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16H35 - vendredi 18 mars 2016

Chronique des libertés – 18 mars 2016

vendredi 18 mars 2016 - 16H35

Le projet de déchéance de nationalité définitivement abandonné

Crédit photo : Jackintosh - Wikimedia Creative Commons

Crédit photo : Jackintosh – Wikimedia Creative Commons

Le vote du Sénat ce jeudi 17 mars a mis fin à l’éventualité d’une modification de la Constitution permettant la déchéance de nationalité de tous les français. L’amendement voté par les sénateurs ne pourra s’appliquer qu’aux seuls binationaux se rendant coupables de crimes terroristes. Une modification de la constitution n’est possible que si les deux chambres, réunies en Congrès, s’accordent sur le même texte. Dans la situation actuelle, le second article des deux propositions étant différent, il sera oublié lors du prochain vote. Ne sera donc entériné que l’article 36-1 relatif à l’état d’urgence qui a été voté à 301 voix contre 38 avec 7 abstentions chez les sénateurs. Une victoire donc pour l’unité nationale, cette loi ne menaçant plus de créer deux catégories de Français. Néanmoins, la question de l’identité nationale restera probablement au centre des débats lors des élections présidentielles à venir. Comme le disait Philippe Doucet en Janvier 2015, « la campagne de 2017 se fera sur le terrain des valeurs ».

 

UE – Turquie : un accord tendu

Crédit photo : kremlin.ru

Crédit photo : kremlin.ru

Le plan paraissait pourtant clair et établi à la suite du sommet de lundi dernier durant lequel les dirigeants européens et le président turc s’étaient rencontrés. Ensuite, le ton était monté : après que l’Union européenne avait demandé à la Turquie de changer sa politique d’accueil des migrants et de leur offrir des conditions de vie plus humaines, Tayyip Erdogan accusait les pays européens d’hypocrisie. Il reprochait en effet à l’UE d’être incapable de prendre en charge « une poignée de réfugiés » alors que la Turquie en avait, elle, trois millions sur son sol.

Les deux parties sont finalement aujourd’hui parvenues à un accord selon les termes déjà évoqués. L’entente fixe à 72 000 le nombre de personnes pouvant être accueillies sur le sol européen, loin des 108 000 que les organismes d’aide humanitaire recommandaient. À partir de lundi, tous les réfugiés qui arriveront en Grèce seront reconduits en Turquie.

De son côté, Amnesty International avait créé une pétition pour exhorter François Hollande à suspendre ces négociations et abandonner ce projet qu’elle considèrait inhumain. Cet appel avait récolté plus de 40 000 signatures en une semaine.

 

Bombardements meurtriers au Yémen

Crédit photo : Ibrahem Qasim - Wikimedia Commons

Crédit photo : Ibrahem Qasim – Wikimedia Commons

Une semaine après que des négociations se sont tenues entre les rebelles Houthis et la coalition saoudienne, le Yémen a connu un évènement tragique. Le marché de Khamees dans la ville d’Hajjah a été la cible d’un raid aérien dont le bilan est lourd. Au moins 78 civils dont 7 enfants ont été tués et plusieurs centaines d’autres, blessés. Le mois dernier déjà, le bombardement d’un marché de Sanaa, la capitale, avait causé la mort de 30 personnes, majoritairement des civils. Un représentant Houthi dénonce ces attaques injustifiées et contraires selon lui aux négociations de paix, engagées la semaine dernière, qui avaient débouché sur un cessez-le-feu et des échanges de prisonniers.

De son côté, Ahmed bin Hassan al-Asiri, représentant de la coalition saoudienne, a déclaré que les photos du bombardement qui circulent sur les réseaux sociaux ne prouvaient en rien l’implication des forces saoudiennes. Il a jouté qu’une enquête autour de ces accusations allait être menée et que les résultats seraient rendus public.

Selon un récent rapport des Nations unies, parmi les 6 000 morts de la guerre civile yéménite, 3 081 seraient des civils, dont 168 durant le seul mois de février 2016.

