Edito / Editorial
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14H49 - vendredi 30 octobre 2015

Pourquoi je m’engage pour le Congo libre

vendredi 30 octobre 2015 - 14H49

 

Au Congo, ce vendredi 30 octobre, les opposants à Denis Sassou-Nguesso ont annulé la marche prévue en réaction au coup d’Etat « constitutionnel » de dimanche dernier, ce fameux référendum où 97% des Congolais ont refusé d’aller voter pour donner un pouvoir à vie au dictateur. Plutôt que de marcher, ils ont décidé de pleurer et d’honorer leurs morts, tombés sous le joug du pouvoir, pendant la campagne pour le NON au référendum. Dignité et liberté.

 

A Brazzaville, à Pointe-Noire, la liberté et la démocratie sont en marche. Rien ni surtout personne n’arrêtera ce qui est inscrit dans le sens de l’histoire, le destin de toute l’Afrique et le cœur de l’immense majorité des Africains, surtout des jeunes qui sont nés et ont grandi après les indépendances. Des Etats comme le Sénégal, le Ghana, l’Afrique du Sud et d’autres ont montré le chemin. La Tunisie a ouvert la voie au monde arabo-musulman en 2011.

 

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Manifestation contre le référendum à Brazzaville – Crédits : John Bompengo / www.radiooakpi.net

 

Congo : l’heure de vérité

 

Aujourd’hui, c’est au tour du peuple congolais de réclamer haut et fort son droit à la liberté, à des élections libres et à un développement économique dont profiterait enfin la population.

 

Le Congo connaîtra-t-il le sort du Burundi où un dictateur impose sa loi, son ordre et sa violence à un peuple aujourd’hui muselé ?

 

Non, c’est le scénario burkinabé ou tunisien qui est en train de se jouer. Après Ben Ali en 2010, Compaoré en 2014, le tour de Denis Sassou-Nguesso est venu. Le peuple s’apprête à bouter hors de son Palais présidentiel le dictateur ! Demain, dans une semaine, parions dans trois mois au plus tard, le dictateur aura quitté le pouvoir et une transition s’ouvrira sans lui. Sassou n’ira pas au terme de son mandat présidentiel fixé au 14 août 2016 à 23h59 !

 

Et pourtant, le peuple a affaire à pire que tous les autres dictateurs d’Afrique. Notre mémoire est-elle si courte qu’on oublie que Sassou a été formé à l’école marxiste-léniniste la plus sectaire, qu’il a commis trois coups d’Etat pour se maintenir au pouvoir ? Pas un ! Pas deux ! Trois coups d’Etat ! Le premier le 5 février 1979 en renversant son prédécesseur, le second en n’hésitant pas à provoquer une guerre civile sanglante de 1997 à 2000 qui a interrompu la seule parenthèse démocratique initiée en 1992. Cette guerre civile a causé des milliers de morts (nous avons publié une enquête à ce sujet en juillet dernier). Et le troisième, la semaine dernière, par un pseudo-référendum destiné à modifier pour la neuvième fois la Constitution du 20 janvier 2002 pour lui permettre de rester président à vie.

 

Mais ce troisième coup d’Etat a échoué car le peuple a dit NON. Le peuple congolais ne s’est pas rendu aux urnes. Le peuple congolais abandonne le pouvoir.

 

Depuis quelques années, et surtout depuis cette année 2015, deux phénomènes s’encouragent mutuellement : tout d’abord, les forces d’opposition à Sassou se fédèrent, certes sur un programme minimum (le départ du dictateur, la révision de la gouvernance électorale). Ensuite, la société civile se mobilise, elle descend dans la rue, au Congo, à Paris et dans de nombreuses capitales de la diaspora. Des femmes et des hommes de bonne volonté, des citoyens âgés de 40-50 ans, et les plus jeunes aussi, se réveillent et s’engagent, s’organisent à leur tour pour peser sur le destin de leur pays.

 

Aujourd’hui, les Congolais s’engagent dans une alliance des forces politiques et de la société civile qui donne la création du Conseil National de la Résistance et de la Transition. Un nouveau chapitre de la vie politique congolaise commence.

 

Les Congolais n’ont plus peur. Et quand la peur a quitté les opprimés, le tyran a ses jours comptés. C’est une règle universelle.

 

Dans le pays, dans la diaspora. A Paris, les jeunes, trop souvent désœuvrés dans notre beau pays, la France, bouillonnent de vouloir rentrer au pays ! Qu’Air France se prépare à affréter de nouveaux avions sur la ligne Paris –Brazzaville !

 

Certes, Sassou va manœuvrer, proposer un gouvernement d’union nationale, avancer les élections présidentielles. Mais le fruit est mûr pour que tous les Congolais lui répondent « NON, Dégage Sassou ! ». Tous ceux qui répondraient à ses appels du pied seraient définitivement compromis aux yeux du peuple congolais.

