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09H17 - lundi 30 novembre 2015

Une semaine en Inde (du 17 au 23 novembre 2015)

lundi 30 novembre 2015 - 09H17

 

Quand l’Union Européenne se réveillera…Plaidoyer pour l’urgence d’un partenariat stratégique avec l’Inde

EUROPEL’Inde de Narendra Modi serait-elle en train de connaître le processus inverse de celui de l’Union Européenne ? C’est en tout cas ce que soutiennent l’ancien Premier ministre de la Suède, Carl Bildt, et François Godement, directeur du programme Asie de l’European council on Foreign relations (ECFR) dans le quotidien économique Les Echos, où ils tirent la sonnette d’alarme si l’Europe ne veut pas manquer le train de la transformation indienne.

Car l’Europe n’est pas le seul prétendant ; les Etats-Unis sont d’ores et déjà en train de devenir le partenaire européen le plus important, et ce grâce à une politique forte qui a vu trois administrations successives se consacrer à l’élaboration d’une alliance régionale contrebalançant l’essor militaire de la Chine. Le Japon, lui aussi, se tient prêt : investisseur majeur dans les infrastructures indiennes, le potentiel indien, et surtout sa capacité à former (enfin !) un contrepoids à la puissance chinoise constituent des raisons de choix. La Chine n’est d’ailleurs pas naïve sur ces alliances, et bloque la candidature de l’Inde comme membre permanent au Conseil de Sécurité. Elle ne lui en fait pas moins des propositions économiques, avec notamment l’offre économique attractive avec l’initiative des nouvelles Routes de la Soie. Enfin, la proximité avec la Russie s’est démontrée lors de prises de positions communes lors des derniers sommets internationaux, notamment sur les dossiers syriens, libyens et ukrainiens.

Mais l’Europe continue de briller par son absence et sa capacité à affirmer une volonté cohérente. Du partenariat stratégique décidé en 2005, nulle nouvelle, et le dernier sommet remonte à 2012. Si des rencontres bilatérales ont été prévues – avec le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne – celles à une échelle européenne sont inexistantes. L’Inde sera pourtant bientôt le marché avec la plus grande population au monde…

Ce n’est pourtant pas faute de partager des enjeux de taille : stabilisation de l’Afghanistan, négociations avec le Pakistan, implication régionale de l’Iran – tant à l’est qu’à l’ouest de ses frontières – piraterie dans l’Océan Indien, développement durable, cyber-sécurité, Internet, tourisme… des domaines trop nombreux et cruciaux pour souffrir aussi piteusement d’un manque de volonté.

 

Défaite cuisante dans le Bihar pour Modi: le désaveu sévère d’une opinion lucide

Les élections législatives de chaque état donnent au pays un air de campagne électorale permanente - Crédit : Martial Fournier CC Les élections législatives de chaque état donnent au pays un air de campagne électorale permanente – Crédit : Martial Fournier CC[/caption]

C’est un des états le plus pauvre et peuplé de l’Inde, mais aussi celui qui a connu la deuxième plus grande croissance économique pour l’année 2014 – 2015. Après un engagement inédit pour un Premier ministre, plus de trente meetings, discours et débats, et dix-huit mois après une large victoire aux élections nationales, Modi doit aujourd’hui essuyer une puissante défaite, considérée davantage comme la sienne que celle de son parti, le Bharatiya Janata Party (BJP). Sur 243 sièges, 179 sont revenus à la coalition s’opposant à lui, et rassemblant Nitish Kumar, le ministre en chef du Bihar, allié à son ancien rival et prédécesseur Lalu Prasad.

En quoi cet échec est-il représentatif de l’évolution de la perception du Premier ministre ? Ces dernières semaines, Modi avait cumulé à un bilan décevant car trop faible les maladresses et mauvais calculs. L’emploi d’une rhétorique antimusulman, la négation de la hausse de l’intolérance avait monté une partie de l’opinion contre lui.

Car en voulant transcender le clivage entre les castes, et en déplaçant les débats sur la question religieuse, le Premier ministre a montré de trop grosses ficelles électorales et n’a pas réussi à mobiliser l’intégralité des hindous représentant 78% de la population du Bihar, comme il l’aurait souhaité. Le BJP s’est aussi aliéné le vote des basses castes, en appelant à la fin des quotas fondés sur seul le critère de la caste – une proposition qui a d’autant plus surprise qu’elle venait d’un des portevoix du nationalisme hindou. Selon Gilles Verriers, professeur à l’université Ashoka de Delhi, « C’est la preuve que la polarisation de l’électorat sur des lignes de fracture communautaires ou religieuses peut produire des résultats désastreux ».

