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14H42 - vendredi 24 juillet 2015

Entretien du jour avec Danielle Auroi à l’issue de la Conférence d’Addis Abeba

vendredi 24 juillet 2015 - 14H42

 

Danielle Auroi est députée française du Puy-de-Dôme, membre d’Europe Ecologie Les Verts (EELV). Elle a participé à la troisième conférence internationale sur le financement du développement qui s’est tenue dans la capitale éthiopienne Addis Abeba du 13 au 16 juillet. A l’issue de cette conférence, elle a accordé un entretien à Opinion Internationale.

 

Danielle-AUROIMadame Danielle Auroi, vous étiez à Addis Abeba pour la troisième conférence internationale sur le financement du développement. A l’issue de cette conférence, quelle est votre réaction face au document qui a été adopté ?

Lors de cette conférence, la communauté internationale a montré aux pays du Sud ce que l’Europe a montré à la Grèce : la preuve d’un égoïsme total. Les pays qui apportaient auparavant de l’aide financière aux pays du Sud réduisent aujourd’hui leurs aides au développement et leur demandent d’utiliser les entreprises privées. C’est une mesure bien reçue du côté des BRICS, qui pourront exploiter sans problème les pays pauvres du G77, coalition des Nations Unies entre 134 pays en voie de développement. Du côté de la France, on annonce un budget d’aide au développement en baisse qui est loin des 0,7% fixés par la conférence d’Addis Abeba. A l’intérieur de ce budget, il a été décidé de prioriser fortement les pays les plus en difficultés, mais ce n’est pas assez.

Je pense que les pays du Sud ne sont pas satisfaits du tout, d’autant plus qu’aucune mesure contraignante n’a été adoptée pour faire respecter les 0,7%. Par ailleurs, malgré leur demande d’obtenir des transferts importants de technologies, ce sont surtout les BRICS qui en profiteront. Ces derniers essaient de jouer sur les deux tableaux car ils commencent à être de plus en plus riches.

Au début de la conférence, il était question d’un organisme centralisé pour une fiscalité commune des entreprises dans le monde, mais le mécanisme centré sur l’approche de l’OCDE a été rapidement refusé sous prétexte que celait sera trop compliqué à implémenter au niveau des Nations Unies.

 

La responsabilité du secteur privé et son rôle dans un développement éthique ont-ils été abordés ?

A l’aube de la conférence, les pays les plus pauvres ainsi que les ONG demandaient une transparence au niveau des pays de l’ONU et des mesures concrètes pour la lutte contre l’évasion fiscale. Mais on leur a répondu qu’un dispositif était en cours d’élaboration au sein de l’OCDE, qui n’englobe pas tous les pays pauvres.

J’étais à la conférence avec le député Dominique Potier et nous avons demandé à ce que la responsabilité sociale des multinationales devienne obligatoire pour éviter de tomber dans l’esclavage moderne. C’est essentiel aussi si on veut lutter contre le changement climatique et éviter les réfugiés climatiques. Il faut donc qu’on puisse pouvoir suivre ce que les multinationales demandent à leurs filiales et sous-traitants. On nous a répondu que les discussions à ce sujet se tiendraient plus tard, la conférence d’Addis Abeba portant exclusivement sur le financement. Le prochain sommet se tiendra à New York en septembre. Lors de cette prochaine échéance, si les pays ne se montrent pas prêts à faire preuve de plus de transparence et de solidarité et s’ils ne sont pas plus à l’écoute des ONG, je suis très inquiète quant à l’issue de la COP21.

 

La conférence s’est tenue dans un des pays les plus peuplés du monde, mais avec un des revenus moyens par habitant les plus faibles. Quelles sont les mesures abordées pour la lutter contre la sous-nutrition ?

Les discussions à ce sujet étaient peu concrètes. C’est ce qui a mis les ONG en colère. Annick Girardin, Secrétaire d’État au Développement et à la Francophonie, a insisté sur son objectif de réduire totalement l’augmentation de carbone et d’atteindre l’objectif de 0 pauvreté dans le monde. Ce sont de bons mots et c’est bien de le dire, mais il faut trouver les outils qui restent pour l’heure un mystère.

 

Pensez-vous que cette conférence a ouvert la voie à une implémentation concrète des Objectifs pour le Développement Durable ?

Dans le texte adopté, on trouve tous les mots qu’il fallait employer en théorie. Mais le concret n’y est pas. Les thèmes autour du climat ont été abordés, mais sans plus, sans issue concrète. Le problème, c’est que la plupart des pays riches ne veulent pas de transparence. Ils ne veulent pas qu’on puisse tracer comment les entreprises travaillent, ni signer des contrats de réelle réciprocité. La conférence a fixé des sommes, mais le travail ne peut être efficace vis-à-vis de la COP21 que si des engagements concrets sont pris.

 

 

Propos recueillis par Maria Gerth-Niculescu