 

 

La responsabilité de la France

 

Paris est la capitale de la diaspora congolaise.

 

Paris est aussi la résidence secondaire du dictateur Sassou qui était dans la capitale française hier, fort d’ailleurs de ses biens mal acquis…

 

Rencontre François Hollande - Denis Sassou Nguesso - Crédit: Cyril Bailleul

Rencontre François Hollande – Denis Sassou Nguesso – Crédit: Cyril Bailleul

 

 

Les liens entre la France et le Congo, quelle histoire ! En tant que Français, je considère que nous avons une responsabilité particulière et un devoir, je dis bien un devoir, d’aider le Congo libre à se libérer du joug de Sassou.

 

J’entends bien que c’est à l’Union africaine d’orchestrer la mobilisation de la communauté internationale. J’entends bien que la France se concerte avec l’Union Européenne avant de prendre position. J’entends bien enfin que le rôle de François Hollande n’est pas de faire tomber Sassou… Quoi que, au fond de lui, il le souhaiterait certainement car le dictateur de Brazzaville – Paris pose problème aujourd’hui à la France…

 

La France a une responsabilité particulière d’agir au Congo. Doit-on le rappeler ? Deux moments de l’Histoire ont rapproché nos deux pays. Pour le meilleur parfois, avec la Conférence de Brazzaville de début 1944 où le général de Gaulle annonce de nouveaux liens entre l’Afrique et la France. Pour le pire ensuite avec l’intervention de la France en 1997 pour soutenir le deuxième coup d’Etat de Sassou.

 

Alors, nous Français, si nous ne pouvons intervenir directement au Congo (il est vrai que les morts n’y sont pas assez nombreux et visibles), nous pouvons néanmoins filer un coup de pouce au peuple congolais.

 

Livrer des vivres à un opposant affamé dans Brazzaville, c’est bien. Mais aujourd’hui, il s’agit d’aider à organiser la résistance et la transition. La communauté internationale, à commencer par la France et l’Union africaine, peuvent le faire car, fait nouveau, elle a enfin un interlocuteur crédible et légitime à qui parler et avec qui traiter et travailler : la création ces jours-ci du Conseil National de la Résistance et de la Transition du Congo créé à Paris avec les opposants politiques de Brazzaville, de la diaspora et les acteurs clé de la société civile congolaise, donne enfin un interlocuteur unique à la France et à la communauté internationale pour suppléer à la perte de légitimité du dictateur Sassou, définitive depuis l’échec de son référendum du 25 octobre.

 

La France a bien reconnu la Coalition nationale syrienne, composée des opposants fréquentables au Président Bachar el Assad, pourtant légitime du point de vue du droit international et des canons diplomatiques.

 

Le peuple congolais, le Congo libre, représenté par le Conseil National de la Résistance et de la Transition du Congo, a besoin de la France. Telle est la responsabilité des premiers amis du Congo.

 

 

L’engagement d’Opinion Internationale

 

Alors, que ce soit en Tunisie en 2013, en Centrafrique en 2014, aussi dans le combat contre la peine de mort dans le monde dans les années 2000, je tente modestement, quand l’opportunité, les rencontres et les conditions sont réunies, d’apporter une petite pierre aux efforts de sensibilisation de la communauté internationale et de coordination des forces de progrès et d’avenir qui, souvent éclatées ou divisées, savent se rassembler quand la marche de l’Histoire s’accélère et que des personnes attachées à rassembler ce qui est épars savent se reconnaître.

 

Je suis Français, citoyen du monde, journaliste, éditeur engagé mais indépendant et non partisan. Avec ces étiquettes, cela donne un site d’information, www.opinion-internationale.com, le média des libertés et des cultures, dont le projet est de forger, avec d’autres, l’opinion internationale, au service, parfois, de causes universelles comme celle du Congo aujourd’hui.

 

Je l’ai dit en Tunisie en 2013 : la révolution tunisienne réussie est de l’importance de la Révolution française et de la chute du Mur de Berlin. Il en sera de même du Congo : si l’un des pires dictateurs africains tombe, alors tous ses confrères ont du sang à se faire.

 

Comme les volontaires qui partaient en Espagne pendant la guerre civile, comme un Bernard-Henri Lévy, philosophe engagé qui se bat pour l’Ukraine et sur d’autres fronts, ce sont ces défis universels, ces rendez-vous particuliers avec l’Histoire, ces moments précieux et si rares d’un peuple qui se soulève qu’Opinion Internationale, dont la devise est « informer pour s’engager », et que son éditeur, bâtisseurs d’idées, souhaitent relayer, expliquer, accompagner et vivre. Tout simplement.

Directeur de la publication

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