Après le prononcé public de vœux, pieux, de fidélité, assistance et solidarité, l’accord est scellé d’un baiser mais surtout d’une signature. Puis, en voiture ! Les portes claquent et le cortège s’ébranle. Ce soir, on va danser, boire – trop – et rire – on ne rit jamais assez. Enfin, on rentrera chez soi et, bientôt, dégrisera. L’heure du travail sonnera –car le mariage, c’est du boulot – et quelques années plus tard, parfois, on divorcera.

Qui se ressemble s’assemble, dit-on, mais au-delà des ressemblances, ce sont les dissemblances qu’il s’agira d’harmoniser, les différends de gérer, après les grandes, et belles !, promesses, les joies de la nuit de noces et l’ivresse de la  lune de miel. Tout l’art étant de se construire ensemble au fil des conflits et resserrer les liens pour traverser les crises. Apparemment les dirigeants de l’Union des pays d’Europe n’y ont pas réussi.

On a fini par s’habituer à ces ruptures qui autrefois, au-delà du scandale, éveillaient tant de craintes : actuellement, en Europe, les mariages capotent près d’une fois sur deux. Mais le divorce qu’aujourd’hui nous inflige par les urnes le peuple du Royaume-Uni est difficile à digérer. Il en est qui déjà pensent aux mesures de rétorsion. Pendant les renégociations des traités commerciaux, on leur tiendra la dragée haute à ces traitres de Britanniques qui osent vouloir nous quitter. Certains jubilent et rêvent tout haut d’une dissolution générale. Si eux s’en vont, pourquoi pas nous ? Sûr, vive le célibat ! Être seul, entre soi et soi, avoir raison sans discussion, ne rien devoir concéder. Et il y a ces autres, dont je suis, qui sont tristes. Tout simplement. Car un divorce est toujours le constat d’un échec, et cet échec souvent la dernière chose partagée par les anciens partenaires. La dernière chose qui les unit et les unira à jamais.

Que faire, donc, aujourd’hui ? Je ne suis pas une spécialiste de géopolitique, mais un peu de divorce. Des journaux ont parlé de « gueule de bois », et c’est bien vu. Alors mon conseil du jour est de commencer par cuver. Le temps de la gueule de bois n’est pas celui de l’action ni de la réflexion, mais du retour sur soi. Ensuite viendra celui de l’analyse critique, et de l’autocritique. On n’y coupera pas. Si les Européens – non ! pas seulement les Britanniques – aiment de moins en moins leur Union, il y a des raisons. Il nous faudra poser le juste diagnostic, développer les bons remèdes, les appliquer et observer les réactions des peuples – leur bien-être, leur malaise. Ils sont le corps de l’Europe.

Quant à nos frères humains de l’autre côté de la Manche, je les regrette déjà et c’est pourquoi aussi je leur souhaite bon vent, bonne chance et… à bientôt, j’espère.

 

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Catherine Fuhg