 

Un américain condamné aux travaux forcés

Crédit photo : State Library of Victoria

Crédit photo : State Library of Victoria

Otto Warmbier, un jeune étudiant de l’université de Virginie vient d’être condamné par la Cour suprême de Corée du Nord à quinze ans de travaux forcés. Le jeune homme de vingt et un ans y était parti en voyage par l’intermédiaire d’une agence de tourisme chinoise. Trois semaines après son arrestation (le 2 janvier) alors qu’il s’apprêtait à quitter le pays, les autorités nord-coréennes ont déclaré le détenir pour « crime contre l’État ». On apprendra plus tard que le jeune homme est accusé d’avoir dérobé une bannière dans un couloir de son hôtel.

Fin février, dans une vidéo fournie par la télévision nationale nord-coréenne, on voyait le jeune étudiant « confesser » ses crimes : son larcin aurait été commandité par la CIA ainsi qu’une société secrète de l’université de Virginie, la Z Society. La récompense aurait été une voiture d’occasion d’une valeur de 10 000 dollars ainsi qu’une entrée dans ce club élitiste. La société dément avoir été en contact avec Otto Warmbier, qui n’aurait d’ailleurs jamais postulé pour les rejoindre.

Cet épisode est le dernier d’une longue série d’arrestations politiques. La précédente victime était un pasteur canadien d’origine sud-coréenne qui, le 15 décembre dernier, avait été condamné à une peine de prison à vie pour avoir mené des opérations humanitaires à la frontière sino-coréenne.

 

Le tueur de masse dénonce un traitement inhumain

Crédit photo : N. Anders Wikimedia Commons

Crédit photo : N. Anders Wikimedia Commons

Anders Breivik, coupable d’un attentat à la bombe à Oslo qui avait fait 8 morts, suivi du massacre de 69 adolescents sur l’île d’Utoya, vient de repasser devant un tribunal. Sauf que cette fois, il n’est pas sur le banc des accusés : le tueur accuse les autorités norvégiennes de le détenir dans des conditions inhumaines : il se plaint notamment de l’isolement et déclare que ses repas réchauffés au micro-ondes sont « pires que du waterboarding » (technique de torture par simulation de noyade). Il est actuellement retenu dans un appartement de trois pièces comprenant une chambre, un bureau et une salle d’exercice.

En 2012, Breivik, qui se compare à Nelson Mandela, disant que ce dernier avait appelé à l’action contrairement à lui qui a agi lui-même, avait déjà envoyé une lettre de vingt-sept pages aux autorités. Il s’y plaignait de ne pas avoir de thermos pour garder son café au chaud ni de crème hydratante pour la peau. Il a également déclaré que la passion qu’il s’était trouvé pour un programme de téléréalité était une preuve évidente des lésions cérébrales que lui avait causées l’isolement. Mais c’est sa plainte pour « censure, isolement et fouilles au corps » qui lui a permis de repasser devant un tribunal. Un traitement inhumain selon ses avocats qui l’ont aidé à monter le dossier. Pour les autorités, la censure et l’isolement sont justifiés : ils empêchent à Breivik de communiquer avec d’éventuels « admirateurs ».

Anders Breivik purge actuellement une peine de vingt et un ans de prison.

 

Un défenseur des droits humains agressé en Tchétchénie

Crédit photo : kremlin.ru

Crédit photo : kremlin.ru

Igor Kalyapin, le dirigeant du Comité contre la torture de Russie, a été agressé mercredi dernier dans le centre de Grozny, la capitale de la République russe de Tchétchénie. Des hommes cagoulés auraient jeté sur lui des œufs, de la farine et du désinfectant après qu’il a été expulsé de l’hôtel où il séjournait. Le directeur de l’hôtel lui avait reproché ses précédentes sorties contre Ramzan Kadyrov. Kalyapin se trouvait dans la région pour tenir une conférence sur les journalistes et activistes des droits humains agressés près de Grozny et dont le minibus avait été incendié. Ces deux dernières années le bureau du Comité contre la torture de Grozny avait été la cible d’un incendie avant d’être quelques temps plus tard vandalisé par des hommes cagoulés. Si le Kremlin a condamné chacune de ces violences, les ONG de leur côté l’accusent d’entretenir un climat hostile aux médias.