Le contexte politique était également bien différent de celui de mai 2014. Alors que Modi avait remporté la victoire face à un Congrès affaibli par dix ans de pouvoir et un leader sans charisme, l’opposition au BJP s’est montrée cette fois unie et a su surmonter ses divergences – tout comme l’avait d’ores et déjà fait l’Etat de Delhi en février 2015, assénant là aussi un cuisant échec au Premier ministre.

Avec une telle fragmentation de ses marges de manœuvres, les prochains mois s’annoncent difficiles pour Modi, qui reçoit les nombreux appels des entreprises indiennes pour de plus profondes réformes. Sans majorité à la chambre haute du Parlement qui bloque son action et avec « l’engorgement des décisions au niveau du cabinet du Premier ministre » (Verniers), la paralysie guette et inquiète.

 

Quand le « Make in India » devient une chance pour l’entreprise française : Alstom signe un contrat de 3 milliards d’euros avec les chemins de fer indiens

Crédit : Jaaron95 / Wikimedia Commons Crédit : Jaaron95 / Wikimedia Commons[/caption]

Quelques jours après la finalisation de la vente des activités dans l’énergie à General Electric, Alstom veut prouver aux observateurs inquiets que sa compétitivité n’est pas encore à enterrer. Face à ses rivaux Siemens et Bombardier, le groupe français vient de remporter un appel d’offre de 3 milliards d’euros, et doit livrer d’ici 2028 pas moins de 800 locomotives électriques, destinées au transport de fret, et s’occuper de leur maintenance durant treize ans. Choisi par le ministère des Chemins de fer indien, ce contrat s’inscrit dans l’urgent projet de rénovation du quatrième réseau ferroviaire au monde – un réseau dont une partie date encore de l’ère coloniale.

Le groupe français a notamment bénéficié de sa stratégie de longue date, consistant à localiser les sites de production au plus près des clients. Ceux de ce contrat se trouveront dans l’usine bâtie à cet effet, construite dans l’état du Bihar. Comptant déjà un centre d’ingénierie, pour la signalisation et les trains à Bangalore, et une usine de fabrication de rames de métros à Sri City, ce n’est pas le premier contrat de taille qu’Alstom décroche dans un pays émergent. En 2013 la vente de 600 trains de banlieue en Afrique du Sud (4 milliards d’euros) avait déjà été décidée, suivie de la construction d’une usine dans la banlieue de Johannesburg (4 milliards également). Une stratégie de plutôt long terme, donc, qui semble avoir payé – et considérablement bénéficié de la non-candidature du géant chinois CRRC, absent pour des raisons géopolitiques.

 

Modi reçu comme une rock star par la diaspora indienne

Les premiers ministres anglais et indiens s’étaient déjà rencontrés lors du sommet de Brisbane (Australie) en 2014 -  Crédit : Narendra Modi Official / Wikimedia Commons  Les premiers ministres anglais et indiens s’étaient déjà rencontrés lors du sommet de Brisbane (Australie) en 2014 –
Crédit : Narendra Modi Official / Wikimedia Commons[/caption]

Le Premier ministre indien était à Londres le vendredi 13 novembre : danses bolywoodiennes et feux d’artifices peuvent en témoigner. Accueilli par l’importante diaspora indienne – 50 000 personnes s’étaient rassemblées dans le stade de football de Wembley – Modi a tenu un discours fier, décidé à entériner une fois de plus son statut de grande puissance, si loin de l’ancienne colonie. « Le monde aujourd’hui reconnaît l’Inde comme un pouvoir. (…) L’Inde ne veut pas de la gratitude des autres, ou de la charité. Nous voulons l’égalité » a-t-il asséné devant un David Cameron, assis au premier rang et direct destinataire d’un tel discours. Son nationalisme s’est une nouvelle fois affiché, symbolisé cette fois ci par une conférence de presse conjointe avec le Premier ministre britannique donnée en hindi.

Alors que Modi en est à son 28ème déplacement depuis son élection d’il y a dix-huit mois, le Royaume-Uni a volontairement était éconduit de son ancienne place prioritaire. Le Japon, les Etats-Unis ou la France s’en sont vu privilégié, et ont reçu également le message assuré et fier de l’Inde, décidée à démontrer devant ses congénères que son visage est celui du développement vivace et intrépide.