Monde / World
Monde /
18H03 - jeudi 10 mars 2016

Chronique des libertés – 10 mars 2016

jeudi 10 mars 2016 - 18H03

Une distinction controversée

Crédit photo : Ned T. Johnston - Wikimedia Commons

Crédit photo : Ned T. Johnston – Wikimedia Commons

Dans le cadre des négociations entre la France et l’Arabie saoudite autour de la question de la Syrie, le prince-héritier Mohammed ben Nayef s’est vu remettre par le président Hollande la Légion d’honneur. Cette décoration peut paraître problématique lorsqu’on sait que l’Arabie saoudite participe à la guerre civile yéménite et exerce une pression sur le pays au moyen d’un blocus maritime ainsi que des bombardements réguliers. Le royaume saoudien figure parmi les pays ayant le plus appliqué la peine de mort ces dernières années. Après avoir exécuté au moins 153 personnes en 2015, le pays a commencé l’année 2016 par l’exécution de 47 opposants chiites et djihadistes le 2 janvier. Difficile de comprendre pourquoi alors le président français a décerné la plus haute décoration honorifique française à un ministre de l’Intérieur aux pratiques aussi violentes. Jean-Marc Ayrault, récemment nommé ministre des Affaires étrangères a expliqué que cette médaille faisait partie de la « tradition diplomatique ». La signature le 24 juin dernier de divers contrats d’un montant de 10 milliards d’euros, comprenant notamment l’achat d’armement, pourrait expliquer la tolérance de la France vis-à-vis de ce pays assez peu regardant sur les droits de l’homme.

 

Le plan de prise en charge des migrants, une violation des droits humains ?

Crédit photo : Gémes Sándor - Pixabay

Crédit photo : Gémes Sándor – Pixabay

Le sommet de lundi dernier réunissant les dirigeants européens et le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu a abouti à une proposition qui fait beaucoup parler d’elle. La Turquie prendrait en charge des réfugiés sous plusieurs conditions. La première : pour chaque réfugié syrien renvoyé de Grèce vers la Turquie, l’Union européenne laisserait un Syrien s’installer sur son territoire. Cet idée d’échange provoque de nombreuses réactions, notamment d’Iverna McGowen, directrice du bureau européen d’Amnesty International, qui dénonce un « marchandage des droits et de la dignité de personnes parmi les plus vulnérables au monde ». La Turquie réclame par ailleurs une aide de 3 milliards d’euros et de nouvelles perspectives quant à son entrée dans l’Union européenne. Un altruisme bien intéressé donc…

Même en cas d’acceptation du plan, la question de sa faisabilité reste ouverte. En effet, la Turquie est-elle en mesure d’accueillir ces réfugiés ? Actuellement, les migrants déjà présents sur son territoire sont hébergés dans des conditions précaires. Il y a deux jours, un chercheur spécialiste de la Turquie à Amnesty International, Andrew Gardner, confiait même à Reuters que les personnes qui s’approchaient de la frontière syro-turque pour se réfugier en Turquie étaient régulièrement cibles de tirs des gardes-frontières turcs.

Enfin, ceux qui arrivent en Turquie proviennent de Syrie mais également d’Irak et d’Afghanistan. Or pour l’instant, le plan ne mentionne que les Syriens. On est en droit de s’interroger sur le sort réservé aux autres.

 

Le droit à l’assainissement : reconnu mais négligé

Il a été intégré en 2010 aux droits humains par une résolution des Nations unies à propos du « droit à l’eau et à l’assainissement ». Le 17 décembre dernier, il a même été distingué du droit à l’eau afin d’en faire une question à part entière. Néanmoins, le manque d’assainissement semble toujours une préoccupation secondaire dans l’esprit des dirigeants ainsi que de l’opinion publique. Pourtant l’absence de traitement des eaux souillées a de graves conséquences que l’OMS a signalé en décembre 2014 dans son rapport intitulé « Prévenir la diarrhée à travers une eau de meilleure qualité, un accès à l’assainissement et à l’hygiène : expositions et impacts dans les pays à bas et moyen revenus ». On y apprend notamment que la diarrhée liée à l’insalubrité de l’eau est une cause importante de mortalité infantile dans le monde. À la veille de la Journée internationale des droits des femmes, Human Rights Watch tenait à rappeler que l’absence d’un accès à de l’eau potable et à des latrines affectait particulièrement la population féminine à qui incombe généralement la tâche de collecter l’eau et de la filtrer.

Coïncidence ou pas, de jeunes élèves écossais viennent de lancer une pétition contre l’un de leurs professeurs qui leur refuse l’accès aux toilettes durant les cours. Disponible sur change.org, « Free the Bladder – A breach of human rights » (Libérez la vessie – une atteinte aux droits humains) a déjà récolté plus de 2 000 signatures.

 

Thaïlande, l’opposition muselée

Crédit photo : Craig Martell – Flickr CC

Crédit photo : Craig Martell – Flickr CC

Watana Muangsook, membre de l’actuel parti d’opposition Pheu Thai qui a été dépossédé de ses pouvoirs en 2014 par la junte militaire, est actuellement mis en examen pour « non-respect de la loi informatique » après avoir dénoncé sur Facebook les propos du général Prawit Wongsuwan. L’officier, actuel vice-Premier ministre et ministre de la Défense, avait déclaré que les agents du gouvernement chargés de surveiller l’ancienne Premier ministre la prenaient en photo avant tout parce qu’elle était belle. Watana Muangsook avait qualifié ces propos de sexistes et demandé à la junte d’arrêter cette surveillance abusive. Il s’est vu poursuivi par la junte et inculpé pour propos faux et diffamants. Il encourt aujourd’hui jusqu’à 5 ans de prison.

 

Amnesty International appelle le Bahreïn à stopper ses expulsions

Crédit photo : Wadiia - Wikimedia Commons

Crédit photo : Wadiia – Wikimedia Commons

L’ONG dénonce une augmentation des expulsions dans cette île du golfe Persique. Le royaume aurait en effet décuplé les révocations de nationalités – elles sont passées de 21 en 2014 à 208 en 2015. 11 personnes encourent la même peine cette semaine. Une personne déchue de sa nationalité, donc soudain apatride, doit quitter le territoire. Pour Amnesty ces pratiques constituent une violation de la Déclaration universelle des droits de l’homme et du Pacte international relatif aux droits civils et politiques dont le Bahreïn est pourtant signataire.

Amnesty signale notamment le cas de 72 personnes déchues de leur nationalité en janvier suite à une mise en examen pour « promotion d’un changement de régime » et « propos diffamants envers des pays frères ». L’un d’eux, Masaud Jahromi, risque une déportation imminente. Il serait le troisième membre de ce groupe à l’être en deux semaines.

 

Les droits de l’homme dans la peau

Crédit photo : Niek Verlaan - Pixabay

Crédit photo : Niek Verlaan – Pixabay

L’artiste Sander van Bussel a lancé un projet de tatouage itinérant. Il s’est mis en tête de parcourir l’Europe et de tatouer les 6 773 lettres de la Déclaration universelle des droits de l’homme, un caractère par personne, sur d’heureux chanceux aux quatre coins du monde. Le 5 mars dernier, l’initiative passait à Genève où deux tatoueurs locaux ont pu marquer les volontaires. L’opération prend très peu de temps comme le rapporte la Tribune de Genève, les trente minutes dédiées à chacun étant majoritairement dédiées au contrôle des conditions d’hygiène. Cette performance en est à son 2 840e caractère et fera escale le 12 mars prochain à Prague, dans le cadre du Festival One World consacré aux documentaires sur les droits humains.