Billet de Catherine Fuhg
France /
15H50 - vendredi 17 juin 2016

Le temps des houligans

vendredi 17 juin 2016 - 15H50

Franchement, dieu est un saint de ne pas s’énerver. Peut-être qu’Il n’a plus la télé. Ou pas la même chaîne que moi. Ou que tous nos nouveaux machins ont fini par brouiller ses ondes. Oui, ça doit être ça. Parce que si Lui voyait tout ce que moi je vois, étant donné sa nature, parfois un peu colérique, on passerait un sale quart d’heure.

Martin,_John_-_The_Deluge_-_1834

 

Comment ! Il nous aurait donné la parole et l’intelligence pour en arriver là ?! La violence est la langue la plus parlée dans le monde. L’humanité se vautre dans des bains d’alcool et de sang. Toutes les causes sont bonnes pour massacrer, piller, saccager ou violer… Alors qu’on ne s’étonne pas si le Vieux, un de ces matins, nous colle un nouveau déluge. Parce que même s’il n’est pas le roi de la pédagogie – Dieu est plutôt un créatif – il a été très clair : « Tu ne tueras point ». Le style, nous en conviendrons, à la portée de tous, est semble-t-il encore trop compliqué pour certains. La dernière fois, c’était pareil – « Et l’éternel vit que la malice de l’homme était grande sur la terre, et que toute l’imagination des pensées de son cœur n’était que mauvaise en tout temps. » –, ou peut-être pas tout à fait. Et nous y reviendrons.

Heureusement, que cette semaine je suis de bonne humeur – le hasard du calendrier. Sinon, il me faudrait plonger dans le décompte des victimes de la haine, de l’envie et de la soif de gloire. Car c’est de cela qu’il s’agit, même si d’insignes abrutis gobent ces histoires de guerre sainte. Pauvres petits soldats qui se font sauter ou abattre pour des caïds plus malins qu’eux. Non, pas pour dieu. On l’a vu : « Tu ne tueras point ». Au risque de me déclencher une nausée carabinée, il me faudrait aussi renifler les vapeurs d’alcool – l’alcool pour oublier qu’on n’a rien dans le ventre – qui planent au-dessus de la France à l’heure de l’Euro 2016. La grande fiesta du ballon rond. L’alcool et la bêtise mêlés faisaient J+1 à Marseille déjà 35 blessés. Depuis, suivre la chronique des incidents de l’Euro est pratiquement impossible tant les violences se multiplient. Des bagarres à Calais, à Lyon, Lille ou Paris, dans le train, les rues, les fan zones. Et résultat, hier jeudi, moins d’une semaine après le coup d’envoi du tournoi, le bilan policier de ces réjouissances était de 323 interpellations dont 196 gardes à vue, 24 reconduites à la frontière et 11 condamnations. Ça promet !

Fous de foot, fous de dieu ou de la lutte finale, tous les houligans même combat… Alors, entre ceux qui confondent vandalisme et syndicalisme, sport et alcoolémie record, enfin pieux et mafieux – peut-être parce que ça rime –, le peuple, pris au piège, se barricade où il peut.

Heureusement, disais-je, que mon humeur est belle. Ainsi puis-je vous parler de certains autres, plus discrets, qui eux consacrent leur vie à tenter de sauver le monde. Ceux mêmes qui nous épargneront, peut-être, un nouveau déluge – s’il te plaît, Dieu, une dernière chance !

Je pense à ces deux ingénieurs, originaires de Marseille, qui ont inventé une maison à un prix raisonnable – seulement 30 000 euros –, passive, recyclable et montable en une quinzaine de jours. Une maison est « passive » quand elle consomme peu d’énergie, voire aucune. Citons, dans le même domaine, cet architecte allemand qui lui a développé une maison active « zéro énergie, zéro émission, zéro déchet » : elle se suffit à elle-même produisant même le double de l’énergie qu’elle consomme ! Parlons aussi de Hopaal, le projet de deux étudiants d’une école de commerce, qui pourrait révolutionner l’industrie du textile. Une des plus polluantes. Ils ont créé le T-shirt 100 % recyclable en tissu manufacturé à partir de bouteilles plastiques et de tissu recyclé. Et puis, il y a Watly, une machine magique, capable de purifier l’eau, fournir de l’électricité et connecter à Internet. Trois en un pour changer le monde des oubliés. Un petit prototype a été testé au Ghana et fait déjà des heureux. Il y en a tant d’autres, il faudrait des pages et des pages, pour rendre justice à tous, et c’est d’ailleurs ce que font we demain et Mr Mondialisation

Ainsi alors que les uns s’acharnent à transformer notre terre en enfer, les autres se dévouent pour nous, notre planète. Je ne sais pas si dieu existe, même si je préfère croire que oui. Ce que je sais, en revanche, c’est qu’il y a des hommes qui donnent envie de croire en eux et en notre futur.